Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Octobre 2004
01/10/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Dans l'ombre de Olivier Masset-Depasse

Le prégénérique annonce la note dominante du film, une passion contrariée. Une forme floue s'agite sur un fond noir. La mise au point nous révèle qu'il s'agit d'un barbu qui enlève son marcel, sort de chez lui et danse dans la cour de sa maison. Une jeune fille le rejoint sous le regard attentif de sa voisine qui observe la scène de sa fenêtre. Celle-ci, Léone est infirme et vit, ou plutôt survit, dans l'ombre d'une maison ouvrière qu'elle a transformée en observatoire pour espionner Andréas, son voisin professeur de mathématiques, qu'elle désire.
Pour provoquer une rencontre avec ce Don Juan chez qui défile les étudiantes fascinées par le sujet supposé savoir, Léone provoque un accident dont se rend coupable Andréas. Celui-ci découvre une voisine de caractère : « Qu'est-ce qu'elles vous trouvent toutes ? » - « Vous n'êtes jamais tombée amoureuse d'un de vos profs ? » - « Elles ont toutes achetées votre bouquin ? » -- « Vous l'avez lu ? » --« Je ne comprends rien aux mathématiques ». Echec et mat. Notre homme ne peut que lui dire : vous êtes une drôle de bonne femme ! »
Dans ce qu'il convient d'appeler une arène, en début du combat Andréas est tenu à distance par la violence des affects de Léone. C'est précisément ce qui le trouble et va, petit à petit, le scotcher à la jeune handicapée. Beau plan que celui où délaçant la bottine orthopédique de Léone, Andréas découvre son pied ravagé par la polio et ému le caresse (une sorte de contre-pied à Journal d'une femme de chambre de Luis Buñuel) « Je suis content d'avoir provoqué cet accident, murmure Andréa ». « Moi aussi », répond Léone.
La réalisation d'Olivier Masset-Depasse introduit le spectateur dans l'univers mental de Léone et dans la stratégie de séduction qu'elle élabore avec la même obstination qu'elle met à surmonter son handicap. La mise en abyme de son parcours en accordéon (les étudiantes dont Léone observe le jeu), la mise en scène de son désir en de brefs flashs servent d'ellipses. En se focalisant sur le regard de Léone, le réalisateur joue le hors champ à la perfection laissant le soin au spectateur de deviner ou d'imaginer les fils narratifs de l'intrigue. Le réalisateur se garde bien de surligner ses plans. Il laisse au spectateur, répétons-le, le soin de tisser la toile à son gré.
La résistance de Léone devient manque pour Andréas qui, devenant accro à Leone, est troublé, captivé par une confrontation qu'il ne trouve guère chez ses étudiantes, lesquelles lui tombent dans les bras sans qu'il ait à fournir le moindre effort. Léone est le point aveugle de la séduction. Celle qu'on ne rejoint qu'après avoir surmonté une série d'épreuves. En cela Dans l'ombre, contrairement aux apparences, est bien plus ambigu qu'un conte de fées dont la structure du film s'inspire. C'est sans doute ce qui rend le film aussi attrayant, de désiré, Andréas devient désirant. Ajoutons que le jeu d'Anne Coessens en Léone est parfait. De même, la couleur non saturée qui renforce la tonalité du film. Bref, le genre de films qu'on a intérêt à revoir une seconde fois pour mieux en comprendre la subtilité.

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