Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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avril 2007

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05/04/2007
 

Céline Masset à propos du 10ème Festival du court métrage de Bruxelles

Le Festival du Court Métrage en est à sa dixième édition. Du 28 avril au 06 mai 2007, il occupera festivement le quartier ixellois avec sa traditionnelle sélection de films belges et internationaux répartis dans les compétitions, les best-of et les programmes surprises. Rencontre avec Céline Masset, une organisatrice et programmatrice heureuse.

Cinergie : Le Festival du Court Métrage fête, cette année, ses dix ans. Question flash-back : comment cette envie de monter un événement consacré au court à une époque où il avait très peu de visibilité vous est-elle venue ?Céline Masset : Le Festival, c'est Pascal (Hologne- ndlr) et moi, mais également une grande équipe présente depuis le début ! Nous étions étudiants en ELICIT, et la chose la plus importante que nous y avons trouvée, c'était un groupe d'amis motivés. Les ateliers d’écriture de scénarios étaient plutôt axés sur le court, nous étions donc en prise directe avec ce format. Nous nous sommes rendus compte que très peu de structures à Bruxelles proposaient d’en voir. Il y avait bien, dans chaque festival, une séance ou deux de courts, mais ça restait plutôt anecdotique. Nous avions des amis à l’INSAS et à l’INRACI qui en faisaient, et nous avions envie de montrer leur travail. Voilà, c'est parti de cette envie-là.

À la première édition, il y avait à peine 350 spectateurs, mais nous avions un jury de fous : Jaco Van Dormael, Gérard Corbiau, Alain Berliner, Benoît Mariage... : des gens qui avaient fait du court et qui voulaient soutenir l'initiative dès le début. Cela nous a donné envie de créer une asbl et de continuer dans cet esprit-là. Et depuis, ça s'est très bien développé. L’esprit festif est resté, sans oublier une de nos volontés : mettre en contact le public avec le court métrage et avec les professionnels qui le font. Le court souffre quand même encore de préjugés... On est parti d'une programmation "grand public" pour faire découvrir ce format et, par la suite, on est allé toujours un peu plus loin.

C : Au fur et à mesure des éditions, on a senti que vous désiriez agir contre ce manque de visibilité en étalant le festival sur plusieurs jours et en proposant davantage de séances, de films et des décentralisations également.

C.M. : Oui ! Un mot peut-être par rapport aux décentralisations... Elles ont lieu après le festival, un soir par ville, dans une seule salle, parfois en présence des réalisateurs. On passe une partie du palmarès et des films épinglés selon certains thèmes : c’est un condensé de ce qui a été vu à Bruxelles. Et c’est gai d’arriver dans les salles de province car les programmateurs, avec lesquels on mène une vraie collaboration, sont aussi impatients et inquiets que nous : y aura-t-il du monde ou pas ?

(...) Nous sommes tous wallons au départ : moi, je viens de Charleroi, d'autres de Liège. Quand nous sommes arrivés [à l’université], il y avait une certaine peur de la capitale. On savait aussi qu’il se passait plein de trucs à Bruxelles mais que toute une partie de la population n'y allait pas forcément ou seulement pour faire les boutiques ! Nous nous sommes donc dits : s'ils ne viennent pas à nous, nous irons à eux ! Les décentralisations sont très chouettes, car il s’agit d’autres rencontres : on a beaucoup plus le temps d'aller à la rencontre du public. À la fin des projections, on boit un verre, on a des retours très directs des spectateurs. À Bruxelles, c’est le cas aussi, mais il y a beaucoup plus de monde et plein de choses qui se passent en même temps...

C : Comment s’est déroulé le dernier festival avec ses projections dans quatre endroits différents ?

C.M. : Tout s'est déroulé à Ixelles à 500 mètres de distance à peine entre les différentes salles. Tout le quartier vit avec nous, au gré du Festival. Nous avons ouvert des salles supplémentaires d'année en année et le public a eu le temps de s'y habituer : le Vendôme, le chapiteau Place Fernand Coq, le Théâtre Mercelis et la salle Molière qu'on a ajoutée l'année dernière. C'est une belle salle, encore peu connue, mais on a vraiment envie qu'il s'y passe quelque chose. Le public est en constante évolution : 350 personnes la première année, 17.300 l'année dernière (décentralisations comprises) ! Cette année, nous repartons donc du principe des trois salles et du chapiteau Place Fernand Coq qui est le lieu de rencontre où tout le monde se rejoint pour boire un verre avant et après chaque séance. 

C : Comment se fait la sélection des films ?

C.M. : Pour la compétition, cette année, c'est la folie furieuse ! Nous devons en sélectionner une soixantaine : quarante en compétition internationale et une vingtaine en compétition nationale. Au début, il n’y avait que des films belges au festival : nous n'avions pas les moyens financiers de faire venir des films de l'étranger. Encore moins d’inviter les réalisateurs et d’avoir les moyens techniques et financiers de sous-titrer les films. Maintenant, nous sous-titrons tous les films, en collaboration avec l'école Marie Haps. Par la suite, nous nous sommes ouverts à la France.

La compétition nationale et internationale scindée ne se fait que depuis 3 ans. Au début, nous visionnions une quarantaine de films belges. En comparaison cette année avec l'international, nous en avons reçu 750. Avec tous ceux qu'on voit dans d'autres festivals, ça fait 1500 films parmi lesquels on doit établir une sélection.

C : Comment vous positionnez-vous par rapport aux supports existants ?

C.M. : Aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus rien en 16 mm. Pour la compétition, nous n’acceptions que le 35 mais ça va changer dès l'année prochaine, pour une double raison. D’abord, il y a quatre ou cinq ans, la vidéo était encore trop amateur, alors que nous voulions privilégier la qualité technique. À partir du moment où le format court souffre déjà d'a priori, ce qu'on montre doit être techniquement nickel. Deuxièmement, on avait (et on a encore) peur du nombre de films qu'on va recevoir à partir du moment où on sera ouvert à la vidéo. Mais on va le faire, car ça ne peut pas être autrement ! Autre problème : au Vendôme, cinéma forcément équipé en pellicule, il n’y a pas assez de place dans la cabine pour installer un projecteur vidéo. C'est aussi bête que ça parfois... Pour le moment, on place la vidéo dans les programmes adaptés.

C : Y a-t-il un critère de durée ?

C.M. : En général, les films ne peuvent pas dépasser les 30 minutes, mais on a déjà fait quelques exceptions. Si nous avons un gros coup de cœur qui fait 35 minutes, on le programme quand même.

C : As-tu le sentiment que les courts métrages deviennent de plus en plus longs et que les réalisateurs ont besoin de plus de temps pour gérer leur sujet ?

C.M. : Pas forcément. On a souvent eu des “longs” qui nous touchaient beaucoup parce qu’en 25-30 minutes, on a plus facilement le temps de faire passer l'émotion, de développer des personnages et l'histoire. Mes coups de cœur vont en général aux courts plus longs ou a contrario aux très courts (genre une bonne blague avec une bonne chute). Je ne pense pas que les films soient plus longs qu'avant; d’ailleurs, il y a même une exploitation du film très, très court de 3 ou 4 minutes. Il y a même un programme, “Les très courts”, parti de Paris, qui en est à sa 9ème édition et qui est diffusé dans 30 villes en France plus en Suisse, à Montréal et un peu partout ailleurs. C'est un format qui va encore se développer avec Internet, la téléphonie mobile, les nouveaux supports etc. C’est autre chose...

C : D’autres critères interviennent-ils dans la sélection à part le support et la durée ?

C.M. : L'année de réalisation. Les films doivent avoir un an, un an et demi maximum. Après, c'est complètement subjectif. Nous sommes sept dans le comité. Il y a un premier tour où chaque film doit être vu par chaque personne. Puis après, quand ils sont soumis au deuxième tour, tout le monde les regarde ensemble en essayant de se mettre à la place du spectateur.

Depuis deux ans, nous autorisons l’animation dans la compétition nationale, et depuis l'année dernière, dans la compétition nationale. Par contre, nous n’acceptons toujours pas de documentaires, et très très peu d'expérimental.

On est très narratif dans ce qu'on montre. Ce qui n'empêche pas d'avoir des thématiques en dehors de la compétition comme des programmes consacrés à l'expérimental. Ça changera peut-être...

C : Est-ce que vous collaborez avec d'autres festivals dans la sélection ou dans la présentation des films ?

C.M. : Oui, à plusieurs niveaux. Par exemple, cette année, en hors-compétition, nous aurons une carte blanche consacrée au festival de Biarritz. Comme Ixelles est jumelée avec Biarritz, on s'est dit que ce serait chouette de travailler ensemble. Il y aura aussi une carte blanche consacrée à un Festival d'Amérique du Sud. En fait, comme on connaît des gens un peu partout, on leur demande de sélectionner des films, de nous parler de ce qu'ils ont vu ailleurs, des films à ne pas manquer... Et puis, certains programmes circulent de festival en festival. Par exemple, Clermont-Ferrand a bénéficié deux fois d’une carte blanche : ils viennent chez nous voir des films belges et nous allons chez eux voir ce qu’ils ont.

Nous avons aussi lancé, il y a quatre ans, le Marché du court métrage qui se développe très bien. Tous les films belges de l'année y sont présentés : expérimental, docus, animations, francophones ou de langue flamande... On montre tout ce qu'on a reçu. Parfois, certains films sur lesquels nous n'étions pas d'accord trouvent une deuxième chance au Marché. Beaucoup d’acheteurs (CANAL + France, ARTE France, ...) et de distributeurs y viennent. D'autres responsables de festivals s'y retrouvent également : des français, des québécois, des lituaniens... Ils viennent ici pour découvrir les programmes internationaux mais surtout pour les courts belges. C'est aussi pour ça qu'on l'a fait : pour privilégier la production nationale...

C : Comment personnalisez-vous la programmation ?

C.M. : Un programme de courts métrages, c'est quelque chose d’assez épuisant : tu dois sortir de chaque film pour te remettre dans l'ambiance du suivant et faire le vide. Il y a deux ou trois trucs que nous avons développés au fil du temps dans chaque programme : alterner un long et un court, répartir selon les nationalités, laisser toujours une minute entre chaque film pour que le public puisse parler. Nous essayons aussi d'alterner long et court, comédie et drame, couleur et noir et blanc... Et le dernier film d'un programme est en général une comédie pour que le public sorte heureux de la séance. Si nous programmons deux œuvres très dramatiques l'une à la suite de l'autre, c'est assez difficile émotionnellement parlant.

C: Qu'est-ce qui continue à t'attirer dans le format ?

C.M. : La liberté de ton et d'expression que l'on ne retrouve pas forcément dans le long. Le court a pour particularité une liberté et une diversité dans la forme et dans le fond qui est vraiment magnifique.

Et des histoires qui ne peuvent se développer que par ce format, qui ne tiendraient pas la route en long. Prenons le cas de Cashback, prix du public il y a deux ans : Sean Ellis, le réalisateur, l'a récemment développé en long et malheureusement, le résultat a été très décevant. Souvent, certaines histoires ne supportent pas la longueur...

C : Le Festival est plutôt axé sur la diffusion et la promotion du court métrage mais vous envisagez également la distribution.

C.M. : Oui, on s’intéresse principalement à la distribution de courts métrages belges francophones (pas forcément primés au Festival) à destination des salles (le Vendôme, le Plaza de Mons, etc.) Ce sont des films qu’on aime bien, et dont on estime qu’ils ont un potentiel pour une sortie en salle avant les longs. On aimerait pouvoir sortir en salles des programmes de courts parce que c’est un plus à offrir au public, mais c'est très difficile : il faut l'envie des exploitants, de la promotion, une affiche, une vraie sortie... On aimerait bien le faire, mais ce n'est pas prévu dans les mois à venir. On collabore déjà au niveau de la promotion avec la Nuit Blanche qui diffuse des programmes de courts et on est contacté par des centres culturels qui veulent développer des thématiques autour du court.

C : Quels ont été tes gros coups de cœur durant cette décennie ?

C.M. : À l'international, L'Ile aux Fleurs (Ilha das Flores), de Jorge Furtado (1989), grandiose à tous niveaux, aussi bien dans la narration que dans l'image. Il part du principe de la différence entre l'homme et le singe pour démonter atrocement toute la société. C'est très fort, mais on ne peut pas s'empêcher de rire tellement la manière dont il montre les choses est drôle et monstrueuse. C'est un chef d'œuvre! Sinon, en vrac, pour les films belges, je pourrais citer Le Généraliste de Damien Chemin, Walking on the wild side d'Abel & Gordon, Alice et moi de Micha Wald... Il y en a beaucoup. Quand nous avons dû faire le best of, cette année, on a eu beaucoup de mal! Il y a des univers qui ne se développent vraiment que dans le court métrage.

C : Quel bilan peux-tu tirer après 10 ans ?

C.M. : Un bilan très positif parce que nous sommes partis de rien et d'une structure complètement indépendante, ce qui n'est pas toujours facile. Par rapport aux subventions, il faut faire ses preuves, il faut avoir la hargne. On est content du résultat et que ça continue chaque année. On est loin d'avoir atteint le potentiel : beaucoup de gens peuvent encore nous découvrir. On a acquis une certaine reconnaissance internationale également; c'est très bien.

Et puis, nous aimons beaucoup Ixelles au printemps ! C'est un peu comme un village : les gens se baladent d'un côté à l'autre, entre la Maison Communale et la Porte de Namur et tout le quartier fonctionne vraiment avec nous : on retrouve nos spectateurs partout : à L'Amour Fou, au Bar Parallèle, au Mano a Mano etc... On n'a pas envie de changer : le succès du Festival tient aussi au quartier.

C : Un élément additionnel ?

C.M. : Depuis dix ans, le court a changé. On constate de plus en plus d'initiatives liées à ce format : des DVD, des Ciné-clubs, des diffusions en télé même si le court y est très mal programmé, etc... L'évolution est indéniable. Au départ, le public était composé d’amis et de cinéphiles. Maintenant, c'est tout un panel de personnes. Les gens ont envie de voir de plus en plus de choses différentes dans le court métrage. Il y a un vrai potentiel, mais il faut continuer à en parler vu que ça ne se fait pas tout seul.

 

Dimitra Bouras et Katia Bayer
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