Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Des plumes dans la tête de Thomas de Thier

 Genappe, sa sucrerie, sa vie quotidienne. D'un côté, un couple heureux avec un petit garçon et des tracas que l'on pourrait qualifier de banals : ils veulent acheter une maison, mais le père, connaissant la précarité de son emploi à la sucrerie, est réticent. De l'autre, un adolescent fasciné par la nature et les oiseaux, se pose des défis pour grandir. Ces deux univers vont soudain se rencontrer suite à la disparition de l'enfant, Arthur, et la douce folie qui va gagner Blanche, la mère, qui refuse la mort de son fils. A partir du thème peu exploité au cinéma, contrairement aux journaux télévisés, de la disparition d'un enfant, Thomas De Thier nous propose une histoire sur la perte de l'enfance, sur la reconstruction de soi et de la vie lorsque tout semble avoir été perdu.
Il place son histoire et ses personnages aux abords d'une sucrerie et de son bassin de décantation où pourrissent les déchets de betteraves et qui sert d'aire de repos à des centaines d'oiseaux migrateurs. Ce curieux endroit est un peu à l'image de notre vieille Wallonie : accrochée à ces industries en décrépitude mais paradoxalement pleine de vie. Pareillement, le film est très organique, laissant une place importante à la nature, au temps et aux saisons qui passent. Le résultat est dépouillé, colle au plus près des personnages et de leurs sensations en évitant soigneusement tout débordement de dialogues. 
Les prises de vues en plans fixes ont été minutieusement préparées, jusqu'au moindre détail. Les métaphores, intelligentes et subtiles, qui parsèment l'histoire forcent le spectateur à la réflexion, à la participation, au lieu de rester bêtement assis devant un écran avec un récit tout cuit entre les mains. Thomas De Thier ne nous fait pas assister à l'histoire d'une mère qui doit faire son deuil, d'un adolescent qui apprend l'amour, d'un couple qui se déchire, il nous y fait participer.
Le scénario, la réalisation, le casting, avec mention spéciale pour Ulysse De Swaef (Arthur, l'enfant) et Alexis Den Doncker (l'adolescent), l'image tout simplement superbe, le montage elliptique qui fait l'économie de l'explication de la disparition, le son et la musique, tout semble parfait. Des Plumes dans la tête est une oeuvre sensible, intelligente, touchante, dont la poésie résulte d'un réalisme mêlé de fantastique, s'attaquant à un sujet dur sans être sponsorisé par une grande marque de mouchoirs en papier. Que dire de plus, si ce n'est : à voir absolument, en avant-première au Festival du Film Européen de Bruxelles, ou en salles dès la fin du mois d'avril!

Découvrez "Des plumes dans la tête" en VOD sur UniversCiné.be

 

commentaires propulsé par Disqus