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Mars 2013

Norman de Robbe Vervaeke

Cogitations, découvert à Anima

Notre récolte du festival Anima

Chaumière, documentaire en salles

Pinocchio - En salles dès ce 27/03

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Mots-clés : festival,
 

Cogitations de Sébastien Godard, François d’Assise Ouedraogo, Arzouma Mahamadou Dieni et Moumouni Jupiter Sodré

Je est ailleurs

Présenté dans la compétition C'est du Belge au festival Anima, Cogitations de François d’Assise Ouedraogo, Arzouma Mahamadou Dieni, Moumouni Jupiter Sodré, et de Sébastien Godard est un joli film documentaire qui tire toute sa force et sa profondeur du fait même de se parer des techniques de l’animation pour aborder son propos. Un petit film d’une grande profondeur.

Dans les rues de Ouagadougou, au Burkina Faso, des hommes, des femmes, petits métiers ou gens de la rue, répondent à des questions sur leurs désirs d'ailleurs. Partir là-bas ? En Occident, là où tout est possible ? Tout y est-il vraiment possible ? Ou rester ? Pourquoi partir ? Pourquoi rester ? Telles sont les questions qui jalonnent ce petit film d'animation documentaire. Produit par Caméra etc., on en retrouve tout l'esprit : à la fois didactique et modeste, léger et très bien foutu. Réalisé à huit mains, Cogitations se lance dans ces rues africaines à grands coups de traits plein de couleurs et vibrants. Dessins coloriés ou lignes, le tremblé de l’animation lui donne son rythme, une vibration que les couleurs simples et vives viennent renforcer. Parce que le film ne quitte pas la ville, ses bruits et ses couleurs, il en acquiert beaucoup d’énergie et de vie. Au travers de ces personnages tantôt dessinés, tantôt ébauchés, de face, de dos, qui vont et reviennent au fil des questions et des interrogations, tout un discours s’ébauche sur cet Occident désiré et rejeté.

Certes, il y a là quelque chose qui tourne un peu en rond, tant les réponses font parfois double emploi. De par son format, le film prend aussi le risque de ne feuilleter que superficiellement les différentes problématiques liées à l’exil. Mais d’une part, il rend la parole à ceux-là même qui ne sont ici souvent rien d’autre que des « immigrés », ce qui n’est déjà pas si mal. Et d’autre part, en revenant à plusieurs reprises vers certaines personnes au fil des problématiques ébauchées, il dépasse un peu le stade du micro-trottoir pour permettre plus d’intimité avec quelques personnes, comme cette jeune femme dans la rue ou cet artisan, et leur donner plus d’existence…

Mais surtout, la grande beauté de Cogitations est d’ouvrir l’espace du dialogue entre différents imaginaires et de faire tourner les places. À travers ces témoignages, le film nous met à l’écoute des représentations d’un « là-bas », qui n’est rien d’autre que notre « ici ». En ayant pris le parti de récréer la ville et ces gens qui se racontent à travers des dessins plus naïfs que réalistes, le film lui-même nous met « ici » en face d’une représentation, celle d’une ville africaine, notre « là-bas ». Et nous voici spectateurs, en train d’incarner les imaginaires projetés dans notre monde par ces « personnages » du film qui nous racontent. Et eux-mêmes sont comme les « créatures » engendrées par nos rêves. Une boucle se ferme, le temps du film, les projections d’un « là-bas » et d’un « ici » se mélangent et se confondent. Trop intensément liés à des situations concrètes, comme le racontent les personnes interviewées, les imaginaires ne sont pas interchangeables. Mais nos places s’échangent, tout le monde rêve l’autre, tout le monde se confronte à l’image qu’a l’autre de lui-même. Au fond, Cogitations est un beau film sur l’altérité, qui nous fait sentir, avec joie et humour, à quel point un même habite l’autre.

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