Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/2009
 

Caos Calmo d'Antonello Grimaldi

Caos Calmo, Nanni MorettiAdapté d'un roman de Sandro Veronesi qui a reçu le Prix Femina étranger en 2008, Caos Calmo, le film d'Antonello Grimaldi, nous glisse sur le fil de Pietro, un quadragénaire devenu veuf qui cherche à rassurer Claudia, sa fille de 10 ans exprimant plus de douleur encore que lui-même.

En prologue, le film commence sur une scène dont on ne comprendra l'intérêt qu’à la fin. On découvre un monde bourgeois, futile (ce monde dont ne cesse pas de se moquer Claude Chabrol depuis cinquante ans) représenté par Pietro et Carlo jouant à la balle sur une plage de la mer tyrrhénienne. Soudain, bizarre, vous avez dit bizarre, deux nageuses se noient devant eux. Pietro et Carlo se jettent à la mer et les sauvent de la noyade.

Ok ? On démarre.

Après la mort brutale de son épouse, Pietro vit une sorte de chaos calme autour du deuil, avec une élégance discrète face à une vie dominée jusqu'alors par le spectacle de la vie, le burlesque des collègues et patrons, leurs stratégies mercantiles qui s'effondrent comme un château de cartes. Ce n'est évidemment pas par hasard si Pietro dirige une chaîne de télévision spécialisée dans la production de cinéma pour qui le formatage thématique est la pierre angulaire (en l'occurrence, il s'agit, en Italie, de Telepiù, filiale de Canal+ avec Stream de Rupert Murdoch).

Nous assistons, grâce à Claudia, au ras-le-bol d'un PDG d'un groupe audio-visuel polarisé jusqu'alors par le monde cynique et arriviste du show-biz et la découverte d'un quotidien sur lequel repose sa vie. Le temps devient une durée qui n'est plus avalée par l'instantanéité qui pompe la vie. Refusant de retourner au bureau, Pietro s'assied, toute la journée, sur un banc en face de l'école de Claudia. Il vit une existence qui de bankable est devenue bancale. Il y lit son journal, tous les matins, compose mentalement des listes absurdes, développe ses tics, découvre que son frère est un fumeur d'opium, la face cachée des ambitions de ses collègues, Iolanda, une jeune fille promenant tous les jours son chien devant le banc et, surtout, observe l'hystérie de Martha, sa belle-sœur qui se dénude devant lui et prétend que sa sœur était malheureuse avec lui. Avait-t-elle un amant, un écrivain de livres pour enfants qui les lisait à Claudia ? Du coup, il participe à une conférence de psychothérapie où il s'évanouit. Carlos Calmo Pietro !

Pietro, c'est Nanni Moretti, qui porte avec brio le personnage grâce à une interprétation économe fondée sur les gestes plus que sur la parole.

Passons sur la scène cinglante de sexe, à la limite du ridicule. Pietro et Eleonora (la femme qu'il a sauvée d'une noyade commanditée par son mari) ont émoustillé, dans ce charivari sexy, les fans de You Tube. Si c'est pour signaler que Pietro renaît à la vie en baisant, cela nous paraît une belle peau de banane. On préférerait que ce soit uniquement sa fille qui lui fasse réinventer sa vie. En ce qui concerne le scandale de cette scène de cinq minutes, qui a fait les délices de la presse et du public, on reste sans voix. Rappelons que la Mostra de Venise a attribué - à juste titre, signalons-le - son Lion d'Or à Lust Caution d'Ang Lee dont la sensualité des scènes sexy n'a ému que les dirigeants de la Chine pop.

Dans le Bonus, Antonello Grimaldi nous signale que la scène était destinée à montrer qu'il n'y avait rien de sentimental entre ses deux êtres que l'eau et le fluide réunissent deux fois.

Grimaldi est très intéressant lorsqu'il affirme que la musique est capitale dans un film provoquant l'empathie du spectateur… ce qui explique le succès des films américains dans le monde entier. C'est, en effet, le moyen le plus rapide et direct d'impliquer émotionnellement les spectateurs. Pour Caos Calmo, d'abord les plans, puis le choix de la chanson, et ensuite la scène montée en fonction du rythme de la musique.

Caos Calmo, d'Antonello Grimaldi, édité par Cinéart, diffusé par Twin Pics.

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