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Compostelle, le chemin de la vie de Freddy Mouchard

On ne peut asservir l'homme qui marche, Henri Vincenot

J'avais envie de faire Saint-Jacques de Compostelle. L'idée trottait dans ma tête depuis quelques années, mais ce n'est pas tout de vouloir prendre la route... Ce n'est pas seulement ficeler son baluchon, empoigner son bâton et enfourcher ses petits petons. Non. Il faut une volonté de fer (et des mollets d'acier), il faut oser, tout quitter, s'aimer. À Pâques, je me suis lancée sur le Camino del Norte. C'était le bon moment. Je précise tout de suite que je n'ai fait qu'une portion du chemin, une infime portion, mais suffisante pour comprendre qu'un pèlerin est un étranger. Il laisse derrière lui son toit, ses proches, son passé, sans se retourner. Il est bien décidé à n'être qu'un corps et un esprit qui marchent, les poches vides, les pieds endoloris.

Compostelle, le chemin de la vie de Freddy MouchardLes premiers pas sont posés, la danse est lancée. Une nouvelle vie commence, celle du chemin, celle de ses doutes, de ses joies, de ses peurs, de ses douleurs, de ses enchantements. C'est ce que raconte Freddy Mouchard dans Compostelle, le chemin de la vie. Oscillant entre les films de commande et les documentaires de création, le réalisateur s'est lancé dans ce documentaire qui s'articule autour des récits de plusieurs pèlerins que le réalisateur a suivis pendant trois années sur le Camino Francés, le plus emprunté des quatre chemins qui s'étend sur plus ou moins 800 kilomètres, de Saint-Jean Pied de Port à Santiago de Compostella. Un chemin différent pour chacun d'eux qui ont pourtant suivi la même trace, la coquille jaune, celle qu'on guette scrupuleusement au détour d'un croisement.

Aujourd'hui, les pèlerins sont de plus en plus nombreux et les raisons du départ sont innombrables. On ne part plus seulement comme à l'époque médiévale pour suivre les traces de l'apôtre Saint-Jacques. On part pour laisser là sa vie, pour dessiner une parenthèse temporelle. Les pèlerins sont des hommes, des femmes, des vieux, des jeunes, des célibataires, des couples, des familles, des citoyens du monde entier, des désenchantés, des désillusionnés. Des fous, pour certains. Parce qu'il faut être un peu timbré pour s'enfiler autant de kilomètres et persévérer jusqu'au dernier.

Compostelle, le chemin de la vie de Freddy MouchardMême si chaque expérience est fondamentalement différente, le spectateur qui a marché se reconnaît dans tous ces témoignages. Les sensations sont identiques. La décision est prise, la Credencial, le passeport du pèlerin, est dans le sac prête à être tamponnée, les premières journées de marche sont horribles, les pensées négatives prennent souvent le dessus (Qu'est-ce que je fous là ? Pourquoi se donner autant de mal ?), les premiers maux apparaissent. Une fois passée cette première étape cruciale, la machine est lancée. Viennent alors d'autres émotions, l'appréhension de la solitude, la douleur toujours, la découverte intime avec une nature qu'on ne prenait plus le temps d'observer, un nouveau rapport au temps, un nouveau rapport à soi, à son corps.

La caméra subjective place d'emblée le spectateur dans la peau du marcheur, de celui qui observe le monde qui l'entoure, de celui qui vit cette expérience hors de l'espace-temps. Le réalisateur fait la part belle aux gros plans qui insistent sur la consistance de chaque élément de mère Nature. Ces petits détails qui passent inaperçus, ceux qu'on ne voit plus. Un hommage à la vie terrestre. Il alterne croquis, photos, marionnettes, vues des paysages, des églises. Et puis, il y a ce jeu de l'oie qui revient sans cesse, métaphore du chemin sur lequel on s'aventure comme des enfants apeurés.

Compostelle, le chemin de la vie de Freddy MouchardLa bande sonore mêle les voix off des marcheurs suivis par le réalisateur qui rendent compte des expériences diverses, et parfois, du désarroi du pèlerin qui hésite à revenir sur ses pas. À côté de ces récits, la musique, composée par Julie Mondor et Quentin Dujardin, parfois oppressante, vient souligner les difficultés de ce chemin où chacun porte péniblement sa hotte qui s'allège petit à petit, plus on s'approche du but.

Même si le film présente certaines lourdeurs (notamment ces plans répétés sur ce cube-puzzle d'enfants, des plans parfois trop contemplatifs), il a le mérite d'être représentatif de ce que peut être l'entreprise de Saint-Jacques de Compostelle. Dans ce monde où la quête de sens est primordiale, où le retour aux sources est préconisé, où prendre son temps est devenu effort, une quête initiatique comme celle entreprise par tous ces marcheurs pourrait répondre aux besoins de nos âmes perdues. Passer des portes et avancer, sans s'arrêter.

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