Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Das Fantastiche Nacht de United Blaireaux

Full Metal Waterzooi
 La guerre est certes une belle connerie, mais reconnaissons que si elle n'existait pas, le cinéma aurait dû l'inventer. N'a-t-elle pas servi de toile de fond à quelques pages les plus glorieuses de l'histoire du 7è art? Sans elle, John Wayne ne serait resté qu'un cow-boy sanguin, Stallone un pugiliste amoureux d'Adrienne, et personne ne connaîtrait le potentiel comique d'un Tom Cruise (Top Gun) ou d'un Charlie Sheen (Oui, j'ai dit Charlie, je respecte Apocalypse Now, moi!). Personne ne chanterait les célèbres canons de Navarone, on n'aurait pas la moindre idée de l'existence d'une rivière Kwaï ; quant à la chevauchée des Walkyries, la majorité des représentants de ma génération serait persuadée qu'il s'agit d'un numéro du cirque Bartabas. Il fallait donc bien qu'un jour, notre cinéma rende à ce pan incontournable de l'aventure en images, un hommage à la belge, surréaliste et dérisoire[1]. Vous en rêviez? Les United Blaireaux l'ont fait.
Derrière cette mystérieuse appellation se dissimule malicieusement une bande de trublions avérés de notre cinéma, artistes de la gaudriole, rois du foutage de pieds dans le plat, tels le producteur Vincent Tavier, les réalisateurs Vincent Patar ou Guillaume Malandrin, et une dizaine d'autres affreux jojos. Cela fait quelques temps déjà qu'ils agitent en sous-main le fond créatif de notre cinétélévision (merci Canal +) avec des productions comme Duvetman, ou encore Meurtre d'un brouttemécouille chinois (sic!). Ici, ils font dans la parodie déjantée de films de guerre.
Tourné en noir et blanc colorisé verdasse, l'oeuvre narre les aventures d'une patrouille de baroudeurs qui comprend tous les archétypes du guerrier (il y a un sergent chef, un cuistot, un parachutiste, un spécialiste des transmissions, un espion russe, et même un soldat inconnu). Mission: récupérer, au péril de leur vie, la chaussure gauche du général Reagan (tibia et péroné inclus), que ce dernier a malencontreusement égarée en jouant au golf dans un champ de mines.
De quelle conflit s'agit-il? On s'en fout. D'ailleurs, les images d'archives allègrement pillées par les United Blaireaux pour situer leur propos proviennent de différentes guerres, visiblement. De même que les accoutrements dont sont affublés les zéros de cette épopée. Comme dans un cauchemar, des éléments totalement fantasmatiques viennent se greffer sur un canevas de vraisemblance. Et d'enchaîner les plans jouissifs en hommage décalé aux grands classiques du 7ème War (les années 70 sont particulièrement bien représentées, question de génération sans doute). Faut dire qu'ils revendiquent Clint Eastwood comme conseiller technique ... le Clint de De l'or pour les braves. On reconnaît en passant Mash, The Deer Hunter, Full Metal Jacket, Apocalypse Now, et d'autres, tellement nombreux qu'on ne va pas vous priver du plaisir de les recenser vous-mêmes.
Nous ne ferons cependant pas à ce court métrage l'injustice de le limiter à une série de pastiches. Si le but avéré est la galéjade, le film est ordonnancé avec beaucoup de rigueur et de savoir faire. Là aussi, comme mot d'ordre, l'imagination au pouvoir. Tout a l'air foutraque, et tout est en fait rigoureusement agencé et mis en scène. Un exemple? Le film est tourné en muet et postsynchronisé en studio. Mais pas à l'italienne. Le son est enregistré sans souci excessif d'une quelconque synchronisation avec l'image. Et les images sont faites et montées de façon à rendre possible une telle technique (préférant les plans généraux aux plans de face, esquivant autant que possible les mouvements des lèvres, etc..). Le tout est subtilement dosé pour que l'effet en soit sensible, mais non gênant. Résultat: un décalage assez déroutant qui renforce encore l'impression d'onirisme qui se dégage du film. Et le reste est à l'avenant. Un vrai régal pour le spectateur qui devra cependant s'offrir plusieurs visions avant de pénétrer vraiment dans l'atmosphère pour en goûter tout le sel. Il faut quand même reconnaître que, la première fois, c'est assez déroutant. Mais après, qu'est-ce qu'on s'amuse!

[1]

Vous me ferez doctement remarquer que le cinéma belge regorge de productions sur le sujet. Même que le premier film belge de l'histoire du cinéma (un Machin) était justement ... Vous aurez raison, mais face à cette extraordinaire pochade que constitue De Fantastiche Nacht, on peut bien déconner un peu. Non?

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