Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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avril 2009
08/04/2009
 

Déborah François sur le tournage de My Queen Karo

L’ancienne école vétérinaire d’Anderlecht semble plaire aux repéreurs belges. Quelques mois après que la RTBF et TF1 aient posé leurs caméras pour Françoise Dolto, le désir de vivre avec Josiane Balasko, c’est le film My Queen Karo de Dorothée van den Berghe (Meisje) qui s’y est installé pour la partie belge d’un tournage bouclé à Amsterdam.

L’histoire relate la vie d’une famille dans un squat, au cours de la période hippie, sous le regard de Karo, une jeune fille qui mène une existence insouciante dans cette utopie pour adultes, où se partagent argent, sexe et idéaux. Et où, on l'imagine, il n'est pas simple pour elle d’entretenir son petit monde imaginaire. Mêlée à un groupe dont elle ne saisit pas vraiment l’union, tiraillée entre un père et une mère qui se déchirent, elle se réfugie alors dans une nouvelle passion, la natation.
Produit par le même trio que la saga historique L’Empereur du goût, à savoir Caviar Films, Tarantula et à nouveau la RTBF, le film, annoncé pour septembre, espère briller au Festival de Cannes, au bon souvenir de Déborah François qui y fut révélée grâce à L’Enfant. Donnant ici la réplique à Matthias Schoenaerts (Loft) nous avons rencontré l’actrice récompensée dernièrement par le César du Meilleur Espoir Féminin cette année, avec le très beau Premier jour du reste de ta vie.
Cinergie : Vous qui appréciez particulièrement les années 70, vous avez certainement dû accepter ce rôle sans hésiter.
Déborah François dans my queen KaroDéborah François : Presque oui, mais l’intérêt était double, car au-delà du sujet, c’est surtout la façon dont la réalisatrice voulait filmer ça qui m’a convaincue. C’est un portrait de famille des années 70, mais vu par les yeux d’une petite fille de 10 ans. Une vision totalement inédite qui devrait offrir un rapport différent au public. Ce regard enfantin va, à mon avis, apparaître plus violent pour le spectateur, qui n’est pas habitué à cela.

C. : Il s’agit d’un film belge, et surtout flamand. Vous y parlez donc le Néerlandais ?
D. F. : Oui, mais autant que le Français. Je me suis bien améliorée en néerlandais, mais le pire a été d’apprendre les textes de mes autres partenaires. Or, il le fallait absolument pour ne pas rester sans réagir. Ça été une expérience très particulière, et même éprouvante à ce niveau-là !

C. : Vous avez tourné My Queen Karo dans la foulée de Ah c’est ça la vie, un téléfilm. À une époque où les genres se mélangent pour les comédiens, distinguez-vous cinéma et télévision ?
D. F. : Moi, je préfère mettre à part mes tournages télé. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec les acteurs qui disent que c’est pareil. Ce n’est pas la même façon de tourner, et donc de voir les choses. Un téléfilm, il faut toujours aller vite vite vite, on fait de la minute à l’image et si ce n'est pas bon, on entend toujours dire à la fin « C’est pas grave, on coupera au montage ».

C. : Ce qui semble vous irriter…
D. F. : Oui et non, car en même temps, cela demande une autre capacité de travail. On a de gros horaires, et tant dans Dombais et Fils que Ah c’est ça la vie, j’ai constaté que les comédiens étaient longtemps coincés sur le plateau. Parfois, on ne peut même pas en sortir de toute la journée, ce qui au cinéma, n’arrive jamais. Dans My Queen Karo par exemple, Dorothée van den Berghe ne choisit parfois qu’un seul plan à tourner, au risque qu’il ne soit pas bon. On doit alors prendre le temps de le refaire. Alors que si c’était pour la télé, elle pourrait se permettre d’en filmer cinq pour n’en choisir qu’un, en le coupant comme bon lui semble. La différence est quand même flagrante !

C. : La passion que vous vouez pour la littérature vous empêche-t-elle encore d’être une cinéphile pure ?
D. F. : J’adore évidemment le cinéma, mais il n’est toujours pas mon art de référence. Au cours de ma jeunesse, je me réfugiais dans les livres, jamais dans les films. C’est vrai qu’il y a des films qu’on dit d’auteur et qui sortent des sentiers battus, mais j’ai encore beaucoup de mal à me déplacer pour aller les voir. À moins qu’une amie ne parvienne à me convaincre !

C. : Barjavel continue donc à vous parler davantage qu’Almodovar…
D. F. : (Rire) Beaucoup plus, et là je suis dans Dan Simmons pour tout vous dire ! Mais ne me croyez pas trop sévère avec le cinéma. J’adore les univers des grands réalisateurs, comme évidemment, les frères Dardenne. J’ai été extrêmement fière de jouer dans L’Enfant, car leur patte est inimitable. On peut toujours dire que des films, même à l’étranger, ressemblent à ceux des Dardenne, mais ce ne sera jamais la même chose. Personne ne peut s’approcher de ce style.

C. : À vos débuts, vous disiez avoir beaucoup de mal à entrer dans un scénario. Vous êtes-vous améliorée à ce niveau ?
D. F. : Ça va beaucoup mieux. J’arrive mieux à transposer. Même quand je découvre un scénario, comme celui-ci que j’ai lu plusieurs fois, je vois défiler des images qui n’ont probablement rien à voir avec le film qui va être fait. Mais j’apprivoise enfin les choses, ce qui n’était pas le cas au début où je ne percevais pas du tout le rapport entre l’écrit et l’image. Mon imaginaire me renvoie certes encore parfois machinalement à la littérature. Mais c’est capital de savoir comment les choses vont se dérouler sur un tournage.

C. : Et c’est précisément l’ambiance d’un tournage qui vous plaît le plus au cinéma…
D. F.
 : Oui, je m’y sens bien en général. Sur certains, encore plus que d’autres... Je pense, c’est vrai, que c’est ça que j’adore : être sur les plateaux et puis chercher à savoir « Tiens mon personnage va être comme ça, je vais prendre tel détail chez l’un, tel truc chez moi, puis chez un autre ». Et ensuite, je tente d’en faire une sorte de mix. C’est très agréable comme mécanique !

C. : Avoir été « baby-sittée » sur les plateaux vous a longtemps perturbé. Est-ce que cela va mieux ?
D. F.
 : C’était effectivement très bizarre dans mes premiers films. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais si chouchoutée, même si j’adore ça bien sûr ! Maintenant, je comprends, et c’est vrai qu’il y a des choses qu’on fait pour les acteurs qui peuvent paraître complètement hallucinantes. Ne serait-ce que le fait qu’on vienne chercher les comédiens le matin à l’hôtel, et pas le reste de l’équipe. Car si un technicien arrive en retard sur un plateau, c’est gênant, mais on peut commencer sans lui, il est à la limite « remplaçable ». L’acteur non. S’il tombe malade, tout le monde tombe malade avec lui et ce sont soixante personnes qui doivent s’arrêter de bosser.

C. : Vous parlez par expérience ?
D. F.
 : Un peu. J’ai juste eu un petit accident sur Le premier jour du reste de ta vie, mais j’ai continué. Je m’étais bêtement tordu le genou et j’ai dû porter une attelle jusqu’à la fin du tournage. Je pouvais juste arriver à marcher sans boiter le temps d’une scène ou deux. On n’est parvenu à ce que cela ne se voit pas. Avec quand même, l’aide d’une fille de l’équipe qui servait de doublure pour les plans où je cours sous la pluie.

C. : En conclusion, on peut dire que le rapport aux médias n’est pas aussi difficile que vous le prétendez…
D. F. : J’ai dit ça, moi ? Ça n’a pas été nécessairement toujours simple, c’est vrai. C’est juste que parfois, je dois répondre à des questions ouvertes auxquelles je ne m’attends pas du tout. Donc, au début de ma carrière, je ne savais pas vraiment quoi répondre. Mais l’expérience est là, maintenant ! (éclat de rire)

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