Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2005
 

Chez Noël de Laurent et Manu Talbot

« Il est né le divin enfant, chantez tronçonneuses, résonnez machettes… »

En décembre dernier sortait sur nos pauvres écrans innocents The Polar Express réalisé par Robert Zemeckis. Fleuron des nouvelles techniques de l’animation moderne, le film du papa de Roger Rabbit était également un objet très américain dans l’âme, tellement porté sur la guimauve qu’il était vivement déconseillé aux diabétiques. Jugez plutôt : un petit nenfant tout gentil tout mignon qui ne croit plus au Père Noël va être emmené au Pôle Nord dans un zoli grand train plein de zolies couleurs avec d’autres vilains petits nenfants qui ne croient plus au Père Noël. Heureusement, après de nombreuses péripéties, le vilain p'tit nenfant et ses trois nouveaux amis : le ptit nenfant pauvre, la ptite nenfant noire avec des nattes et le ptit nenfant comique vont tous se retrouver devant Tom Hanks déguisé en Père Noël qui leur rendra la foi en l’Amérique de George Bush et dans le capitalisme moderne. Tout est bien qui finit bien et la morale assénée au rouleau-compresseur est sauve : « Vous voyez les enfants, il y a des gosses qui crèvent de faim mais c’est pas grave du tout car le Père Noël existe et vous pouvez dormir sur vos p'tites noreilles de petits nenfants bien sages. Vos Playstation et vos chaussettes Britney Spears vous attendent au pied du sapin. Youpi! Vive l’Amérique. Et Ho ho ho… »

Allergiques à ce genre de produits écœurants? Chez Noël, le court-métrage de Laurent et Manu Talbot est fait pour vous tant il semble, en 8 petites minutes, prendre à contre-pied la niaiserie balourde de Zemeckis. Le Père Noël, au chômage et alcoolique, passe ses vieux jours dans un taudis avec pour seul compagnon un vieux chien malodorant et rongé par la galle. Dépressif à l’approche des fêtes, son état ne s’arrange guère quand des enfants lui téléphonent pour l’insulter copieusement. Travaillant à ses heures perdues dans une boucherie, Chez Noël , le vieil homme va attirer à lui les petits enfants… et les massacrer à la tronçonneuse dans des effluves gore digne des films de Lucio Fulci.
Version malsaine de L’Etrange Noël de Mr. Jack, les références du duo réalisateur lorgnent du côté de Massacre à la Tronçonneuse, M le Maudit et Brain Dead plutôt que du côté des Bisounours et de Mary Poppins. Délire d’humour noir à l’imagination fertile et aux images marquantes, c’est du côté visuel que le film marque des points : décors et personnages en papier mâché et une atmosphère étouffante finissent de transformer ce conte de Noël à l’envers en une petite merveille de cruauté et d’humour bête et méchant à la Hara Kiri qui augure de bon pour leurs réalisateurs.
Après les Frères Lumière, Warner, Coen, Taviani, Dardenne, Belvaux, Hughes et Pang, un nouveau duo de frangins cinglés vient de faire son entrée sanglante dans le monde du cinéma. Retenez bien leur nom : les Frères Talbot arrivent et ça va faire mal. Grâce à eux, vous vous rendrez enfin compte que le Père Noël est bel et bien une ordure.

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