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03/11/2011
 

Co(te)lette de Mike Figgis

Anatomie au scalpel
Du 7 au 9 octobre, l'Institut Supérieur pour l'étude du langage plastique, l'ISELP a organisé son 11ème Festival sur l’Art. Une nouveauté de taille cette année, puisque le festival s’est ouvert à la compétition. Deux prix ont donc été décernés, le Prix Découverte récompensant un étudiant, et le Prix du Film sur l’Art à un réalisateur confirmé. Au programme de ce week-end, 15 films belges ou réalisés par une équipe belge entre 2010 et 2011. Le premier prix a été attribué à un nom bien connu des cinéphiles, Mike Figgis pour son film Co(te)lette.
Plusieurs questions ont besoin d’être éclaircies.
Mike Figgis, le réalisateur de Leaving las Vegas, Time Code ou encore Hôtel cacherait-il des origines belges ? Si sa bio révèle qu’il est 100% britannique, né à Carlisle en 1948, que vient-il faire dans cette compétition ?
En 2010, séduit par le spectacle de la chorégraphe flamande Ann Van den Broek, Figgis décide d’en faire un film qui sera produit par la Belgique, les Pays-Bas et l’Angleterre. Co(te)lette peut ainsi trouver sa place dans le Festival et traumatiser tranquillement le public gentiment installé dans la salle.

cotelette de Mike Figgis

Quelle mouche a donc piqué Figgis, lui qui a tourné des supers productions avec les stars mondialement connues comme Richard Gere, Nicolas Cage, Sharon Stone ou encore John Malkovitch pour s’attaquer à un documentaire sur la danse ?
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le cinéaste anglais n’en est pas à son premier coup d’essai. En 1991 déjà, il s’intéresse au travail du danseur et chorégraphe américain William Forsythe et réalise Just Dancing around, un documentaire illustré par des répétitions et des extraits de spectacle.

En 2011, il met en scène Lucrèce Borgia de Donizetti à l’Opéra National de Londres, car ce qui semble l’intéresser, c’est bien la transformation des émotions en gestes, la pensée en action, et de l’action, il n’en manque pas dans la chorégraphie qu’il filme ici.
Il y a film sur la danse et film sur la danse… Co(te)lette n’est pas le portrait de la chorégraphe, insérant répétitions, interviews et extraits de spectacle, mais 58 minutes du spectacle chorégraphié par Ann Van den Broek en continu. Pour autant, le cinéaste ne tombe pas dans l’écueil fréquent de la captation rébarbative et parvient à créer une unité dans laquelle le mouvement chorégraphique est un mouvement cinématographique. Loin d’emprisonner le geste dans son cadre, Mike Figgis accompagne les mouvements dans une fluidité du montage impressionnante. Et si le film fascine autant, cela tient à la fois à la force propre au spectacle de la jeune flamande (et quelle force !) et à son rendu par le cinéaste.
Dès la première image, Ann van den Broek et Mike Figgis, de conserve, ne nous épargnent rien. Plan sur les fesses des trois danseuses à quatre pattes qui resteront dans cette position durant près de dix minutes, bougeant, ondulant, saccadant leurs mouvements. Frauke Mariën, Cecilia Moisio et Judit Ruiz Onandi offrent une performance physique extraordinaire qui suscite, à chaque instant, l’admiration.cotelette de Mike Figgis
C’est un flot continu de mouvements, de tensions, de torsions, qui font déborder les limites de la sensation, une mise à nu au propre comme au figuré. Il y a là tant de violence et d’énergie vitale que des hématomes constellent leur chair. La chair, Ann van den Broek ne parle que de ça. Sur cette scène en forme de ring, le combat se joue pour et contre la féminité. Autour d’elles, des convives chics et décadents observent sans broncher ses femmes louvoyant entre le désir, la pression et l’ivresse voire l’hystérie. Pour la bande sonore, lorsqu'elle n'utilise pas les coprs comme boîte de résonnance sous l'impulsion des coups, la chorégraphe fait appel au compositeur et contrebassiste Arne van Dongen, qui, ici, offre une composition entre orgues d’églises, musique électro et vieux métiers à tisser.
Habitée par une nécessité impérieuse à dévoiler la nature humaine, Ann van Den Broek, sans une once de douceur, écorche les sens à la limite du supportable. Et l’on se souvient tout à coup qu’"anatomie " vient du grec "anatomê" qui signifie « dissection ».

 

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