Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
04/06/2009
 

Classes vertes d'Alexis van Stratum

Echappée belle

Catherine Salée, l’interprète principale de ce huis clos étonnant, a reçu le prix d'interprétation féminine au dernier festival du court métrage de Bruxelles. Sans avoir rien à redire ni à son jeu ni à ce prix, on aurait aimé que celui à qui elle donne la réplique tout au long du film soit aussi récompensé. Car la prestation de ce petit garçon est épatante – et son personnage, réjouissant.

Classes vertes, au fond, est plutôt bleu comme la piscine de la fameuse chanson de Gainsbourg si merveilleusement chantée par Adjani, avec sa voix à la fois fluette et cassée, son désespoir border line et ses fragilités furieuses. Et si Catherine Salée, avec son peignoir élimé, ses aspirines et ses cheveux gras n’a pas grand-chose à voir dans le film avec l’Adjani du clip, l’amour-monstre est bien le même. Mais ici, le huis clos se joue avec Jonathan (Martin De Mytteneare), son fils, lien ténu par lequel elle semble vaguement encore se maintenir, toujours au bord d’être aspirée par le néant. La scène-clé du bain raconte doublement cette noyade « au fond de la piscine ».

Dans Classes vertes, et ce bleu omniprésent (mur, salle de bain, vêtements, rideau…), il y a comme un long champ-contrechamp, qui ne laisse aucun espace à autre chose, une absence de profondeur justement, un enfermement dans ces quatre murs où tout le film se déroule et auquel on voudrait tant échapper. Pas à pas, lentement mais sûrement, servi par une très belle musique qui accentue, sans les figurer, les angoisses montantes, la relation monstrueuse d’amour se dévoile dans ce cadre qui attache l’un à l’autre, la mère au fils, se rapprochant toujours plus près, témoin de cette intimité malsaine, physique, psychique. Quand elle prend du champ et capte l’étreinte de la mère et de l’enfant, la caméra se retrouve collée à un mur qui l’empêche de reculer. Et quand Jonathan, enfant de sept ans, est seul, il reste un petit gamin filmé de loin dans une maison vaste et vide qui se débrouille seul, de bout en bout. Va-et-vient faits de rien, comme dans toute famille, la journée qui précède le départ en classes vertes de l’enfant se déroule sous le poids du mal-être de la mère, qui tente diverses stratégies pour retenir son fils. Mais, l’enfant, malgré cette inertie qui le dévore, a du poil de la bête, du répondant, de la vivacité, un merveilleux visage tantôt anxieux et tremblant, tantôt bougon et renfrogné. Et Martin De Mytteneare est fantastique tant toute l’ambiguïté du film repose en grande partie sur ses fragiles épaules.

Il y a, dans Classes vertes, un beau regard distant qui ne caricature pas totalement cette relation, qui réussit à nous faire prendre en pitié cette mère dévastatrice (pas toujours certes, à certains moments, on aurait juste envie de la flinguer pour infanticide symbolique), qui prend son temps pour dévoiler avec justesse une relation complexe. Avec un réel calme esthétique, une caméra positionnée et distante, Alexis Van Stratum capte presque avec douceur cette violence qu’il filme. Classes vertes se termine par une belle échappée, qu’on ne racontera pas, renouant avec le mouvement et le vert, l’enfant l’ayant échappé belle. Et l’on en est tout heureux !

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