Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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mai 2009
07/05/2009
 

Bruxellimage

La réussite de Wallimage, depuis 8 ans, et ses retombées économiques pour la région wallonne que l'on mesure à 300 %, notamment dans l’hôtellerie et l'industrie technique, ont donné l'idée à la Région bruxelloise de se doter de la même structure d'aide au cinéma, appelée Bruxellimage. Nous recevons Philippe Reynaert, directeur des deux fonds d'investissement, pour nous éclairer sur l'évolution d'un projet créé, à l'origine, pour protéger l'économie territoriale du sud du pays.

Philippe Reynaert : Lorsque Wallimage a été créé, il y a 8 ans, nous nous attendions à voir naître rapidement un Bruxellimage. Il a fallu attendre Daniel Ducarme, trois ans après, pour assister à des premières ébauches, abandonnées, puis reprises et finalisées sous les présidences de Rudy Demotte, à la fois Ministre-Président de la Communauté française et de la Région wallonne et de Charles Picqué, Ministre-Président de la Région bruxelloise, dans la volonté d'un rapprochement plutôt que d'une concurrence. Après de nombreuses discussions avec les professionnels qui craignaient de perdre leur situation intéressante, en particulier les industries techniques wallonnes, nous sommes parvenus à concrétiser un accord qui va entrer en action le 2 juin 2009.

C. : Quels moyens avez-vous mis en place pour éviter la concurrence entre les deux régions ?
P.R. : Heureusement pour nous, la situation de l'industrie de l'audiovisuel des deux régions est différente. L'industrie technique bruxelloise se porte bien; la plupart des studios de production sont installés dans la capitale. Par contre, les diverses écoles de cinéma forment, chaque année, des jeunes techniciens en mal de travail. Inversement, en Wallonie, on a un problème opposé. Actuellement, l’industrie de la post-production naissante fonctionne plutôt bien, mais elle est encore fragile : sans le soutien de Wallimage elle risque de ne pas durer. Il y a également un problème de main-d'œuvre, les techniciens wallons sont très sollicités et pas assez nombreux. Ceci est particulièrement sensible dans le domaine de l'animation.

Portrait de Philippe Reynaert, directeur de wallimage.
C'était une aberration de laisser cloisonner la Région bruxelloise et la Région wallonne, alors que les demandes sont symétriques et peuvent s'interpénétrer.
En décembre 2008, la Région bruxelloise a voté un budget d’1 million d'euros confié à Wallimage pour que celui-ci étende ses compétences sur Bruxelles. À l’époque, Wallimage disposait d'un fond annuel de 4 millions d'euros, on s’est donc dit qu'on avait 4 millions plus 1 million et qu'on allait les regrouper. Mais comment répartir les aides ? Nous avons essayé d'analyser les divers cas de figures pour choisir ceux qui conviendraient le mieux.
La première possibilité était de garder Wallimage et de créer Bruxellimage avec le même règlement que Wallimage. Cette version-là, nous avons décidé de la laisser tomber.
La deuxième possibilité était d'appliquer le règlement de Wallimage tel qu'il est : on demande aux producteurs de dépenser, en région, l'argent qu'ils ont reçu, mais à raison de 20 % à Bruxelles et 80 % en Wallonie, ce qui a le mérite d'être clair et très démocratique. En réalité, en nous penchant sur les chiffres et en établissant les statistiques des dépenses, nous avons fait de drôles de découvertes... Nous avons comparé les dépenses et les budgets des deux dernières années des films soutenus par Wallimage. Tous les films soutenus par Wallimage ont eu énormément de dépenses à Bruxelles : c'est normal, puisqu'une série de services ne se trouve pas en Wallonie. Par exemple, Elève libre, soutenu par Wallimage, a dépensé en Wallonie 839.000 euros et à Bruxelles 626.000 euros. Eldoradoqui représente dans la tête de tout le monde, LE cinéma wallon, a dépensé 916.000 euros en Wallonie et 923.000 euros à Bruxelles ! Donc, on s’est rendu compte qu'il y avait toujours des dépenses à Bruxelles et que cette répartition de dépenses imposées de 80% en Wallonie et de 20% à Bruxelles ne servait à personne. Il n'y aurait pas eu plus de dépenses et donc pas plus de retombées économiques pour Bruxelles, et pour la Wallonie, peut-être qu'il y en aurait même eu moins !
Deuxièmement, il y a cette partie de prêt que les producteurs n'aiment pas, car ils doivent le rembourser, ils ont la possibilité de le faire diminuer en fonction de leurs dépenses régionales, en sachant que le prêt ne peut pas être compressé de plus de 10 % chez Wallimage traditionnel.
À partir de maintenant, sur la ligne Bruxellimage-Wallimage, les producteurs pourront faire descendre le prêt jusqu'à 0%. C'est un des avantages de cette ligne, mais bien évidemment, nous ne voulons pas que tout le monde se dirige vers cette ligne plutôt que vers Wallimage traditionnel. De ce fait, nous avons décidé de limiter cette ligne à des interventions de 200.000 euro, tandis que Wallimage traditionnel peut monter jusqu'à 400.000 euros. Un producteur devra choisir le fond auprès duquel il introduit sa demande. Quel est l'effet que nous espérons obtenir ? Selon nous, il serait préférable que les films les plus difficiles à monter, choisissent la ligne commune aux deux régions et que par contre les grosses machines, les grands films « Tax-shelterisés » choisissent Wallimage traditionnel.
Avec cette distinction entre ces deux lignes, nous espérons continuer à favoriser les industries techniques en Wallonie ainsi que les emplois à Bruxelles.

C. : Le site Internet de Wallimage va devenir trilingue ?
P.R. : Tout producteur européen peut déposer une demande d'aide à Wallimage. Etant ouvert sur l'Europe, nous le sommes forcément sur la Flandre. La langue de travail de Wallimage était le Français, mais il se fait que dès à présent, nous sommes mariés pour 3 ans avec la Région bruxelloise, bilingue. Il va de soi qu'un producteur flamand doit avoir accès aux informations de Wallimage dans sa langue, et même, s'il le désire, déposer un projet en néerlandais. Pour le moment, nous n'avons pas les compétences pour les traiter, mais pour la session d'octobre, ceux qui désirent déposer un dossier en Néerlandais pourront le faire 15 jours avant la date officielle de la remise.Portrait de Philippe Reynaert, directeur de wallimage.

C. : Est-ce que cela signifie qu'il y a un apport de la part du fond flamand, le VAF ?
P.R. : Aujourd’hui, la structure est uniquement financée par la Région wallonne et la Région bruxelloise. Wallimage est le seul fond régional de type économique : il y a deux centres nationaux du cinéma, le CCA (le Centre du cinéma et de l'Audiovisuel) et le VAF (Vlaams Audiovisueel Fonds) qui sont des organismes culturels. Il nous paraît curieux que la Flandre n’ait pas fait la même démarche que Bruxelles. Aujourd'hui, le VAF aborde la possibilité de créer aussi un fond économique en Flandre.
De notre côté, nous projetons d’accueillir, au sein de notre conseil d'administration, deux bruxellois nommés par la Région bruxelloise, un francophone et un néerlandophone.Nous sommes très heureux d'avoir résolu, avec Bruxellimage, ce problème de territorialité propre à l'existence de deux Régions pour une seule et même Communauté française. Enfin, nous couvrons géographiquement une surface qui est la même que celle de la Communauté française, ce qui facilitera et simplifiera le dialogue.

Dimitra Bouras et Jean-Michel Vlaeminckx
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