Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Cinéma Inch' Allah de Vincent Coen et Guillaume Vandenberghe

Moins de trois mois après sa présentation en première francophone au Festival de Namur, et deux mois après sa sortie en salle, voici déjà le DVD de cet étrange documentaire où deux jeunes cinéastes flamands de Bruxelles vont à la rencontre de quatre de leurs amis belgo-marocains qui, eux aussi, rêvent de cinéma. 

jaquette du film Cinéma inch'AllahDu cinéma, Farid, Noon, Mohammed et Reda ne se contentent pas d'en rêver. Ils en font, envers et contre tout, depuis 20 ans. 30 films écrits, produits et tournés en purs amateurs au sens noble du terme, sans argent, mais avec de vrais scénarios, de vrais castings, de vrais effets spéciaux. Des DVD qu'ils distribuent eux-mêmes dans les vidéo-clubs du quartier avec une foi à déplacer les montagnes. Même si, après 20 ans de galères, les montagnes elles-mêmes commencent à s'éroder.

La rencontre est belle, ils sont sympas. On rêve, on rit, on souffre, on doute avec eux. On comprend leur volonté de vivre leur passion et la difficulté de le faire dans une société qui reste très inégalitaire culturellement. On voit bien Vincent Coen et Guillaume Vandenberghe opérer un lent glissement de l’anecdotique décalé à la Strip Tease vers une recherche du sens. Tour à tour, les quatre s'interrogent. « Pourquoi je fais cela? », « A quoi cela sert d’encore tout donner ? », « N’est-il pas temps de se poser et vivre sa vraie vie avec femme et enfants? » Et finalement, le découragement, le doute et même la fuite.

C’est que le cinéma n’est pas tout dans la vie, et on ne peut dissocier leur passion de leur quotidien. Le film entend clairement les situer dans leur milieu culturel et social. Ils ont grandi, travaillent, vivent, rêvent parmi les Marocains de Bruxelles. C’est là qu’ils écument les vidéo-clubs pour placer leurs films. Leurs scénarios en sont imprégnés (« C’est l’histoire d’un flic marocain qui vient collaborer avec la police belge, mais avec des méthodes de Marocains »), et ils comptent sur ce public potentiel pour, espèrent-ils, vivre un jour de leur art. Au-delà de nos quatre cinéastes, c’est bien une communauté qui est regardée, où influences du sud et du nord se mêlent, où tradition et modernité se confrontent, et qui cherche sa voie propre. Et quand Farid éprouve des doutes sur le sens de ce qu’il fait, c’est dans un islam rigoriste qu’il cherche ses repères. Cette confrontation des envies modernistes et du poids des valeurs traditionnelles et familiales dépasse le cas de nos quatre jeunes cinéastes. Et pose la vraie question du film. Celle de l’intégration des communautés immigrées, de ses difficultés, de ses limites. Bien sûr, Cinéma Inch'Allah est avant tout une sympathique histoire de copains, un regard posé par deux jeunes cinéastes flamands sur quatre Marocains de Bruxelles qui, eux aussi, font du cinéma. Mais au-delà, parce que ces quatre jeunes sont confrontés à la richesse et aux complications d’être Marocains à Bruxelles, le film témoigne aussi de la vision de ses auteurs sur ce qu’est la ville, ses habitants, leur manière de vivre ensemble. Et il ouvre le débat, car ce regard n’est pas la seule manière de rendre compte d'une réalité bruxelloise multiple et complexe. Il y a d'autres visions de la ville et de la vie en communauté. Et sans doute, l’heure est-elle venue, à Bruxelles et ailleurs, de parler de ce sujet délicat.

Le DVD paraît chez Imagine dans la très intéressante collection Actes Belges, consacrée aux productions indépendantes et low budget, toujours nombreuses dans notre pays. Entre autres films récents, on peut aussi y découvrir Le grand Tour de Jérôme Le Maire produit par La Parti, et Miss Homeless, une production indépendante pure et dure de Daniel Lambo.

En bonus, un court métrage de la bande des quatre (réalisé par Farid et Noon), La came c’est la mort, ou la baston d’un inspecteur de police et d’un trafiquant de drogue, la bande-annonce du film Jamal Disco 2, dont Cinéma Inch' Allah suit les péripéties du tournage, et les trailers d’autres sorties d’Actes Belges, dont le pétulant Karminski Grad.

 

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