Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Coffret DVD Michel Ocelot

Michel Ocelot, ce Georges Méliès contemporain

« Kirikou, c'est moi en beaucoup mieux », avoue timidement Michel Ocelot. Kirikou est altruiste, vaillant et honnête. Trois qualités qu'on peut facilement reconnaître à son géniteur. Philanthrope dans l'âme, le réalisateur veut donner du plaisir à ses spectateurs. Vaillant. Il fabrique avec du vieux, avec du neuf, avec des thèmes inédits. Il n'a pas peur. Honnête. Pas d'artifice ni dans les dialogues, ni dans les effets. En espérant que le père Noël dégotte le coffret DVD incluant Azur et Asmar (2006), Les Contes de la nuit (2011) et Kirikou et les Hommes et les Femmes (2012), petits et grands, soyez sages si vous voulez découvrir l'univers du magicien...

Pour lui, l'animation, c'est du bricolage. Un véritable homme orchestre qui transforme ce qu'il touche en or. Il faut d'abord inventer une histoire. Et le papa de Kirikou est assez doué, il faut le dire, dans ce type d'exercice. Ses histoires sont issues de sa vie et de ses goûts et, quand la panne le guette, il puise çà et là dans d'autres contes qu'il module à sa guise. L'art de conter ne s'improvise pas, et Michel Ocelot s'y adonne à cœur joie, notamment dans les six contes de la nuit qui s'ouvrent tous par une mise en contexte où une fille, un garçon et un vieux technicien de cinéma fixent les bases de l'histoire en choisissant le décor, les personnages et les costumes. Le rideau s'ouvre. Surprise !

Les jalons de la narration posés, il se lance ensuite dans le travail le plus fastidieux, le story-board, ce lieu de recherches où tout est encore possible. Le film commence à prendre vie lors de la troisième étape, celle de l'animatique où les dessins sont scannés, les dialogues bouclés, et les voix des personnages prennent vie à travers la seule et unique voix de Michel Ocelot. Tout est prêt pour le montage. Les vrais comédiens peuvent interpréter leur rôle. Place enfin aux animateurs aux doigts magiques qui font vivre tout ça. jaquette dvd coffret Michel Ocelot

Comme le magicien français, Michel Ocelot aime être le seul maître à bord. Personne d'autre que lui ne peut écrire les histoires, personne d'autre que lui ne peut dessiner, personne d'autre que lui ne peut fabriquer les décors, personne d'autre que lui ne peut donner le ton à la voix de chacun des personnages. Cette unicité confère à l'ensemble de son œuvre une originalité sans précédent. Des décors aux couleurs chatoyantes, des voix aux accents issus des quatre coins de la planète, un enchantement tranquille.

À l'instar de Méliès, Michel Ocelot avait peu de moyens pour fabriquer ses premiers films. Et il a fait de cette contrainte financière une de ses marques de fabrique. Aujourd'hui, rares sont les animateurs qui choisissent la technique du papier découpé initiée par Lotte Reiniger. Michel Ocelot, lui, fonce tête baissée pour deux de ses longs métrages. Ne se cantonnant pas à cette apparente obsolescence, il n'hésite pas à découvrir les nouvelles technologies, pour les possibilités qu'elles offrent, dans ses autres œuvres. Quant aux voix des personnages, inutile de puiser dans le star system. Trop onéreux et trop figé, le réalisateur ne veut en aucun cas ancrer ces films dans notre réalité. Ses films se veulent atemporels, même si le spectateur peut reconnaître des thèmes chers à notre société contemporaine tels que le racisme, l'immigration, la tolérance, le respect de l'autre.

Avec les trois films présents dans le coffret DVD, le spectateur voyage. Aux Antilles, au Tibet et dans l'Occident médiéval avec les différents personnages des Contes de la nuit, en Afrique avec Kirikou, au Maghreb avec Azur et Asmar. Au-delà des décors aux couleurs somptueuses qui reflètent les paysages, les villages, les habitations, les scènes de rue, le spectateur est bercé par la musique et les accents des personnages. Il fait « comme si » et on y croit.

Trois films, trois cadeaux offerts par un amoureux du rêve, de la magie, de la poésie. Des histoires qui se passent hier, aujourd'hui et demain, ici et ailleurs. Du raffinement et de l'enchantement pour petits et grands. Sans oublier les bonus du DVD où se côtoient making of, entrevues avec le réalisateur et un karaoké pour les soirées au coin du feu.

« C'était bien parce qu'au lieu de faire mourir un animaux, il le nourrit il a évité de le tuer »,  « y a un nhéros mais c'est pas un super héros, il va pas secourir plein de gens comme les normaux et c'est ça que j'aime bien ». Réactions de quelques bambins après la projection de Tijean et la belle-sans-connaître, un des Contes de la nuit. Michel Ocelot, ce magicien marginal. 

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