Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2003
 

De Witte Van Sichem

La Cinémathèque Royale de Belgique et la Communauté flamande ont décidé d'unir leurs efforts pour diffuser une série de longs métrages classiques du cinéma flamand, couvrant la période entre 1955-1990, sur support DVD. La restauration numérique a l'avantage de rendre accessible des films dont les copies risquaient, à la faveur du temps de devenir inaccessibles.
Si les techniques de numérisation, ainsi que le rappellent les responsables du projet ne constituent pas une alternative à la conservation du film original, ils offrent la possibilité, au public de voir le film dans des conditions optimales. Tant le son que les images originales (le cadre du film, les couleurs, les contrastes, etc.) ont été restituées.
Ainsi pour De Witte, Walther Vanden Ende, le chef. Op. du film a supervisé la conversion numérique du film ainsi que l'étalonnage des couleurs à partir d'un internégatif dans un mauvais état. Le résultat s'avère être d'une grande qualité.

Le Film

De Witte Van Sichem de Robbe De Hert est sorti en salles en 1980, une grande année pour le cinéma flamand qui voit sortir Hellegat de Patrick Lebon et de Proefkonijnen de Guido Hendrickx (trois cinéastes issus du groupe « Fugitive Cinéma ». De Witte sera un succès public puisqu'il aura pas moins de 540.000 entrées.
Il s'agit cependant du remake d'un film que Jan Vandervelde et Edith Kiel ont adapté, en 1934, du texte classique d'Ernest Claes. Vous me direz qu'allait faire Robe De Hert, figure contestataire d'un cinéma de gauche dans les souvenirs de jeunesse d'Ernest Claes dont les opinions politiques ne penchait pas à gauche. Tout autre chose, vous vous en doutez ! D'un premier film basé sur un scénario de pur divertissement, le réalisateur de Camera Sutra va mettre l'accent sur le contexte social de la Flandre.
Son Filasse (blondinet) de Sichem lui permet de dépeindre les conditions de vie misérables de la Flandre du début du siècle dernier. Lewie (de witte, filasse) mal nourri est rudoyé par des parents n'hésitant pas à lui donner des coups de bâtons, par un instituteur sévère comme le manque de justice, et lorsqu'il ne va pas à l'école, il est contraint de travailler, dans les champs exploités par M.Coene, un fermier aussi tyrannique que violent. Espiègle, De Witte accumule les farces, essayant de rendre vivable l'existence insupportable qu'essaient de lui imposer une bande d'adultes bornés qui voient dans le socialisme une manifestation du diable.
La littérature permet à notre « Poil de Carotte » flamand, d'échapper, un temps, aux contraintes d'une réalité qu'il ne peut admettre. Belle séquence que celle où les bandes de gosses (garçons et filles) rejouent « la bataille des éperons d'or » en s'inspirant du Lion de Flandre et où le curé essaie de les séparer à coups de parapluie ! La rentrée des foins, en été, donne l'occasion à Robbe De Hert de nous composer des plans se référant à l'Angélus de Millet.
Le temps du jeu est court et la réalité décline, à nouveau, son vocabulaire grinçant à notre blondinet qui est à deux doigts d'en finir avec une vie qui ne lui inspire plus le moindre désir. Le film se terminant par un bal où les antagonismes sociaux éclatent de plus belle. La fille du patron n'est décidément pas autorisée à flirter avec les ouvriers !

Bonus

Le documentaire

Eric Clerckx, qui interprétait De Witte, en 1980, nous explique que Robbe faisait répéter les scènes une vingtaine de fois. Roland Verhavert, dont le rôle dans la production du film fut capital, souligne qu'on se trompe si l'on croit que De Witte van Sichem est un film comique. Ce que confirme l'auteur du texte, Ernest Claes : « L'humour est le chagrin mis à l'envers ».
Le film nous retrace l'itinéraire de Robbe De Hert qui commence sa carrière dans les années soixante et celui de « Fugitive Cinéma » qu'il fonde avec Patrick Lebon et Guido Henderickx. Un cinéma contestataire qui, pour Roland Verhavert, est un mélange de réalité, de fiction et de fantaisie. Anecdote savoureuse, se faisant projeter la version de Jan Vanderheyden et Edith Kiel : de De Witte van Sichem, Robbe arrête la projection après la première bobine et disant : « Maintenant, nous savons ce que nous ne devons pas faire ! » Autre petit gag, le sermon antisocialiste prononcé par le curé a été rédigé par Hugo Claus !

Un court-métrage :

19 décembre (1965) de Louis Celis, dans lequel Robbe De Hert joue le rôle principal.

Bande-annonces

-De Witte van Sichem (les 2 versions)
-Les Costauds (1984)
-Trouble in Paradise (1989)
-Bueberry Hill, Bylcream Boulevard (1995)
-Gaston'War (1977)

Robbe De Hert, De Witte van Sichem (Filasse de Sichem), 1980, DVD Cinémathèque Royale de Belgique, coll. Chronique du cinéma flamand.

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