Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2005
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Derroll Adams, l’homme au banjo de Patrick Ferryn

Au début des années soixante, la silhouette de Derroll Adams a hanté divers bistrots autour de la Grand-Place dont le célèbre Welkom Café, rendez-vous des artistes et de la bohème bruxelloise. Patrick Ferryn a eu la bonne idée de consacrer un documentaire à l’un des hommes qui a introduit la musique traditionnelle américaine en Europe. Né en 1925, à Portland en Oregon, Derroll Adams est décédé le 10 février 2000 à Anvers. Le film retrace l’itinéraire d’un homme qui, à l’instar de Pete Seeger, Arlo Guthrie, Jack Elliott et Allan Taylor, a représenté le folksong américain. Derroll Adams nous conte son enfance pendant la grande dépression des années trente. Une époque où “les armoires étaient vides. J’allais dans la rue vendre des journaux pour que ma mère puisse faire des tartines.” Une vie errante : “On a déménagé 17 fois en un an. La banquette arrière de la voiture était devenu mon home”. Après un passage pénible dans la marine américaine où il découvre le banjo, il s'inscrit à l'école des beaux-arts à Portland et rencontre Pete Seeger. Auteur-compositeur, engagé dans la contestation sociale, ce que l’on appelait le protest song et dont Bob Dylan fut le héraut dans les années soixante, Derroll Adams parcourt la Californie tout comme Woody Guthrie en son temps. En 1957, il débarque à Londres pour rejoindre Jack Elliott. Les deux compères font découvrir aux jeunes musiciens européens le répertoire de la folk-music américaine. Après un périple sur le continent et une halte parisienne, Derroll Adams s’installe à Bruxelles. Nous sommes en 1958. Proche du courant de la beat génération (Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs qui, à l’époque de la rédaction du Festin nu, habitaient à l’Hôtel Git-le-coeur à Paris), Derroll Adams devient l’un des pôles de la vie artistique bruxelloise. En 1967, il rejoint Ferré Grignard à Anvers.
Le film de Patrick Ferryn nous présente non seulement un homme d’un charisme rare mais nous propose son portrait à travers de précieux témoignages : de Pete Seeger à Arlo Guthrie en passant par Donovan pour ne parler que des plus connus, des extraits musicaux et des documents d’archives. Un témoignage vivant sur une époque que l’on croyait engloutie et qui resurgit des limbes par la grâce de Derroll Adams et le portrait qu’en fait Patrick Ferryn. Comme dit l’un des amis de Derroll : “C’était quelqu’un qui ne vous demandait rien mais qui donnait!”

Prochainement, nous vous proposerons un entretien avec Patrick Ferryn.

 

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