Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Couleur de peau : miel de Jung et Laurent Boileau

Qui suis-je ?

Cette question, Yung, dessinateur belge et coréen d’origine, se l’est d’abord posée dans sa bande dessinée Couleur de peau : miel dont le premier tome est sorti en 2007. Cinq ans plus tard, ce récit autobiographique en noir et blanc a pris une toute autre forme, celle du documentaire d’animation que le dessinateur signe avec le réalisateur Laurent Boileau. 

jaquette dvd couleur de peau mielLe film relate le parcours, parfois chaotique, de Yung qui, comme des milliers d’enfants coréens, s’est vu abandonné après la guerre et adopté, dans son cas, par une famille belge comptant déjà quatre enfants naturels. Perdu dans un monde qui n’est pas le sien, Yung tente, tant bien que mal, de construire sa propre identité. Confronté à la barrière de la langue, à l’indifférence de certains membres de sa famille, au regard des autres, aux réprimandes de ses parents adoptifs, le jeune Yung est tiraillé entre un ici et un ailleurs, entre une réalité palpable et un monde inconnu dont les contours sont oscillants et flous.
Comment rendre compte de cette quête identitaire perpétuelle, de cet entre-deux jamais résolu ? Le making-of du film, disponible sur la version DVD, rend compte de la difficulté de traduire l’œuvre originale à l’écran. Au départ, il s’agissait de faire cohabiter Yung enfant en animé, et Yung adulte en réel au sein d’une même image. Cette idée initiale était une gageure, mais elle a constitué le point de départ de l’aspect hybride du film. Les réalisateurs ont, en effet, opté pour une temporalité éclatée et une hétérogénéité des formes : dessins en 2D et en 3D se mêlent aux images d’archives et aux prises de vues actuelles. Un puzzle formel qui reflète les multiples facettes de Yung, un homme en construction constante.
Les réalisateurs se sont lancés sur le terrain glissant de l’adaptation d’une bande dessinée au cinéma. Il va de soi qu’une adaptation littérale n’était pas envisageable. Le cinéma offre d’autres possibilités : le rythme, le montage, le mouvement, la musique - autant d’éléments qui distinguent l’œuvre originale de la version filmique. Les réalisateurs ont également décidé d’enrober les personnages secondaires (comme, par exemple, la mère adoptive de Yung). Contrairement à la bande dessinée où la voix off était omniprésente, l’alternance entre dialogues animés, voix off et musique prévaut dans la version filmique. Il s’agit en fait de la même histoire mais racontée de deux manières différentes.
Un élément conserve néanmoins toute son importance : le dessin. Matériau de base de l’œuvre originale, ce médium acquiert, dans le film, une place de premier ordre. Il est présent à plusieurs niveaux : le dessin est pour Yung une échappatoire, un moyen d’imaginer un monde qu’il ne connaît pas, un refuge rassurant. Yung enfant veut être dessinateur de bandes dessinées, Yung adulte se plaît à esquisser les paysages coréens. Le dessin est l’élément fédérateur, le fil d’Ariane suivi par ce personnage en devenir. Il s’immisce à plusieurs reprises dans des scènes oniriques, notamment une scène où Yung s’imagine enlacé dans les bras de son professeur de danse. Ces pauses temporelles confèrent au film une poésie qui nous conduit dans les paysages enchantés d’Hokusai.

Couleur de peau : miel aborde donc des thématiques universelles dans lesquelles chacun, petit ou grand, peut se projeter. Les bonus inclus dans la version DVD permettent au spectateur de comprendre comment aborder ces questions liées à l’identité qui induisent un mouvement constant, une non-fixité des formes, un devenir permanent.

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