Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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mai 2007

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07/05/2007
Mots-clés : festival, Liège
 

Compte-rendu : Festival International du Film Policier de Liège, suivez les traces !

Elio Di Rupo ayant lancé, il y a maintenant 23 ans, un festival du film (d’amour en l’occurrence) dans la ville de Mons, et en ayant depuis raflé le mayorat, Didier Reynders (candidat malheureux au poste de bourgmestre de la cité ardente), s’est fait fort de soutenir le « Festival International du Film Policier de Liège ». Quelles qu’en soient les futures retombées électorales, d’un point de vue de cinéphile, grand bien lui en prit, puisque cette première édition nous a déjà offert quelques beaux morceaux.

Les festivités ont eu lieu, du 19 au 22 avril, dans le cadre du cinéma Le Palace. Argument contre : le lieu manque singulièrement de convivialité, rappelons que c’est désormais un complexe Kinepolis, aussi bien aseptisé que n’importe quel Kinepolis du pays. Arguments pour : le cinéma est situé en plein centre-ville, et propose des salles au confort et à la qualité de projection sans taches. Un traitement bien agréable pour un festival de cinéma de genre (en tout cas pour les déçus de la migration du BIFFF à Tour et Taxis).

Il y eut quelques cafouillages dans l’organisation (changement d’horaires intempestifs, dénomination des salles pas toujours claires, …), mais rien qui ne soit pardonnable à une première édition qui se cherchait encore une identité. Ainsi par exemple, Jackie Berroyer ou Luis Rego, aussi sympathiques soient-ils, ne sont pas les premiers auxquels on aurait pensé pour composer un jury en charge de films policiers (lequel jury comportait aussi Mathilda May ou Gilles Paquet-Brenner, réalisateur de la comédie policière Gomez et Tavarez).

Le dernier soir, dans le cadre prestigieux de l’Opéra Royal de Wallonie, ce jury  a couronné, à partir d’une sélection comprenant huit films de tous horizons, y compris deux documentaires :

Pour le meilleur scénario, Las Vidas de Celia, un polar (forcément) espagnol ou le suicide dispute la vedette à un meurtre mystérieux. Le film voit également couronner son actrice principale, Aida Folch, le meilleur acteur était Bjorn Floberg, pour Uro, une œuvre norvégienne dans laquelle un jeune flic infiltré chez des trafiquants de drogue perd le contrôle de son opération. Son réalisateur, Stefan Faldbakken, repart aussi avec l’insigne de cristal (signé Val St-Lambert comme il se doit) du meilleur film, et la prime de cinq mille euros qui l’accompagne. Le prix du public échut, lui, à l’Israélien The Last Suspect, de Arik Lubeztky et Mata Hari, heu, pardon, Matti Harai.

A Cinergie, on avait plutôt repéré Nightmare Detective, une œuvre japonaise assez radicale, déjà présentée, il est vrai, au Festival du Film Fantastique de Bruxelles. Connu des amateurs pour des films expérimentaux comme Tetsuo, le très respecté Shinya Tsukamoto livre ici sa première œuvre grand-public. «Grand-public» étant un terme à nuancer, le résultat restant infiniment sombre, et très violent.

On y suit les aventures d’un jeune homme suicidaire qui s’est découvert la faculté de pénétrer dans les rêves des gens. Il est recruté par une jeune et belle inspectrice (la pop-star Hitomi) pour enquêter sur un tueur en série d’un genre nouveau, dont les agissements s’inspirent d’une mode tristement réelle. Il choisit, en effet, ses victimes sur Internet et les pousse à se tuer en leur promettant un suicide commun par téléphones portables interposés. Le tueur est en outre capable, ça tombe bien, de pénétrer lui aussi les rêves pour terroriser ses victimes. L’occasion pour Tsukamoto de se livrer aux délires visuels qu’on lui connaît, fascinants de noirceur, qui aborde, sans détour, des thèmes aussi fleur bleue que le suicide, le traumatisme, et l’absurdité de l’existence.

Mais ce n’est pas tout ! Le festival proposait aussi deux catégories hors compétition.

La section « Avant-premières » alignait des noms connus avec Alpha Dog de Nick Cassavetes (sorti en salles dans la foulée), Le Deal de Jean-Pierre Mocky, Hot Fuzz, le nouveau délire du très british réalisateur de Shaun of the Dead et aussi un premier film, Unknown de l’Américain, inconnu donc, Brand Simon.

La sélection « Panorama », sorte de complément à la compétition, s’avéra, sans doute, la plus intéressante, avec notamment A Scanner Darkly, déjà présenté au festival… de Cannes !

Ce film de Richard Linklater (Before Sunrise, Before Sunset) transpose, à l’écran, un roman très personnel du grand écrivain de science-fiction Philip K.Dick (Blade Runner) où il décrit son addiction à la drogue, la plaçant dans une société sécuritaire futuriste très proche de la nôtre. L’originalité du métrage étant de superposer aux prises de vues réelles (avec ni plus ni moins que Keanu Reeves, Robert Downey Jr, Winona Ryder et Woody Harrelson) un trucage numérique donnant l’impression du dessin, qui offre du même coup toute licence aux effets spéciaux. Le résultat, scandaleusement invisible dans les salles belges alors qu’il sort déjà en DVD en France, est à la hauteur de l’ambitieuse entreprise.

Ce panorama présentait en outre deux films colombiens (Perdre est une question de méthode, enquête frôlant le burlesque dans les bas-fonds de l’Amérique latine, et Rosario) - ce qui nous a ouvert une fenêtre inattendue sur cette cinématographie méconnue -  Disturbia, sorte de remake de Fenêtre sur Cour, version adolescence et montée d’hormones, ou The Return avec Sarah Michelle « Buffy » Gellar.

Enfin, l’identité belge, et même liégeoise, était revendiquée à travers une intéressante rétrospective de films adaptés de l’œuvre de Georges Simenon, ce qui permis d’aligner des noms de réalisateurs comme Claude Chabrol, Jean-Pierre Darroussin, Pierre Granier-Deferre, Georges Lautner et Jacques Fieschi (par ailleurs, membre du jury).

À signaler encore une très sympathique initiative : faire précéder chaque projection d’un court-métrage (presque tous belges d’ailleurs). L’occasion de (re)voir les véritables petits thrillers mis en boîte par Olivier Van Hoofstadt, qui a signé depuis Dikkenek. Malheureusement, il fallait aussi supporter, à chaque fois, le spot promotionnel du festival, mettant en scène un interrogatoire musclé à la sentence croquignolesque : « Un événement qui va laisser des traces »…

Rassasié pour un petit temps de films policiers, on espère que l’événement prendra de l’ampleur, et de l’ambition, avec le temps, marchant, qui sait, dans les pas du Festival Fantastique de Bruxelles. Verdict, si tout va bien, dans un an (trois longues années avant les élections communales).

 

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