Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
novembre 2006
10/11/2006
Mots-clés : critique de cinéma
 

Comme personne de Géraldine Doignon

Extrait de Comme personne de Géraldine DoignonExtrait de Comme personne de Géraldine Doignon

Claire, pas tout à fait la trentaine, mère d’un petit garçon, est en pleine séparation avec le père de celui-ci. Bien qu’elle tente, comme elle peut, de sauver les apparences, elle est touchée de plein fouet par cette fin d’amour. En congé, puis en rupture de contrat de travail, elle n’a pas d’autres possibilités que de retourner vivre chez ses parents avec son fils. Momentanément, bien sûr, le temps de se retourner. Des parents bien gentils mais qui, comme tous les parents, s’inquiètent, se mêlent de sa vie. Claire se sent jugée, comme femme et comme mère, et pas à la hauteur. Elle pense trouver du réconfort auprès de sa sœur, avec qui elle partage des sorties, mais l’exemple de cette jeune femme libre et indépendante ne fait que la renvoyer davantage à son propre échec. Petit à petit, Claire perd pied. Mais cette déprime régressive dans laquelle elle plonge tête la première sera pour elle l’occasion de réapprendre à penser, à agir, à vivre pour elle-même.
Avec son précédent court métrage, Trop jeune, Géraldine Doignon avait déjà pu démontrer toute la finesse de sa touche, son sens aigu de l’observation qui excelle dans le rendu des sentiments de jeunes femmes en crise amoureuse. Elle plonge avec délicatesse dans le quotidien de Claire qui se dégrade jour après jour. S’il n’y avait pour elle que le deuil de son amour, mais il y a aussi la responsabilité de prendre soin de son fils, la nécessité de faire bonne figure devant ses parents, d’apparaître comme une adulte, forte, responsable, autonome, la culpabilité de ne pouvoir y arriver. Pendant des années, Claire a vécu pour son fils, son mari, ses parents. Il lui faut prendre conscience de l’impasse dans laquelle la mène cette vie par procuration. A distance respectable, sans manichéisme ni compassion pour les faiblesses de la jeune femme, Géraldine Doignon filme cette prise de conscience. Elle a scrupuleusement bâti son scénario, dessiné ses personnages avec l’accent de la vérité et réussit avec brio cette plongée au cœur de la nuit d’une femme comme tant d’autres qui tente de dépasser les projections que les autres font sur elle, à la recherche de sa vérité.

commentaires propulsé par Disqus