Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Casa de Daniela de Felice

Avec le temps va, tout s’en va.

Avec Casa, Daniela de Felice reçoit la Mention Spéciale du jury au Cinéma du Réel 2013. Après Coserelle (1998) et Libro Negro (2007), la jeune réalisatrice tente de renouer avec ses origines, celles du Nord de l’Italie, celles de la maison familiale, celles d’une famille où le père n’est plus. Casa est bel et bien un film sur le deuil, sur l’absence, sur la réminiscence d’un père, personnage fantomatique qui s’immisce subtilement dans chaque image, dans les traits de chaque dessin, dans les objets de cette Casa familiale dont il faut désormais se séparer. 

casaDix ans après la mort de son père, Daniela apprend qu’il faut vendre la maison familiale où elle a grandi avec son frère et où leur père est mort. Sa mère veut tourner la page. Daniela retourne donc en Italie pour mieux partir, pour capturer les derniers murmures, les derniers souffles, les dernières images et les immortaliser à tout jamais avant qu’elles ne disparaissent.

Le temps d’être prête. Longue attente. Prête à se souvenir, prête à se replonger dans le passé, ce passé où il était toujours là, à nous porter à bras le corps et à nous faire virevolter dans les airs. Papa. Il est temps de se dire au revoir. Il est temps d’oublier. Je suis prête.

Dans cette valise-film, la réalisatrice emporte de nombreuses choses. Des dessins réalisés avec du café, de l’encre et une plume. Les dessins d’une enfant qui dévoile ses souvenirs de vacances, du jour où son père est mort, du soir où elle et son frère ont regardé un film d’horreur, cachés sous les couvertures dans le divan du salon, du jour de Noël où son père chassait l’anguille pour le repas du soir. Un tas de souvenirs dessinés, racontés en voix off par une Daniela retenue et sereine.

Dessins mélangés à des prises de vues réelles, des images de sa mère, de son frère qui parcourent la maison et tentent de déceler ses derniers mystères. Daniela filme ses proches avec une sensibilité sans précédent, au naturel, sans les brusquer. Prendre le temps, c’est important. Sa mère, assise dans sa chambre, brandit une vieille photo d’elle et de son mari vers la caméra. Un long moment. Muette. Le film est parcouru de ces longs silences, de ces « arrêts sur image », qui évoquent le passé sans le raconter.

casaLa maison n’est pas un personnage à part entière, juste une énorme boîte qui retient tout. Une armoire dont les tiroirs sont remplis de secrets. Des coquillages, un hippocampe, des insectes épinglés, des photos. Des objets morts, inertes, qui rappellent des souvenirs évoqués peut-être, pour la dernière fois.

Cet assemblage d’images réelles et animées comprend également des vidéos d’archives et des photos de famille. De cette famille unie, d’un frère et d’une sœur, d’une mère et d’un père qui apparaît et disparaît, comme sur ce thaumatrope qui tourbillonne et laisse entrevoir, parfois, le reflet éphémère de celui qui a disparu. 

Daniela de Felice travaille aujourd’hui à Nottetempo films, une structure de production et de diffusion audiovisuelles qui vise à mettre à l’honneur le documentaire de création, lieu de tous les possibles. Casa est un film riche d’une incroyable finesse, d’une grande retenue. Un film sur le deuil d’une famille particulière qui parvient néanmoins à tendre à l’universel. Et c’est bien là que réside sa force.

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