Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
03/11/2009
 

« Case noire » au Nova

À l’heure où elles se multiplient, se mutinent, où les gardiens sont en grève, où la Belgique exporte ses prisonniers aux Pays-Bas, où les centres fermés croissent, et les délits d’opinions sont requalifiés en menace terroriste, le Nova se penche sur l’une des « cases noires de notre société », selon l’expression de Foucault, du 19 novembre jusqu’au 13 décembre, avec une programmation large et éclectique, intitulée « Trou de mémoire», qui présente des raretés comme Un chant d'amour de Jean Genet (1950), des classiques comme Le trou de Jacques Becker, de nombreux documentaires des quatre coins du monde, et d’autres rencontres. 

Outre son thème et son angle d’approche éminemment politique (À quoi sert la prison ? le 22 novembre, s’organisera un débat sur cette hypothèse que « le microcosme pénitentiaire est un archétype exacerbé de la société dans laquelle nous vivons. » À bon entendeur !), l’intérêt de la foisonnante programmation du Nova est aussi de brasser les regards sur la prison sous des angles très divers, de mélanger les films et les genres, des fictions de Jesse Franco ou Jonathan Demme aux classiques de Becker ou Genet, en passant par de nombreux essais comme 9m2 pour deux, d’autres documentaires ou films d’ateliers, réalisés dans, sur, pour vers la prison, par ceux qui s’y penchent et ceux qui y vivent.
Il faut ainsi découvrir le magnifique film de Saïd S., Suspendu, réalisé dans le cadre des ateliers Les yeux de l'ouïe (Paris) avec Anne Toussaint, par exemple, très belle expérimentation cinématographique sur l’épreuve d’une temporalité au cinéma, ou encore le beau De l’Ombre à la lumière, réalisé par les Ateliers Fugitifs à la prison de Saint-Gilles où cinq prisonniers, en racontant leurs histoires, s’insurgent contre ce qui les a menés en prison, et révèlent, par là même, son échec et sa fonction de parade.

Avec la projection de Les prisons aussi d'Hélène Châtelain & René Lefort (1973) et la rencontre avec Philippe Artières (historien et président du centre Michel Foucault) et Benedikte Zitouni, cette programmation se clôturera autour du GIP, le Groupe d’information sur les prisons, créé en 1970 à l'initiative de quelques intellectuels (Foucault, Deleuze, Vidal-Naquet, Daniel Defert, Jean-Marie Domenach...). Et il faut suivre encore Michel Foucault : « Notre société n’est pas celle du spectacle mais celle de la surveillance. (…) Nous ne sommes ni sur les gradins, ni sur la scène, mais dans la machine panoptique, investis pas ses effets de pouvoir que nous reconduisons nous-mêmes puisque nous en sommes un rouage. » Alors quoi, plus que le cinéma, pour tenter de dévoiler, dans un face-à-face, le « panoticon » de cette société de contrôle qui est la nôtre ?

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