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01/04/2003
 

Dossier Ateliers : Le Gsara

Le Groupe Socialiste d'Action et de Réflexion sur l'Audiovisuel (GSARA) n'est pas un atelier de production comme les autres : né en 1976 comme association d'Education Permanente, il s'est dès le départ donné pour objectif de travailler dans le champ de l'action sociale, en soutenant des projets d'origine associative, en participant à la réflexion sur le statut de l'image et en proposant aux demandeurs d'emploi des formations aux différentes techniques de l'image.

Plus qu'un atelier, le GSARA se présente donc comme une véritable plate-forme « d'action et de réflexion » sur tout ce qui concerne « l'audiovisuel » - une fenêtre sur le monde, ses citoyens et leur place dans la société.

Situé au n°26 de la rue du Marteau, entre Madou et Arts-Loi, le GSARA s'affaire à tous les étages d'une grande maison transformée en quartier général de l'audiovisuel, dans ce qu'il a de plus... social. En phase avec les idéaux de ses fondateurs, des membres du Parti Socialiste, le GSARA privilégie ainsi une approche citoyenne, participative, éducative voire didactique de l'image et de ses composantes, sans pour autant refléter de manière trop partisane la politique chère au PS. Comme l'explique Philippe Jadot, secrétaire-responsable de l'atelier de production, « le GSARA a d'abord été créé pour permettre aux gens de s'exprimer, par l'image. Au départ, il s'agissait avant tout d'un travail de formation avec des outils vidéo, destinés aux citoyens qui souhaitaient décoder et comprendre ces outils, puis s'en servir pour pouvoir dire un certain nombre de choses ». Par la suite, le GSARA s'est implanté partout en Wallonie, proposant divers programmes de formation « ayant toujours un rapport avec le visuel » (informatique, infographie, Internet, montage, prise de vue, etc.).

Pendant 15 ans, le GSARA offrira donc ses services à tous ceux qui désiraient se familiariser avec l'image, « en maîtriser les enjeux [...], les outils [...] et les méthodes ». En 1991, naît l'atelier de production : à la formation se greffe alors la production. Le GSARA négocie un nouveau tournant dans son histoire, qui n'a cessé depuis lors de se professionnaliser, jusqu'à devenir, à l'heure actuelle, une référence en la matière. Reconnu par la Communauté française, qui lui alloue chaque année un subside de 37.500 euros, cet atelier a pour premier objectif, nous dit Philippe Jadot, de « soutenir les jeunes auteurs-réalisateurs dans la réalisation de leur première oeuvre ». Plusieurs fois par an, un comité de lecture (composé moitié de membres du GSARA, moitié de personnes extérieures appartenant au monde associatif ou du 7e Art) se réunit pour discuter des projets qui lui sont soumis et choisir ceux pour lesquels il dégagera une aide, avant tout technique et humaine. « Il ne s'agit pas d'un apport financier, même si notre part d'intervention représente un certain coût... Nous ne sommes pas un atelier d'accueil comme le CBA ».
Le beurre, et l'argent du beurre

Contrairement à la plupart des autres ateliers de production, le GSARA se défend d'accepter seulement les scénarios « financièrement viables »... Toujours est-il qu'en raison des principaux critères de sélection de l'atelier (la forme documentaire, porteuse d'une « réflexion sur le réel et l'imaginaire contemporain »), la question du financement se pose de plus en plus, avec insistance. Selon le « rapport moral 2002 » du GSARA, « une large politique de soutien aux premières oeuvres augmente la difficulté d'accès aux sources de financement complémentaires », pourtant de plus en plus nécessaires pour l'aboutissement des oeuvres dont l'atelier se fait le garant. Dans cette optique, l'un des souhaits proféré par le GSARA serait l'indexation du subside lui étant octroyé par la Communauté française, qui n'a plus augmenté depuis... 91, année de sa création ! En attendant, « si quelqu'un dépose chez nous un projet qui est déjà soutenu en grande partie par un producteur privé, on limite la part de notre intervention réparti dans ces accords de co-production »... Mais il arrive également que le GSARA soit le producteur principal de certains projets documentaires. A ce moment n'est plus concerné l'atelier de production, mais le « service de production », une entité à part aux fonctions sensiblement différentes.
L'associatif en ligne de mire

Selon Joël Mathieu, directeur de l'asbl, le « secteur production » du GSARA se donne pour mission d'« être avant tout au service du monde associatif lorsqu'il a des messages à faire passer ». Si l'on reste dans le documentaire, c'est davantage dans un esprit didactique et pédagogique, voire purement informatif (commandes oblige) : l'aspect créatif, ici, se fait moins pressant. « C'est d'abord une demande de services, explique Katy Dekeyser, la responsable en chef. Les associations font appel à nous pour réaliser leurs projets, la plupart du temps parce qu'ils ne sont pas outillés. Ils apportent le soutien documentaire, bref leurs idées, et nous on s'occupe de la réalisation. L'objectif, c'est vraiment de mettre en évidence leur travail, qui reste souvent méconnu du grand public et dont il aimerait faire la publicité ».

Dans ce cas de figure, le GSARA se met vraiment au service de l'association, en lui fournissant personnel et/ou matériel. « A cet égard, ils sentent qu'il y a un accueil, du professionnalisme, et surtout, un échange ».

Cet échange, Mourad Boucif et Jean-Louis Dassy en sont ravis : depuis quelques jours, ils travaillent au sous-sol à réaliser le montage image de leur documentaire sur « Bruxelles en couleurs », dans une ambiance décontractée mais concentrée. « Bruxelles en couleurs », c'est un réseau de fêtes de quartier organisées par diverses associations de la capitale et dont l'objectif est de resserrer les liens entre les 19 communes. L'idée des deux compères, c'était de donner la chance aux jeunes de réaliser leur propre film sur l'événement : « Nous ce qu'on a fait, c'est les familiariser avec la caméra, en une journée. Ensuite on les a laissés filmer sans intervenir, ni sur le contenu, ni sur la forme ».

Durant le tournage, le GSARA n'était pas encore de la partie : ce n'est qu'au moment du montage que les deux initiateurs du projet ont pensé y faire appel. « On est arrivé ici avec une petite trentaine d'heures de rushes, explique Mourad Boucif. On avait besoin de les monter. Ils ont accepté directement le projet, après avoir visionné les rushes. Pourtant, ce n'était pas évident au premier abord, puisque ce n'était pas notre regard créatif, mais celui des jeunes... ».

Philippe Bouck est le monteur qui s'occupe de les seconder dans leur travail : son rôle, comme celui des autres techniciens du GSARA (ingénieur du son, mixeur, cameraman et même un graphiste), est essentiellement d'ordre pratique, même si la discussion, le conseil et l'échange d'idées se fait de manière naturelle. « Nous essayons dans tous les cas de fournir des services de qualité, insiste Philippe Bouck. J'avais visionné la matière au préalable, et on a discuté de l'organisation du montage, ce qui représente déjà un échange ».
Mais le quotidien du « service production » du GSARA ne se limite pas à l'exemple de « Bruxelles en couleurs » : il arrive régulièrement que des associations auxquelles l'asbl fournit son aide n'aient aucune connaissance en matière de techniques audiovisuelles. Comme le résume assez bien Mourad Boucif, « le monde associatif a beaucoup d'idées, mais le plus souvent aucune formation pour les mettre en images. C'est ici qu'intervient le GSARA, de manière d'autant plus incontournable qu'il est le seul à travailler de si près avec le monde associatif ».
Evidemment, l'échange, ici, n'est pas gratuit : puisqu'il s'agit dans la plupart des cas de commandes du secteur associatif, il y a un prix à payer. « Lorsqu'on reçoit une commande, on évalue le prix, explique Katy Dekeyser. Mais ce n'est jamais 100% du budget réel. Le GSARA met une grosse part du budget en participation, après discussion avec l'association ». Pas pingre, le GSARA n'hésite pas à engager une partie de ses fonds propres ou de ses subsides pour mener à bien la réalisation des projets qui lui sont soumis... avec pour seule condition qu'ils soient d'intérêt public et/ou pédagogique, en tout cas social.
L'obstacle de la distribution/diffusion

Que ce soit dans le cadre de l'atelier de production ou du « service production », la réalisation de documentaires de création ou de projets de type plus éducatif se cantonne au prêt de matériel et de personnel, aussi bien au niveau du tournage que de la post-production... C'est déjà pas mal, mais qu'en est-il, une fois ces films achevés, de leur distribution ? « C'est un gros problème..., s'embarrasse Joël Mathieu. Nous n'avons pas de service promotion... C'est sans aucun doute le point le plus complexe et le plus antagoniste : il se fait qu'en choisissant de soutenir des premières oeuvres, il s'agisse le plus souvent d'oeuvres ne correspondant pas aux tendances générales en matière de vente et de diffusion ». Les jeunes auteurs pécheraient-ils par excès d'individualisme et d'anticonformisme pour que leurs oeuvres soient jugées difficilement montrables, à la télévision et sur les grands écrans ?

C'est un autre débat, qui semble pourtant se situer au coeur des inquiétudes de la plupart des ateliers de production. A ce problème, le GSARA tente d'apporter quand même des solutions, certes encore embryonnaires : collaborer avec le CBA dont le professionnalisme en la matière n'est plus à démontrer (voir dossier du mois dernier), proposer leurs productions aux festivals (« Mais ce n'est pas évident... »),... Dans son « rapport moral 2002 », l'asbl lance également d'autres idées intéressantes, comme la création d'un créneau de programmation consacré aux oeuvres des ateliers au sein des grilles horaires des télévisions communautaires.

Reste à voir si ces (excellentes) propositions s'avèrent réalisables... et si, toujours cette grande peur, le public suivra.
A part ça, le GSARA tourne à plein régime : en 2002, dix documentaires de création ont été finalisés, et le monde associatif continue de faire appel à ses services, en (très) bonne connaissance de cause. Pour cette année, 8 projets sont déjà en développement, avec au programme de l'animation, du jazz, Hugo Chavez, un aller-retour Anderlecht-Bolivie, des touaregs, un cimetière à Tunis et une virée quartier Annessens. Et on n'a pas parlé du festival « Filmer à tout prix » (dont le GSARA est co-organisateur avec la Communauté française), du DISC (Diffusion Socio-Culturelle), des archives audiovisuelles de la Mémoire Ouvrière et du « cybergsara »,... bref de tout un tas de choses qui font que le GSARA, c'est bien plus qu'un atelier : un centre névralgique dédié à l'image, ouvert sur le monde et sans cesse en quête « d'action et de réflexion ».

Grégory Escouflaire
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