Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/1997
 

Carré photo

Les éditions Nathan aiment l'image, le cinéma et la photo. On leur doit la publication de quelques albums qui sont des références, Photographies (1956-1990) de Léonard Freed ou le superbe et trop peu connu Faits de guerre de James Natchey. Aujourd'hui, ils lancent une nouvelle collection : Carré photo dont les quatre premiers titres viennent de paraître. Quatre albums cartonnés d'une soixantaine de pages, imprimés à Milan, en bichromie, sur papier couché, et dont les photos en noir et blanc (45 par albums) sont superbement reproduites. L'occasion pour nous de découvrir ou de redécouvrir, Ellen Mark, Willy Ronis, Werner Bishoff, Jean-Loup Sieff.

Née en 1942, à Philadelphie, Mary Ellen Mark est avec Annie Leibovitz l'un des grands photographes des sixties. On se souvient de ses reportages sur la drogue à Londres, Les Rolling Stones en tournée etc. Membre associé de l'agence Magnum, elle a publié ses reportages dans Look, Life ou Match. Fascinée par les marginaux et les exclus, Mark a publié Streetwise, un reportage sur les enfants des rues à Seattle, Indian Circus, un document sur la vie des gens du cirque et Falkland road, un regard détonnant sur la prostitution à Bombay.
Portraits, publié dans Carré photo, mélange - comme l'avait fait Cartier-Bresson avant elle, dans Photoportraits - les gens célèbres et les gens inconnus, les gens riches et les gens pauvres. Mark traque l'étrangeté plutôt que le look. Kevin Costner a un chapeau qui dissimule ses yeux, Boy George les mains croisées sur la poitrine, l'air extatique ressemble à s'y méprendre à une piéta mais aussi à la petite indienne qui se baigne dans les eaux du Gange, le regard perdu, sur la photo qui lui fait face. La femme de Buñuel tire la langue au cinéaste devenu sourd. C'est sans surprise qu'on découvre Diane Arbus, une rose à la main, face à l'objectif. Arbus dont l'oeuvre a été un modèle pour toute une génération de photographes.

Les sorties du dimanche
Né à Paris en 1910, Willy Ronis a appris la photographie dans l'atelier de son père. Il débute en 1936 comme photoreporter à Regards où il côtoie Robert Capa et David Seymour. Après la seconde guerre mondiale, Ronis entre à l'Agence Rapho, obtient des commandes de Life et publie des reportages dans Point de vue, L'Illustration. L'art de Ronis consiste à saisir les mouvements et les élans de la vie quotidienne de la population parisienne. Il a illustré et développé une de ses formules, devenue célèbre, "un photographe maîtrise le hasard", dans ses images de foules, de fêtes populaires dont l'harmonie chorale ressemble à une symphonie graphique.
c'est une série d'instantanés pris au fil du temps, des instants de vie où éclate la joie de la fête, la promesse du bonheur, des moments où en compagnie de la famille ou des amis l'on se la coule douce.

Après la guerre
Né à Zurich en 1916, Werner Bischof s'est très tôt familiarisé avec l'esprit du Bauhaus à l'Académie de Zurich. En 1936, il ouvre un atelier de photographie et de publicité. La seconde guerre mondiale bouscule ses orientations artistiques et l'oriente vers le reportage. En 1945, il traverse l'Europe et ses décombres afin de témoigner des ravages provoqués par un conflit mondial qui laisse les populations exsangues. En 1949, il rejoint la toute jeune agence Magnum que viennent de créer, Capa, Cartier-Bresson, Seymour et Rodgers et dont il devient très vite l'un des fers de lance. Il parcourt la Corée du sud, le Japon, l'Indochine et l'Inde. Publié dans Life, son reportage sur la famine en Inde provoque un choc tel qu'il accélérera l'intervention humanitaire des Etats-Unis. En 1954 il meurt dans un accident de voiture au Pérou.
Après la guerre ne témoigne pas seulement de l'humanisme dont était empreint. Bischof, de son respect de la souffrance d'autrui, de ses convictions morales mais aussi d'un regard singulier formé à l'école du Bauhaus. Bischof soigne ses cadrages, choisi ses angles de prises de vues et a un sens inégalé de la composition et de la lumière. Il est d'autant plus regrettable que les photographies de Bischof soient publiées à bord perdu, pleine page (même si elles ne sont pas recadrées pour autant) à l'instar de l'album publié il y a quelques années chez Arthaud. Un sort qu'avait su lui éviter l'édition Photo-Poche (n°25).

Danse
Né à Paris en 1933, Jean-Loup Sieff a fait des études de photo à l'école de Vevey, en Suisse. Reporter (on lui doit notamment un reportage sur la grève de 1960 en Belgique) et photographe de mode pour Elle, il collabore, à partir des années 60, aux magazines Harper's bazaar, Vogue, Twen, Femme etc. tout en poursuivant ses recherches sur le nu féminin, le paysage, le portrait et le corps des danseurs.
C'est en Suisse, pendant ses études, qu'il se découvre une passion pour la danse et les artistes qui l'exercent. "Ce que je préfère, écrit-il, c'est moins le spectacle proprement dit, où tout doit être léger, facile, maîtrisé, que la danse quotidienne et épuisante au cours de laquelle se livre le combat, sans cesse recommencé, contre les corps rétifs qui peu à peu acceptent de se soumettre à la volonté et deviennent beaux de leur pénible conquête de l'espace". 

Mary Ellen Mark, Portraits, préface de Furio Colombo. Willy Ronis, Les Sorties du dimanche, préface de Noël Simsolo. Werner Bischof, Après la guerre, préface de Miriam Mafeï. Jean-Loup Sieff, Danse, préface de Sieff. Editions Nathan. Coll. : Carré photo. 1997, Format : 23cm.

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