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Mars 2013

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Chaumière, documentaire en salles

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Chaumière d’Emmanuel Marre

Périphérie de ville/périphérie de vie

Aux abords des grandes villes de France, parmi l'enfilade des hôtels, hangars et autres grandes surfaces, trône, invariablement, le sigle jaune et noir des hôtels Formule 1. Ces lieux de passage où la promiscuité fait se côtoyer, sans ambages, félicités et sordides engueulades, accueillent quantité de voyageurs occasionnels, ainsi que quelques autres, pour qui la chambre est devenue chaumière.

scène du documentaireOn retrouve, dans ces logements pratiques et impersonnels aux tarifs et commodités réduites, de Versailles à Dunkerque, le même mobilier minimaliste et son agencement clinique.

Logique mercantile implacable menée par le groupe Accor, premier opérateur hôtelier mondial et magnat des marchands de sommeil autorisés, le cahier des charges récité en amorce du film donne le ton et annonce clairement la couleur.

Une logique rappelée, si besoin est, par les slogans publicitaires de la marque : " Vous profitez de la vue sur la mer quand vous dormez ? "
Merchandising "décomplexé", cher à une époque où l'hôtel Formule 1 fait office de cour des miracles. Cette diversité, le réalisateur l'illustre minutieusement par le nombre de ses sujets et le temps qu’il consacre à chacun. Courts mais denses, composés principalement de témoignages, ces moments s'enchaînent avec fluidité pour composer un tout, une entité aux multiples visages. Autant d'histoires que de chambres d'hôtels racontant une société, où le liant social, à l’instar du réceptionniste de nuit, fait souvent défaut, repoussant dans les marges les moins heureux d’entre nous.

Emmanuel Marre tourne principalement en plans fixes, plans comme imposés par l'exiguïté des lieux. La seule place possible pour le pied de caméra semblant être au pas de la porte, à l'orée de la chambre et de la vie qui s'y installe un temps. Elle en englobe paradoxalement et symboliquement l'ensemble, la promiscuité des lieux amenant à s'immiscer immédiatement dans la vie de ces inconnus.
Les cadres redondants de ces espaces identiques accentuent la singularité des histoires qui s'y racontent, la chambre devenant une sorte de confessionnal. Composante fictionnelle qui ne dit pas son nom, les témoignages, textes récités en voix off sur un ton plus littéraire, poussent le propos et la pénétration dans l'intime d'une manière assez poétique. Un rythme s’installe.

Du parking de l'hôtel, les chapelets de fenêtres deviennent soupiraux sur autant d'instants de vies, laborieuses, amoureuses, tourmentées, ou simplement anonymes. Une fois filmés de l'intérieur, ces encadrements donnant sur le morne paysage extérieur renvoient à ces êtres singuliers, comme happés par la ville et sa mécanique implacable.

Le film raconte, à sa façon, les affres d’une société contemporaine, où les aléas et difficultés des relations professionnelles ou sentimentales réduisent les gens à une précarité faite de déracinement et de solitude qui fait écho aux récits de réduits miteux des siècles passés. Si le chauffage électrique remplace la lampe à huile et l’écran plat, le manuscrit raturé de l’écrivain maudit, l’on se trouve dans une version moderne de ces contes sociaux, un creuset de désarrois poétiques.

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