Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2000
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Chambre Froide de Olivier Masset-Depasse

Heartbreak boucherie
Il y a Rita. Il y a sa mère, Nicole. Il y a la petite boucherie familiale que Nicole tient à bout de bras sans pouvoir l'empêcher de péricliter, seule depuis la mort de son Léo de mari, il y a dix ans. Entre les deux femmes, ce drame (la mort du père) pèse. Les blessures du quotidien, sans cesse exacerbées par les peines de l'absence et la culpabilité diffuse, finissent par empoisonner l'atmosphère au point de la rendre invivable. Pour Rita, une seule solution: s'en aller. Sa mère, elle, est terrifiée à l'idée d'envisager cette hypothèse. Que faire quand, pour se dire qu'on s'aime, la douleur ne laisse que les mots nés des rancœurs, les menaces et les anathèmes? …
Ce qui restera de Chambre froide n'est ni son histoire, ni son thème des plus banals. L'affrontement mère-fille sur base d'un d'Electre en résolution douloureuse sur l'air du "famille, je vous hais!", le cinéma, le belge en particulier, nous en a donné plus que sa part. Pas davantage le réalisme social qui, chez nous, devient une marque de fabrique. Ce dont on se rappellera, c'est cet extraordinaire affrontement de deux femmes, si proches et qui se déchirent sauvagement. Cette violence sourde née de la brutalité des sentiments, de la dureté des paroles de haine et de rejet, plus dures encore quand elles viennent des plus intimes de vos proches. La férocité rauque de Francine Blistin qui, avec une densité tragique qu'on lui connaît peu, compose un personnage compact, caparaçonné d'insensibilité pour ne pas "tomber dans le trou"(comme dirait l'autre); à laquelle répond la violence de Rita (Anne Coessens), autant déterminée à échapper à cet enfer.
Le réalisateur saisit ce duel dans le mouvement. A l'âpreté des personnages, répond celle des images. Mais il se pose en observateur neutre, suffisamment en tous cas pour nous permettre de voir les peines, les peurs et finalement l'amour qui se cachent derrière tant de haine. Cette terrible humanité de ses personnages, qu'il nous fait partager avec l'aisance révélatrice d'un long travail, fait de Chambre froide un film dont on se souvient.

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