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Cannes 2013 : journal intime

Le tapis rouge est remballé, les écrans repliés, les strass et paillettes balayés. La croisette a repris son petit train-train de cité balnéaire huppée après la grande effervescence festivalière, et les artistes sont retournés à leurs fougues cinématographiques, couronnés ou non de l'une ou l'autre - tant convoitées – palme ou récompense.  

Il reste le ressenti, les impressions, les images dans les yeux de tous ceux qui ont pris part au tohu-bohu généralisé. Mes mirettes n'ont pas été épargnées, et je profite de l'accalmie qui s'annonce à présent pour partager avec vous ces quelques moments de découverte.

Catapultée au milieu de l'hystérie des grands soirs, j'observe. Je tâtonne dans cette ambiance si particulière où l'on oscille entre amour sincère du septième art, business ciné, m'as-tu-vu débraillé, fanatisme de stars, luxe débordant, jet-set pouponnée, paranoïa body-guardiste et déferlement filmique. L'occasion en tout cas de (re)découvrir la puissance du cinéma et ses multiples facettes : 17 films en à peine plus de cinq jours nourrissent une foule de questions et considérations et je me surprends à m'étonner de la diversité des réactions que suscite chaque film. Comment est-ce qu'un produit artistique qui s'inscrit dans une histoire si courte – à peine plus de quatre générations depuis les premiers balbutiements des frères Lumière – peut-il condenser, en à peine deux heures, tant d'émotions et de réflexions universelles et intemporelles ?

Dans la surabondance visuelle qu'offre le festival, on pourra s'émouvoir d'un film de la Quinzaine des Réalisateurs, s'intriguer de l'audace d'un film des années '70 à Cannes Classics (La grande bouffe : Quelle expérience...), s'indigner d'une injustice au travers de la sélection de films indépendants à Acid ou de celle de Visions sociales, rire à la Semaine de la Critique, considérer les choses avec Un certain Regard, et – last but not least – parader sous les flash des paparazzi qui bordent l'allée du Théâtre Lumières où est présentée la sélection officielle. Armée de mon badge de cinéphile, je bondis de séance en séance, voyage d'un court métrage coréen à un film d'amour iranien, d'un film vieux de 50 ans à une Première mondiale, écoutant avec intérêt, au détour de mes pérégrinations, l'un ou l'autre réalisateur parler de son travail. Je virevolte du cinéma d'animation à la science-fiction, prenant juste le temps, dans ma course effrénée, de respirer un peu d'air iodé devant une mer d'azur entre deux salles sombres.

Le cinéma emporte, mais il ne faudrait pas y perdre pied... Le besoin de renouer avec l'authenticité d'un échange humain direct et non par écran interposé se fait tout de même sentir. Rencontres diverses sont donc aussi le lot de ces longues heures passées dans les files d'attente : on discute... de cinéma (!) avec les Homo Cannensis qui peuplent les abords des salles. Caractérisés par leur inconditionnelle paire de lunettes de soleil, ils constituent cependant une faune hétéroclite : quelques autochtones sympa, de vieilles franchouillardes insupportables, des étudiants en école de ciné, des journalistes de tous bords, des intellos, des professionnels du milieu, des passionnés passionnants, des habitués, des vieux-beaux branchés, et puis quelques curieux, comme moi.

Ça grouille d'agitation dans les soirées jet-set où le champagne coule en fontaines, ou sur les terrasses animées du bord de mer. La vie est douce à l'ombre des cocotiers, elle est légère dans la frivolité des soirées des plages privées, délicieuse devant un plat de fruits de mer ou une petite comédie familiale « du vendredi soir ». Mais au-delà de cette image – car tout n'est qu'image au royaume du cinéma –, je sens poindre, chaque jour un peu plus, un sentiment d'amertume face à cette culture d'élite et ce consumérisme insolent qui me semblent singulièrement en porte-à-faux avec le propos défendu par la cohorte des drames sociaux présentés à l'écran. Ô paradoxe de la grande aventure cannoise !

Malgré le sentiment mélangé qui m'habite aujourd'hui face aux incohérences et aux excès de l'entreprise, je ne peux cacher la joie immense qu'ont pu me procurer la rencontre avec cet univers surréaliste, l'excitation incroyable de pénétrer cette bulle dorée, et la beauté de certaines projections aux qualités indéniables. Voyage incongru qui aiguise la critique, voyage impromptu duquel on ne ressort pas indemne, voyage improbable duquel on revient avant tout grandi.

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