Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
décembre 2016
 

Don Giovanni, mis en scène par Jaco Van Dormael, à l'Opéra Royal de Wallonie

Le rideau se lève sur la scène de l'Opéra Royal de Wallonie et... C'est la surprise. Nous voilà plongés sur la terrasse d'un penthouse, le reflet d'une piscine, des filles en maillot de bain, une plante verte. Où sont passés les décors peints ? Les postiches vains ? L'ORW, et son public, n'était plus habitué à un décor si épuré (et à des corps si dénudés). C'est que Jaco, notre héros, a pris les rennes, avant Noël, de la mise en scène. Quand Jaco rencontre Don Gio sur des airs de Wolfgang, c'est presque funky.

Don Juan : Grand séducteur sans scrupules : homme à succès féminins, toujours en quête d'aventures amoureuses. Ici, Don Giovanni porte la capuche à ses heures perdues, celles où il erre en quête de chair fraîche, celles où il lèche le cœur de la fille du Commandeur. Un loup de Wall Street à Liège City, un Patrick Bateman en moins serial killer, un mauvais bougre, en somme. Don Gio séduit à coup de champ', de fiesta lounge, de smartphone et de money money. Il ne fait pas tout à fait tâche dans l'univers aseptisé des traders, entouré de son armée de techniciens de surface en Crocs immaculés, les paysans d'antan.

Jaco fait ses premiers pas sur la scène de l'Opéra en 2012 lorsqu'il monte Stradella de César Franck. Le réalisateur de Mister Nobody a remis le couvert avec le livret de Lorenzo da Ponte qu'il appréhende comme un scénario, une histoire contemporaine pour ce héros adopté par Molière en 1665. Même si l'audace est accueillie dans la salle, les aficionados ne retrouveront peut-être pas la "Jaco touch", le petit brin de folie qui fait la joie des spectateurs cinéphiles. Quitte à être un peu borderline, Don Giovanni aurait pu être moins lisse. On esquisse quelques sourires par-ci, par-là, mais le champagne ne monte pas toujours jusqu'à la tête.

Des voix résonnent : celles de Mario Cassi en Don Giovanni peu assuré, de Laurent Kubla, grand Leporello aux longs bras, petit fanfaron qui lui sert de fameux bras droit, Salome Jicia en Donna Anna reçoit un tonnerre d'applaudissements mérités avec Leonardo Cortellazzi qui est très convaincant en Don Ottavio éperdu.

Malgré des voix parfois inégales et un jeu d'acteurs tâtonnant, avec des objets manipulés sans vraiment d'assurance, l'ensemble n'est pas déplaisant. Don Giovanni, seul contre tous, encerclé par tous les autres personnages en chœur mouvant, respiration lente et oppressante. Ancrer Don Giovanni dans notre monde d'aujourd'hui dynamise et a du sens. Van Dormael a été bien inspiré, on attend la suite, avec un peu plus de "Jacordises".

commentaires propulsé par Disqus