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Camille redouble Noémie Lvovsky

Camille redouble Noémie Lvovsky

Grand oublié des Césars alors qu'il faisait pourtant partie des favoris, Camille redouble sort en DVD. Une édition aux bonus peu étoffés, mais qu'il est essentiel d'avoir chez soi, bien au chaud, pour passer une soirée aussi joyeuse que réconfortante.

dvd Camille redoubleCamille est une femme en pleine crise, une quadragénaire au bord du gouffre. Quittée par son mari pour une femme plus jeune, elle voit son monde s'effondrer. Seul l'alcool peut lui faire oublier qu'Eric était son premier amour, son amour pour toujours. C'est alors que le soir de la Saint-Sylvestre, le passage à la nouvelle année dérape. Elle perd connaissance, et se réveille au lycée, téléportée en plein cœur de son adolescence. S'ensuit un curieux voyage dans le passé qui va l'obliger à se souvenir. À se souvenir et à revivre.

Tout l'humour et la finesse de cette comédie enlevée tiennent dans le décalage que Noémie Lvovsky, aussi bien auteur, réalisatrice qu'actrice principale, incarne à merveille. Camille revit ses 16 ans dans la peau de la femme de 40 ans qu'elle est devenue. On sourit devant ce retour contraint à l'âge de la révolte et aux années 80. Baladeur-cassette, magnétophone et musique pop : l'époque révolue rejaillit dans toute la splendeur de sa mode aux couleurs criardes et aux motifs rayés. Camille retrouve ses parents à la maison et sa bande de copines sur les bancs de l'école. En cours, les professeurs (tous aussi fous qu'excellents) ont du mal à composer avec ces jeunes filles en chaleur. Chez elle, les générations s'entrechoquent. Quant aux garçons, eux, tout émoustillés, ils ont peur d'être blessés dans leur ego par ces filles qui rient sans gêne, à gorges déployées.

Et nous aussi nous rions des blagues savoureuses, des situations décalées, des dialogues loufoques. Car Camille appréhende toute la candeur de cette jeunesse libérée avec le regard, et parfois même le comportement, d'une femme pleine d'expérience. Elle voudrait modifier son passé pour ne pas rester rongée par les regrets. Mais, elle aura beau fuir Eric avec désinvolture et tout faire pour empêcher sa mère de mourir, rien n'y fait. Elle se rend compte, au fur et à mesure, qu'elle ne peut pas échapper à son passé.

Ce décalage entre jeune fille en fleur et femme amère, Coppola l'avait exploité en 1986, dans Peggye Sue s'est mariée. Les trames narratives des deux films sont si proches, qu'il est difficile de ne pas voir en Camille redouble un remake de son prédécesseur. À tel point que nombreux furent les détracteurs de Lvovsky, lui reprochant son manque d'originalité et sa facilité - et ce, jusqu'aux Césars d'ailleurs. Souvent en effet, la réécriture dérange. La notion d'auteur unique reste trop ancrée dans l'imaginaire créatif européen. Or, réactualiser Peggye Sue était justement un coup de génie. Les comédies, plus encore que tous les autres films, jouent avec les codes du contexte sociétal dans lequel elles s'inscrivent. Coppola retranscrivait les années 60 avec une photographie splendide, et nous les faisait apparaître telles qu'on les fantasme, au rythme du rock'n'roll, couleur bonbon acidulé. Mais pour un spectateur d'aujourd'hui, le décalage comique fonctionne mieux encore quand il est inscrit dans une réalité plus proche de lui. La réactualisation du sujet redonne à Peggye Sue toute sa fraîcheur. Et puis, Noémie Lvovsky ne copie pas son prédécesseur. Contrairement à la comédie américaine dont elle s'inspire, son film ne nous donne pas la clé du bonheur. Le happy-end classique et vainqueur est évité avec subtilité.

Par ailleurs, le remake s'inscrit dans la logique du redoublement. Comme Camille, Noémie redouble et signe un joli hommage au cinéma. Cette petite pépite de fantaisie regorge de références cinématographiques malicieuses. La voûte céleste du planétarium de La Fureur de vivre devient ici le symbole du bouleversement cosmique dont est victime Camille. Et Jean-Pierre Léaud n'a pas été choisi au hasard pour incarner l'horloger qui trifouille les mécanismes de régulation de la montre de l'héroïne. Le pouvoir qu'a le réalisateur de manipuler le temps et l'espace à l'infini est ainsi salué avec discrétion.

Métaphore de la cure psychanalytique, Camille redouble nous rappelle comment panser nos blessures en rejouant les événements les plus marquants de notre vie. Si la leçon est profonde, le sujet n'est jamais traité avec gravité. Au contraire, le but de la réalisatrice est de faire sortir du film sa protagoniste réconciliée avec elle-même. Et de donner au public, grâce à la magie du cinéma, le cœur léger.

Camille redouble de Noémie Lvovsky, distribué par Twin Pics et Cinéart

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