Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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septembre 2012
 

D'arbres et de charbon de Bénédicte Liénard

Depuis plusieurs dizaines d'années, l'arrivée sur le marché de caméras domestiques a permis à d’innombrables foyers de découvrir en leur sein un parent endossant, le temps d'un baptême ou d'un séjour à la mer, la casquette d'un Renoir du dimanche. Combien de réalisateurs se sont découverts une vocation devant les vieilles bobines de super 8 de papa remisées dans un coin du grenier ? S'il n'est pas toujours évident de trouver dans ces petits films amateurs l'intention et le panache qui les rendraient soutenables hors du cadre restreint de la famille, leur ontologie sociale mérite pourtant que l'on s'y arrête. Le cinéma des origines, débarrassé de son esthétisme élaboré et de sa science théorisée, ne tient-il pas sa force de cette volonté primaire : s'accaparer le réel, et en premier lieu, celui que l'on côtoie, qui nous touche et qui participe de notre être et de notre temps ?

Armée de ses caméras DV et super 8, la réalisatrice filme le cours paisible de la vie dans le bosquet familial, une ancienne fosse de charbonnage désaffectée. Hérité en guise de dédommagement suite à un coup de grisou ayant endeuillé la famille Liénard, le lieu devient, de génération en génération, le théâtre verdoyant des relations familiales, enclave privilégiée d'un bonheur tendre et fragile. Symbole du temps qui passe, le bosquet se couvre de neige, fleurit, roussis au fil des saisons.
Images successives de bourgeons en gros plans, le placenta du nouveau-né que l'on dépose dans un trou creusé pour l'arbre à planter, le grand-père et le petit-fils partant à la chasse aux noix, Bénédicte Liénard raconte le quotidien, le mettant parfois en scène tantôt avec humour, tantôt avec poésie.

d'arbres et de charbon de Bénédicte LiénardD'une apparente simplicité, le métrage, s'il tient sa force première de la sensibilité du propos, est tenu par la subtilité du montage de Marie Jimenez, incorporant images d'archives et images tierces. La caméra comme le bosquet se transmet de génération en génération. Film de famille dans le sens noble du terme, film de mémoire, la vidéo se substitue à la tradition orale.
À l'intérieur de ce tableau familial, entité apparemment pleine et monolithique, se dessine subtilement le portrait d'une femme. Fille et petite-fille, construite et soutenue par ses appartenances à la tribu, c'est aussi son histoire propre qui se raconte, de ses furtifs amours de jeunesse à ses doutes de femme devenue épouse et mère. Et lorsque dans l'édifice social savamment entretenu, vient s’immiscer la faille qui menace de tout mettre à bas, l'on quitte avec elle le cadre clos et rassurant du bosquet pour partir en quête de réponses à l'autre bout du monde. Bénédicte Liénard use du film comme d'un outil thérapeutique. À la fois hommage et autoportrait, cette peinture d'une vie vécue par et pour l'amour des siens, participe, à l'image de ce rapport physique des hommes à une terre, à la matrice qui fait la famille et l'individu. « Les images resteront peut-être, mais les liens sont bien au-delà des images ».

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