Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Juillet 2011
07/07/2011
 

Deus lo volt de Luc Monheim - Belfilm

Banni soit Dieu

Affiche du film, Dieu le veutLuc Monheim a été oublié, ce n'est pas le premier, pas le moins talentueux non plus. La rémanence et le talent n'ont parfois rien à faire ensemble. C'est ce qu'essaient de prouver, depuis de longues années, les éditions DVD Made in Belgium en mettant en lumière les œuvres tombées injustement dans la plus totale obscurité.

Luc Monheim a quitté ce monde très tôt, à l'âge de 45 ans... Restent ses sculptures, lyriques et baroques, ses peintures, pleine de fureur, et ses films, que l'association Belfilm permet enfin de découvrir.

En 1976, l'artiste Luc Monheim, après un premier long métrage (Verloren maandag) qui offrait une version amère de la société contemporaine, s'attaque au film historique à grands coups de pieds et poings, de couteaux et baïonnettes.

Si Dieu a fait l'homme à son image, l'image qu'en donne Luc Monheim dans Dieu le veut n'est pas des plus flatteuses.

On tue, on violente, on saccage, on massacre, on viole... Tout cela se passe il y a bien longtemps, au XIe siècle, en pleine croisade, mais cela pourrait être aujourd'hui, en Lybie; cela pourrait être il y a peu, à Srebrenica, au Sud du Soudan ou ailleurs... « En fait, tous ces thèmes sont actuels, mais je les ai transposés dans le Moyen Age parce que c'est plus simple à faire passer à l'écran. » Du coup, la distance temporelle permet à Luc Monheim d'y aller franchement, sans aucun détour. Dès l'ouverture du film, le spectateur est projeté dans le massacre, l'épouvante, les cris et le pillage. Rien n'est suggéré, la trivialité s'expose telle qu'elle est dans le destin tragique de quatre femmes, qui, pour pouvoir survivre, vont suivre la trace des croisés et perpétuer la violence dont elles sont elles-mêmes victimes.

scène du film Dieu le veut de Luc Moheim
La violence, véritable thème de cette fresque saisissante et de nombre de ses films, se manifeste donc dès l'introduction, à travers des figures stylistiques (l'épure, le plan-séquence, l'ellipse, l'attente) qui se prolongent encore dans l'évocation de la nature, belle et réconfortante, reflet de l'humanité, du doute et de la complexité des sentiments. Figures identiques pour deux sentiments contradictoires, une façon directe et franche de montrer que la beauté ne sauvera pas le monde, que sans doute, rien ne le sauvera de l'avidité et de la sauvagerie des hommes.

Insatisfait par le résultat, le cinéaste, quelques mois plus tard, décide de reprendre sa matière et réinvente un film, proche du premier, mais sensiblement différent. Dieu le veut devient  Deus lo volt.

Cette deuxième version de 1978 se construit sur un montage parallèle, deux histoires aux temporalités brouillées : d'un côté, les quatre femmes en fuite de la première version. De l'autre, un homme anonyme, un cavalier seul, se réfugie dans le désert pour y vivre ses dernier instants... Leur lien ? Les massacres qu'ils ont perpétrés et subis... une même violence qui les rapproche. D'un côté les rouges flamboyants et sanglants que dominent les bruns et les noirs, de l'autre, l'infinité de sable et de dunes ondulant sur un ciel bleu gris. Brueghel et Dürer... Dynamisme organique ici, calme uniformité là.

L'insertion du cavalier solitaire dans la narration temporise cette deuxième version et rend le film moins agressif. Elle lui confère aussi un angle plus critique encore, qui donne tout son sens au titre. Jésus, fils de Dieu, n'a t-il pas, comme ce cavalier solitaire, vécu quarante jours dans le désert, et vu, se présenter devant ses yeux, tous les péchés du monde. Dieu l'a voulu en effet, ainsi soit-il.

Bonus

Shogun de Willy Verlinden -18' – 1967
Avec Luc Monheim

Enfermé dans son atelier, l'artiste angoisse face à ses croquis et ses sculptures qui lui résistent. Un petit tour pour calmer ses nerfs lui fait rencontrer une femme qu'il ramène dans son atelier. Au centre de la pièce, une sculpture attire son attention. Son nom : « Shogun », un nom donné aux chefs militaires au Japon jusqu'au XIXème siècle. La visite de l'atelier se transforme en scène sensuelle dans laquelle chaque plan, chaque geste et chaque sculpture suggère la tension érotique. Mais attention, une femme peut en cacher une autre...
Ce film noir et blanc au charme certain nous permet de découvrir les assemblages baroques de Luc Monheim et leur dimension ethnographique et primitive.

De Blauwe Planet de Willy Verlinden- 11' - 1972

Une musique répétitive un brin dissonante, une planète bleue, un étrange rituel avec un enfant roi, un lapin mort et un poisson ressuscité, une orgie romaine... Entre film d'anticipation et reconstitution historique, une hallucination pour le moins seventies. Passé et présent se fécondent parfois selon de mystérieuses affinités...

DVD : Les deux versions du film de Luc Monheim

Dieu le veut – 90' – 1976
Photographie et Montage : Claude Michiels
Avec : Liliane Becker, Claudine Laroche, Frédérique Hender, Yvette Merlin
Production : Prodifilm Europe

et  Deus lo volt – 90' – 1978
Photographie : Claude Michiels – Montage : Patricia Canino
Avec : Dominique Rozan, Liliane Becker, Claudine Laroche, Frédérique Hender, Yvette Merlin
Production : 2000 Productions

Disponible sur www.belfilm.be

commentaires propulsé par Disqus