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01/04/2002
 

Découverte de l'Art Nouveau à Bruxelles

Le multimédia commence à proposer d'autres produits que les catalogues de musée ou les encyclopédies (ce qui est déjà remarquable) : des oeuvres faites par des créateurs qui ont décidé de jouer avec l'interactivité du médium, avec son aspect ludique qui lui donne une spécificité à nulle autre pareille.


© JMV

C'est le cas de Découverte de l'Art Nouveau à Bruxelles de Christian Mesnil, un cd-rom où chacun compose son menu, suit l'itinéraire qu'il souhaite pour découvrir toutes les subtilités de l'Art nouveau à travers 500 photos en noir et blanc et en couleur. Vous pourrez zoomer sur les façades, découvrir un petit film, en streaming, grâce à l'utilisation du logiciel Quick Time. À vos clics. Ajoutons qu'une nouvelle association d'éditeurs et de producteurs multimédia est née : l'APERAM (Association des producteurs, éditeurs, réalisateurs, auteurs multimédia). Nous en reparlerons prochainement. Nous avons jugé indispensable de demander à Christian Mesnil, cinéaste confirmé, ce qui l'a décidé à se lancer dans pareille aventure. Par ailleurs, le Combat du droit d'auteur, une anthologie et une réflexion sur un sujet qui est l'un des enjeux majeurs de la création à l'aune des technologies nouvelles, vient de paraître. Nous en rendons compte, ainsi que du Français dans tous ses états, un DVD passionnant sur la vie et l'évolution de la langue française dans le monde.

Christian Mesnil et le cd-rom

"Je suis un cinéaste inclassable, nous explique le réalisateur de l'Amoureuse. On ne peut pas me mettre dans une case. Ce qui me plaît dans le support du Cd-rom, c'est l'interactivité : la possibilité de naviguer et de faire naviguer, liée à une arborescence qui est efflorescente. On peut flâner de façon aléatoire et ce coté ludique m'a beaucoup intéressé. On peut choisir dans une partie de l'écran des fils, des thèmes liés à des matériaux que l'Art Nouveau emploie très fréquemment comme le vitrail, la mosaïque, la pierre… Il y en a une dizaine plein l'écran, toujours accompagnés d'une musique originale de Marc Henri Cikiert à qui j'ai demandé de s'approcher de la musique d'Érik Satie, mais avec ses influences à lui qui sont contemporaines. On a travaillé longuement en studio pour trouver ce style qui a le phrasé de Satie et qui en même temps répond à l'image et aux images faites aujourd'hui. Par exemple, la possibilité de zoomer sur les façades. On a créé des parcours dans trois quartiers qui permettent à la fois de découvrir les édifices et l'environnement qui les entoure. J'ai trouvé important qu'on ressente la ville, dans ses aspects forts, du point de vue environnement, et ses aspects assez dramatiques d'urbanisme sauvage qui n'a pas tenu compte de cette architecture Art Nouveau. Cela fait partie de la démarche. Il ne faut jamais mystifier les gens et les styles qu'on fait parler. Chaque fois, il y a une demi-douzaine de photos de détails à l'extérieur et à l'intérieur. Horta a assemblé tout cela ensemble de façon cohérente : les façades, les meubles, … Il réalisait tout. Sauf les sculptures.

Multimédia

Le multimédia fait appel à mes dons d'enfants, lorsque je faisais du théâtre. Ce côté ludique a été " taquiné " par ce cd-rom américain qui s'appelle "myst" et qui fait découvrir des aspects ludiques aux enfants et aux adultes. Ce genre de démarche me plaît beaucoup. En télé, on n'y arrive plus. C'est peut-être une question d'âge. Les gens qui ont commencé la télé dans les années 60 sont vieux maintenant et ont le pouvoir d'étouffer au nom des mass média, concept américain qui vise une communication pour le plus grand nombre et pour le profit de ceux qui achètent de la publicité sur ces supports. Le cd-rom est une réaction de ma part à tout ça.
Pour réaliser ce cd-rom une chaîne de collaboration s'est constituée, qui est très différente du cinéma où tout est fondé, vu les coûts de production, sur l'efficacité. Ici, il y a aussi des impératifs de temps, mais j'ai travaillé avec des gens qui ont décidé de prendre le temps de réaliser.
On a beaucoup travaillé l'image. Ce qui nous a demandé des essais techniques très poussés. Mais je pense qu'on est récompensé. La qualité est telle qu'on en vient à oublier le support. On arrive à un tournant avec ce genre d'expérience. Pour moi, l'image est prioritaire. Il y a un rapport entre images, paroles, musiques qui est tout le temps réinventé. L'image mouvante aussi. Il y a des mini-récits. L'histoire de l'Art Nouveau est racontée à partir du film. On l'a tourné en 35 mm, avec Michel Baudour à la caméra. Là aussi, on voulait que l'image soit belle et intéressante à voir.

Infographie et interactivité

Je ne comprends pas bien les équipes qui travaillent par départements. On a fait de nombreuses réunions entre tous les intervenants. On était une bonne douzaine. L'infographie, qui est un domaine nouveau, a apporté énormément à l'interactivité et l'interactivité à l'infographie. De même que la musique dans la réception des messages. Tout ça fait partie d'une chaîne élaborée, qui peut changer à chaque réalisation mais qui doit répondre à une connexion de tous les intervenants avec le projet. Une connexion personnelle, avec une implication. C'est plus difficile qu'en tournant un film de fiction, car chaque intervenant doit avoir la possibilité de s'exprimer tout en respectant les balises qu'on place au départ d'un commun accord. On est très en retard en Belgique pour ce genre de démarche car il faut prendre le temps de prendre le temps et que ça coûte de l'argent. Pour Découverte de l'Art Nouveau à Bruxelles on a estimé que ça valait la peine de prendre le temps.

Image et société

Depuis le début de l'année, l'OPERAM ( ) fait partie de la commission de concertation de l'audiovisuel et du multimédia, à la demande du président de cette commission, Henri Ingberg. On va remettre une plate-forme de la création d'un groupe de travail qui sera amené à faire des propositions concrètes, j'espère encore cette année. On est à un tournant en ce qui concerne les rapports entre la société et l'image. Pour moi, c'est un domaine majeur, celui de la pédagogie, car il peut permettre un renversement de tendance. Passer de la passivité à un nouveau mode interactif. Le multimédia peut entraîner de nouvelles attitudes aussi bien au niveau des élèves que du corps enseignant, qui est très ouvert à la question. Le problème, c'est qu'on a installé des ordinateurs un peu partout dans les écoles mais ni modes d'emploi ni programmes. Il n'y a que les tuyaux . Les ministres trouvent qu'ils ont fait leur devoir. On retrouve chez eux la même attitude que l'école a toujours eue avec le livre scolaire. Le livre est fabriqué par l'éditeur privé, en connexion avec le corps enseignant. Pour eux, ça doit être la même chose avec les multimédia, or on se trouve dans un autre mode de fonctionnement, qui demande un minimum de formation. Il y a les tuyaux mais il n'y a pas le moteur, le contenu, ou bien le contenu est complètement insuffisant. Or, c'est potentiellement, un auxiliaire puissant à la connaissance. Événementiel L'" événement ", je sens une pression de ce côté-là. J'ai sorti un livre récemment. L'éditeur m'a demandé si on pouvait créer un événement lors de sa parution. Je lui ai répondu que le fait de sortir la première biographie d'Horta était un événement en soi. On en est resté là. Cela montre à quel point la pression de l'événementiel est forte. Ça peut mener à accentuer n'importe quoi. Ce cd-rom est le résultat d'une longue gestation. J'ai fait un prototype sur Victor Horta en 1ç96 où j'ai testé ce nouveau langage. J'espère qu'un jour ce cd-rom sera réalisé. Sans doute après la nouvelle version de Découverte de l'Art Nouveau à Bruxelles.

Propos recueillis par JMV

Découverte de l'Art Nouveau à Bruxelles, de Christian Mesnil. Cd-rom pour Mac et PC, Fr. ou Angl.
christian.mesnil@link.be - http://www.mediatactile.be/

Droit d'auteur

Tel l'archer zen, visons avec notre flèche la cible qui est au cœur du développement de la méga-industrie du multimédia : la création. Quels sont les droits du créateur d'une œuvre, d'un auteur ? " Dans la jurisprudence française, ce droit institue l'auteur ou ses ayants-droit en propriétaire exclusif de son œuvre. De plus, il instaure le principe de rémunération de l'auteur pour toute forme de reproduction par quelque moyen que ce soit. " Ceci pour remonter les bretelles des producteurs et éditeurs en tout genre qui ont le toupet, au nom du sacro-saint fric frac, de vouloir ramasser la donne pécuniaire et symbolique grâce au système du copyright. Patatras !

En fin de volume, Alain Berenbaum nous annonce que depuis 1989, les États-Unis ont signé la convention de Berne sur l'unification du droit d'auteur (aujourd'hui, aux USA comme en Europe, les œuvres sont protégées septante ans après la mort de l'auteur). 

Dès lors, où est le problème ? lance l'étourdit. Ne faisons pas l'éloge de la bêtise, tels de modernes Bouvard et Pécuchet ayant échappé à la plume de Flaubert. Nous savons que l'auteur, le plus souvent démuni, cède ses droits au producteur ou à l'éditeur. C'est donc paradoxalement l'industrie qui exploite le système de protection du droit d'auteur mis en place après de longues luttes. Est-ce une raison pour abandonner le combat ? Que nenni ! Puisque nous découvrons en lisant l'Anthologie de Jean Baetens des textes plein de vigueur de Voltaire, Mercier, Beaumarchais (fondateur de la SACD), Restif la Bretonne, Balzac, Proudhon, Hugo et bien d'autres. Depuis l'affaire des auteurs dramatiques emménés par Beaumarchais (1776-1780) jusqu'à la Convention de Berne (1886), base du droit d'auteur européen, en passant par la fondation de la Société des Gens de lettres par Balzac, voici un ouvrage stimulant à l'ère du multimédia où le combat du droit d'auteur est loin d'être gagné ! Continuons-le !

JMV

Le Combat du droit d'auteur, anthologie historique, suivie d'un entretien avec Alain Berenboom. Textes réunis et présentés par Jean Baetens. Ed. Les Impressions Nouvelles.

Le Français dans tous ses états

On en apprend des vertes et des pas mûres sur une langue qu'on pratique tous les jours et qui, comme la vie, ne cesse de bouger. Putain, la vache ! La francophonie ce n'est pas seulement une diversité d'accent reposant sur une maîtrise plus ou moins grande de règles grammaticales. Point du tout ! Nous sommes dans le métissage, l'oral étant souvent l'écrit de demain, et, ce qui ne gâte rien, dans l'humour ! Quelques perles : Un docte monsieur apprend à quelques jeunes femmes le trajet, dans l'argot populaire, en quinze années d'existence, de Femme à Feum. En verlan : femme = meuf puis meuffe puis feume et, enfin feum !

" C'est la rue qui fait la langue et non les puristes qui parlent comme il y a cinquante ans ", nous affirme un linguiste. Un autre nous régale d'une anecdote sur l'orthographe (dont l'origine rigide remonte à un siècle) vécue par sa fille, laquelle écrit un mot en suivant les règles du Petit Robert et se ramasse un zéro son professeur se servant du Larousse. L'année suivante, plus instruite (si l'on ose dire), elle se sert du dit Larousse. Manque de pot, son nouveau professeur utilise Le Petit Robert. Nouveau zéro. Quant à Michel Serres, dont on se rappelle la brillante analyse des Bijoux de la Castafiore dans l'un de ses Hermès (aux éditions de Minuit), il nous confie que la langue a deux couches : celle des chiffres qui est la plus profonde dans la conscience et la langue elle-même. Et de nous préciser que la langue de la communication scientifique a été d'abord le grec, ensuite l'arabe, puis le latin (pas celui de l'empire romain, celui du Moyen-âge), le français aux XVIIe et XVIIIe siècles, et depuis une cinquantaine d'années l'anglais. Merveilleux conteur, il ne peut s'empêcher de nous expliquer pourquoi computer est devenu, en français, ordinateur. Deux linguistes distingués discutent avec animation dans un restau. universitaire des possibilités de traduire le terme computer sous l'oeil amusé d'un théologien qui déguste son thé. Celui-ci fait remarquer que l'ordination était l'un des attributs de Dieu au Moyen-Âge. Le mot ordinateur est né ! Saviez-vous que Proust écrivait nénufar et avait toutes les raisons de le faire ? L'erreur d'un scribe du Dictionnaire de l'Académie française a transformé le f en ph ! Saviez-vous que la réforme de la langue française, entreprise il y a une dizaine d'années par le gouvernement Rocard, était surveillée de près par Mitterrand, lequel refusa tout net d'enlever le i de groseillier ! Mais vous apprendrez plein d'autres choses grâce à ce DVD. Notamment les origines du français : sorte de créole - et non dialecte - qui a réussi à imposer un mélange linguistique de latin des rues avec quelques bribes de gaulois. Vous apprendrez tout sur les langues d'Oc et d'Oil (celle du Nord de la France qui a influencé le wallon). Ce DVD est composé comme un abécédaire avec quatre parcours principaux : l'abc du français, questions de langue, couleurs du français, le français hier, aujourd'hui, demain. À vous d'y trouver votre parcours ludique, d'autant que la précision n'empêche pas cet humour permanent qui sied à Benoît Peeters, l'ordonnateur (et non l'ordinateur) des séquences filmées. Si la pédagogie était toujours aussi vive, l'école serait moins ennuyeuse pour beaucoup de ses utilisateurs.

Jean-Michel Vlaeminckx

Le Français dans tous ses états, un ensemble composé par Benoît Peeters. DVD-vidéo, Les Impressions Nouvelles, avec le soutien de la Communauté française et du CGRI.

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