Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Novembre 2014
Mots-clés : film collectif, webdoc
 

Connected Walls - Sébastien Wielemans

Rencontre avec Sébastien Wielemans, concepteur du projet Connected Walls, une sorte de web documentaire alimenté par la réalisation de films courts sur la demande des internautes. Les sujets choisis par votes sont proposés aux quatre réalisateurs qui se trouvent chacun de part et d'autre des deux murs démarquant le Nord du Sud, la richesse de la pauvreté. Lancé sur la toile le 9 novembre 2014, 25 ans après la chute du mur de Berlin, ce projet se veut une participation citoyenne démocratique, visant à dépasser les frontières imposées physiquement par les 41 murs encore existant dans le monde. Les soulèvements de ce qu'on a appelé le Printemps arabe ont été possibles grâce aux réseaux sociaux, ici, ils pourraient servir à faire se rencontrer des étrangers immobilisés, pour certains, derrière un mur. Dans le monde virtuel de la toile, tous les parcours sont possibles, au-delà des obstacles gardés par la forteresse policière de l'Occident. Ironie d'une civilisation qui se dit démocratique, elle fournit les outils qui pourraient peut-être se retourner contre l'ostracisme des nantis.

Cinergie : Comment l'idée de ce Web documentaire est-elle née ?

Sébastien Wielemans : Tout a commencé en 2008. J'ai participé à une émission québécoise, Rallye Müvmedia, qui suivait huit réalisateurs en voyage. Chaque semaine, on devait réaliser un court documentaire sur un sujet donné. En fait, c'est un programme inspiré de l'émission française La course autour du monde où différents réalisateurs en expédition partageaient leurs découvertes via la caméra. C'est le même principe pour Rallye. Quatre Canadiens voyagent en Europe. Dans le même temps, quatre Européens se rendent en Amérique du nord.

C. : Quels étaient les sujets de ces reportages ?

S. W. : On recevait une thématique commune chaque semaine, ce qui donnait naissance à huit petits films, tournés dans différents endroits du monde, mais abordant les mêmes sujets. Ils étaient ensuite diffusés à la télévision, mais aussi en ligne. C'est ce qui m'a permis de me rendre compte de la force d'Internet, cette capacité de diffusion sur différents territoires, le tout en live. De là est né notre projet, et l'idée de cibler différentes communautés en même temps.

C.: Comment présenteriez-vous ce projet ?

Sébastien Wielemans, réalisateurS. W. : En fait,il démarre d'une date anniversaire, les vingt-cinq ans de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre prochain. Ce qu'on voudrait rappeler, c'est qu'il existe encore pas moins de quarante et un murs dans le monde qui séparent les populations. On aimerait cibler les frontières murales entre USA et Mexique, ainsi que l'Espagne et le Maroc. L'idée est de proposer à des réalisateurs locaux de réaliser des petits documentaires durant une période de deux mois. La particularité étant qu'ils devront travailler en binôme, c'est à dire que l'Américain et le Mexicain, au même titre que l'Espagnol et le Marocain, réaliseront les documentaires ensemble. Les tandems auront des thématiques communes et fourniront un nouveau documentaire tous les dix jours. Le projet aura un côté interactif, puisque les internautes pourront voter pour les sujets qu'ils préfèrent, via le site Internet. Le sujet qui récoltera le plus de voix sera ensuite imposé aux réalisateurs.

C. : Pourquoi avoir choisi ces frontières plutôt que d'autres ?

S. W. : États-Unis/Mexique car j'ai eu l'occasion de découvrir les possibilités qu'offrent le lieu, lors d'un tournage, il y a quatre ans. L'Espagne et le Maroc, c'est la frontière qui nous concerne le plus, puisqu'elle sépare l'Europe de l'Afrique. On a quand même une forte population d'immigrés marocains en Europe, je me suis dit que ce projet pouvait correspondre aux attentes de ce public. Au-delà de ça, ces deux frontières répondent à une logique Nord/Sud, ce qui souligne le rapport de force entre les hémisphères.

C. : Quel est le but de ce projet ?

S. W. : On aimerait connaître le quotidien de ces frontières, savoir si un dialogue est possible malgré la séparation physique. Parallèlement, on voudrait faire entrer en résonance les deux frontières, les confronter.

C. : Comment les réalisateurs ont-ils été choisi ?

Sébastien Wielemans, réalisateurS. W. : C'est un long processus. L'année passée, on a lancé un appel à candidature en ligne, expliquant le but du projet. Évidemment, les aspirants devaient avoir une certaine connaissance de la situation autour des frontières. Plusieurs réalisateurs ont postulé, déjà regroupé par binôme, afin de juger s’ils étaient capables ou non de travailler ensemble. On a ensuite choisi les deux équipes qui nous semblaient les plus pertinentes pour raconter les histoires qu'on veut faire passer. On ne veut pas de reportages, mais une réalisation plus subjective, un regard personnel de ces cinéastes qui connaissent la région.

C. : Comment fonctionne le projet ?

S. W. : Dans un premier temps, les réalisateurs découvrent les sujets imposés, via notre site Internet, qui sert véritablement de plateforme. Les cinéastes se lancent ensuite dans la production et nous envoient leur film une fois achevé. Nous sommes en contact permanent avec eux. On s'occupe alors de la traduction, puisqu'on veut que le projet soit compréhensible pour le public francophone, hispanophone et arabophone. Nous sommes une quinzaine de personnes à bosser en interne afin de finaliser les projets dans les temps.

C. : Il y a une réelle interaction avec les internautes.

S. W. : Oui, ils peuvent voter pour les sujets, suivre chaque nouvelle vidéo et échanger avec les réalisateurs via le guess book. De la sorte, on casse un peu l'image du « réalisateur inaccessible ». Quelque part, l'internaute casse lui-même son propre mur, en discutant avec quelqu'un qu'il n'aurait peut-être jamais pu rencontrer. C'est une manière de sensibiliser les gens aux enjeux frontaliers, à l'immigration. On passe donc par des objets ludiques, mais pour toucher des causes essentielles.

L'implication des internautes dans le processus répond à une volonté de mettre fin à la passivité face à la réception d'informations. C'est là toute la force des web documentaires. Tu n'es pas simplement installé derrière ton écran, tu peux mettre la main à la pâte. C'est ce travail collectif qui me plaît, le fait de combiner les idées pour aboutir à un projet plus riche.

C. : Vous avez bénéficié d'une aide aux Web documentaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Sébastien Wielemans, réalisateurS. W. : Oui, cette aide existe depuis quelques années. On a postulé une première fois, sans résultat, puis une seconde, qui s'est avéré payante. On a eu une aide au développement, ainsi qu'à la production. En parallèle, on a participé à un tutorat proposé par la Fédération et Aura Films, qui s'étale sur quelques mois. Notre tuteur était Mathieu Detain, un producteur parisien qui lance des Web documentaires depuis plusieurs années. C'est là que j'ai réellement découvert cette pratique car, à la base, j'ai une formation de réalisateur linéaire.

C. : Le projet doit donc avoir une portée internationale pour être une réussite. Qu'avez-vous mis en place pour ça ?

S. W. : C'est le plus gros défi pour ce genre de projet, il faut que le site bénéficie d'un maximum de visibilité. Nous travaillons avec des personnes qui réalisent tout le travail de communication. On s'est aussi entouré de différents partenaires qui travaillent dans l'immigration ou les droits de l'homme, que ce soit des associations ou des ONG.
C. : Quand débutera le projet ?

S. W. : Dès le 9 novembre. On invitera les internautes à venir voter les sujets et voir ce qui a déjà été réalisé. Dans les jours qui suivent, on annoncera la première thématique qui a remporté les suffrages et les réalisateurs pourront commencer à travailler. Le projet s'étalera sur deux mois, et prendra fin aux alentours du 15 janvier. Ensuite, le site restera en ligne, avec la possibilité de voir les six documentaires réalisés le long de la frontière USA/Mexique et les six autres fait à la frontière Espagne/Maroc. 

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