Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Dédales de René Manzor

En apnée dans le labyrinthe

Jeune femme d'apparence frêle, Claude est arrêtée pour meurtres en série, dont un massacre dans le métro. Visiblement dépourvue de la pleine conscience de ses actes, elle est envoyée dans une unité psychiatrique pour expertise. Très vite, Karl, le directeur de l'hôpital, diagnostique un syndrome de personnalités multiples, une forme aiguë et particulièrement évoluée de schizophrénie. Sept personnalités, construites autour du mythe du Minotaure et du Labyrinthe, semblent se partager le contrôle de Claude... à moins qu'il ne s'agisse d'une simulation. Karl confie la jeune fille à Brennac, un psychiatre de passage à l'Institut, qui se fraye son propre chemin dans l'esprit de Claude. Commence alors un étrange et déroutant jeu de miroirs, qui débouche sur une insupportable vérité.
Voilà un thriller psychologique truffé d'atouts. En vrac, un scénario malin en diable, jouant pleinement des possibilités de dédoublement et d'ambiguïté offertes par la thématique des personnalités multiples. Une bonne dose de mystère et de suspense, savamment dosés par un montage au cordeau et débouchant sur des retournements de situations inattendus.


De beaux personnages pour de grands comédiens (Sylvie Testud, impeccable comme toujours, brille de tous ses feux dans le rôle de Claude, exploitant de manière étonnante l'androgynie du personnage). Et Surtout, une construction audacieuse en double flash back :Brennac raconte après coup son parcours à la découverte de la vérité, et son récit est mis en parallèle avec une autre histoire du passé, celle du cheminement de Matthias (flic et profiler) qui a mené à l'arrestation de Claude. Toutes ces qualités sont malheureusement plombées par le manque d'originalité. On pense à Seven, pour l'esthétique dans les passages « thriller » (Vous n'en avez pas marre, vous, des flics jouant à « Cours après moi que je t'attrape », la nuit, sous une pluie battante qui ne s'arrête jamais ?) à Usual Suspects (le jeu de « qui est qui ? » entre Brenac et les Claude) à d'autres encore. Et puis René Manzor entremêle deux histoires sur des modes très différents. La traque de Claude par Matthias est tournée à la façon du thriller pur et dur, jouant allègrement sur les canons et les clichés du genre, tandis que la confrontation entre Claude et Brennac - duel psychologique (lire psychiatrique) avec développement et démonstration de ce qu'est le syndrome de personnalités multiples - impose un traitement plus lent et davantage en profondeur. La coexistence des deux est un pari délicat et pas toujours parfaitement réussi.
En dépit de ces réserves, le film reste une découverte à faire. Son plus gros handicap est peut-être qu'il sort trois mois seulement après Identity, dans la mesure où le film de James Mangold, construit sur le même thème, a durablement marqué les esprits. Mais par ailleurs, on sent un vrai projet, soigneusement préparé et passionnément peaufiné. Le réalisateur scénariste a réussi à transmettre son intérêt à son équipe et à ses comédiens.
Leur travail soigné fait que le film se laisse suivre avec plaisir, malgré ses maladresses. Sans doute cette passion a-t-elle séduit le coproducteur belge Alexis Films, accroché à la production à hauteur de 400.000 €. Après Ali Zaoua, c'est la deuxième coprod' des Bruxellois avec les Français de Playtime. Leur participation, conjointe à l'intervention de Wallimage, a valu à Dédales d'être tourné presque complètement en Belgique (un peu en studio à Bruxelles, les extérieurs en Wallonie) avec nombre de comédiens et techniciens de chez nous (Jean-Henri Compère, Jean-Paul Dermont, Philippe Résimont, et pour les technos, Philippe Baudhuin, Yves Renard, Iao Lethem...). Dédales et le Labyrinthe, c'est donc aussi une histoire belge.

 

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