Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2007

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11/12/2007
 

Cowboy de Benoît Mariage

Quatre ans après l’accueil mitigé réservé à L’Autre, Benoît Mariage est de retour, avec son comédien des Convoyeurs attendent (1999), Benoît Poelvoorde, devenu depuis une véritable star. Enfants de la région, les deux Benoît ont fait l’événement à l’ouverture du festival de Namur, où leur Cowboy a, enfin, été dévoilé. Enfin, car on sait que le tournage et le montage ont été longs et tortueux. Alors, l’attente en valait-elle la peine?

Portrait Benoit PoelvoordeSi, aux premiers abords, Cowboy paraît s’inscrire dans la lignée des Convoyeurs…, il ne tarde pas à affirmer son identité. Un aspect patchwork, sans doute dû à l’abondance de matériel d’un film qui s’est longtemps cherché. Cependant, alors que le récit avait tendance à se déliter dans les Convoyeurs…, ici la formule fonctionne parfaitement. Le récit en trois actes classique est petit à petit délaissé pour une exploration plus atypique des tourments de son personnage principal, Daniel Piron.

Piron, c’est bien sûr Poelvoorde. Journaliste télé frustré d’être réduit à la présentation de Airbag, une capsule sur la sécurité routière dont le tournage est l’occasion de scènes comiques d’anthologie - pour nous spectateurs ! Ancien militant de gauche qui s’encroûte, Piron décide alors de réaliser un documentaire. Son sujet est décalqué sur un fait réel, la prise d’otage en 1980 d’un bus scolaire par Michel Strée. Il veut donc réunir le preneur d’otage, rebaptisé Sacchi (Gilbert Melki), et ses victimes, presque trente ans plus tard. Mais Piron ira de déconvenues en déconvenues. Non seulement Sacchi est devenu un gigolo et son producteur (Bouli Lanners) lui colle un cameraman incapable (François Damiens), mais surtout, il découvre qu’il n’a pas l’étoffe nécessaire à son projet. Tout se délite et Piron est tenté de manipuler les faits pour parvenir à ses fins.

On retrouve alors les questions qui agitent Benoît Mariage documentariste (notamment pour feu Striptease). Un axe méta-filmique qui ne devra pas rebuter ceux qui ne font pas partie “du milieu”, car c’est d’abord un itinéraire humain que l’on suit. On retrouve d’ailleurs l’amour immodéré de Mariage pour les “petites gens” et pour la beauté triste qui se dégage du quotidien. Une vision que Piron aura fort à faire pour découvrir. Il se croyait encore militant, mais il révèle bientôt son mépris pour ceux qu’il filme. C’est là le deuxième axe thématique du film. Il n’est certainement pas exagéré de le qualifier de film de gauche. Mariage véhicule, par contraste et c’est la bonne idée, des valeurs d’entraide et de tolérance, et nous met parfois violemment en face de nos contradictions (alors que Poelvoorde et Lanners ont une discussion enflammée, Poelvoorde refuse de donner une pièce à l’enfant qui vient laver ses carreaux au carrefour). Un engagement intelligent et un rien désabusé. La magnifique scène finale, au son de “Non, non, rien n’a changé” des Poppies, garantit de tirer une larme à tous ceux qui ont cru, ou croient encore, changer la vie.

Le film réussit le pari de s’installer dans les éclats de rire les plus francs et de se clôturer dans une émotion sincère. Pour balayer ce spectre, Mariage peut faire confiance au talent de Benoît Poelvoorde, qui livre sa composition la plus subtile (plus complexe que dans Entre ses mains) et nous rappelle qu’il est un grand acteur. Même François Damiens (alias François l’Embrouille), nous surprend sur la longueur d’un rôle qui semble, au départ, très caricatural (comme dans Dikkenek). Citons encore Julie Depardieu, qui reforme le temps de quelques scènes le couple créé avec Poelvoorde dans Podium.

Truffé de références belgo-belges (valses des accents, souvenirs de la Marche Blanche, caméo hilarant d’Olivier Gourmet), le film laisse aussi sa chance à un jeune musicien wallon, Saule (du groupe Saule et les Pleureurs) qui, pour sa première bande originale de film, s’en tire avec les honneurs. Par ailleurs, Mariage n’a pas son pareil, comme dans les Convoyeurs…, pour construire de temps en temps, des cadres d’une grande beauté formelle et des images très poétiques, tandis que sa caméra scrute, elle sans pitié, les imperfections des peaux et des visages de ses protagonistes.

Bref, drôle, émouvant, plastique et politique, Cowboy a tout pour plaire. Gageons que le public sera au rendez-vous d’une production certes atypique, mais qui fait honneur à notre cinématographie nationale. Verdict prévu en fin d’année.

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