Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2004
 

Dossier Numérique 1 : Le cinéma numérique

Le cinéma numérique

Introduction

Le développement du cinéma numérique dans toute la chaîne cinématographique - de la pré à la post-production -semble bien irréversible dans les années à venir (la pellicule argentique étant amenée à se marginaliser, à jouer le même rôle que le Super 8 aujourd'hui). Depuis le 16 mai 2002, la fabrication du second épisode de Star Wars, l'Attaque des clones de George Lucas nous en a montré le processus: la chaîne numérique a été utilisée de bout en bout et le film diffusé dans le nouveau format (94 salles l'ont diffusé dans le monde). Malgré les nombreux obstacles qu'il rencontre sur sa route, le système en s'améliorant, se généralise lentement. Trop diront certains. C'est que le nouveau standard destiné à remplacer le système analogique a le défaut de ses qualités.
Il traîne encore quelques casseroles derrière lui. La plus importante consiste à s'être aligné longtemps sur la médiocre qualité du broadcast (diffusion télé). Celui-ci ayant des normes très éloignées de l'image cinématographique, de la densité d'informations que celle-ci contient. La seconde, et non des moindres, est l'exemple de l'industrie musicale confrontée, en ce moment même, à un piratage qui met en péril certains labels CD. « Craquer » les logiciels devient de plus en plus facile aux internautes qui désormais téléchargent les films avant même leur sortie en salles. Au point que certains prédisent qu'endiguer la piraterie audiovisuelle sera l'enjeu cinématographique de cette année. Un codage se décode. Certains envisagent de polluer les pirates en leur lançant des virus. Pas moins ! Enfin, une diminution de la fréquentation des salles n'est pas, vous vous en doutez, ce que souhaite actuellement l'industrie cinématographique en général et Hollywood en particulier. La cause en serait, en partie, due à l'explosion du DVD qui sera suivie du Home Cinéma. Un défi auxquelles les salles sont de plus en plus confrontées. Bien que beaucoup d'analystes expliquent que le DVD n'est pas un concurrent mais un complément pour les salles (MK2, en France, vend des DVD dans des boutiques placées à l'entrée de ses salles de même que chez nous l'Arenberg-Galeries).
Il faut savoir qu'aux Etats-Unis la recette des DVD est supérieure à la recette en salles pour un film moyen. Le risque majeur étant que seules les méga productions sur écran géant soient encore diffusées pour les ados qui aiment à sortir en bande. Pour les cinéphiles, espérons que les exploitants puissent diffuser le numérique. Quant à la pellicule argentique elle risque de n'être plus, dans les dix ans à venir, que projetée dans les ciné-clubs. Une façon pour ceux-ci de renaître. Leur effacement progressif ces dernières années ayant été dommageable à la diffusion du cinéma indépendant. Nous comptons d'ailleurs entamer, dans cinergie.be, une série sur ceux-ci. Un réseau de diffusion qui manquait et qui semble refaire surface dans la chaîne cinématographique.


Qui fait quoi ?

Ce dossier vous permettra de découvrir les composantes du système numérique. Cineuropa.org collaborera, avec nous, dans l'étape ultérieure qui décrit la fin de la chaîne : à partir du master HD, le serveur et la projection. Etape d'autant plus importante que la diffusion en numérique booste tout le processus en amont de la chaîne. Après le montage, (avec ses diverses étapes y compris les trucages, les effets spéciaux, les incrustations, l'image graphique, le 3D) et l'étalonnage, le film devient un master HD dont la transmission peut s'opérer soit par satellite, soit par DVD. L'image est transmise sur un serveur numérique et, de là, elle sera projetée au moyen d'un projecteur de 2K ou de 4K minimum sur écran. Seconde possibilité qui existe sur d'autres continents  (en Afrique, en Asie et aux Etats-Unis) : la diffusion dans le circuit DVD. Répétons-le l'enjeu de la projection numérique ou de la diffusion en DVD déterminera plus que certainement l'avancement des étapes préalables à celle-ci. En Europe, le groupe Kinépolis disposera dés 2004 de 10 projecteurs numériques DLP Barco DP100 2K (sous licence Texas Instrument) qui équiperont, en Belgique, les salles de Bruxelles, Anvers, Liège, Gand, Hasselt, Courtrai, Louvain et Braine l'Alleud et, qui dans un premier temps diffuseront des pubs ou des films spécialement conçus pour la projection numérique. Et pour ce qui est de la diffusion DVD, Hop, le film de Dominique Standaert est diffusé sur l'ensemble du territoire américain en DVD, et non en salles, avec comme bonus Lick the star, un court-métrage de Sofia Coppola.
Cinergie.be s'occupera plus particulièrement de la prise de vues en numérique. C'est la pagaille ou l'abondance comme vous voulez (plusieurs systèmes s'affrontent : compression or not compression, notamment). En vous expliquant concrètement les enjeux grâce à des personnalités pratiquant la HD sur des films belges tournés très récemment comme Patrice Michaud, Louis-Philippe Capelle, chefs op. de Marelle, un court métrage pour l'un et de Nuit noire pour l'autre, un long métrage. De ce dernier nous avons entendu les avis d'Olivier Smolders, son réalisateur et de Michel de Kempeneer, de Polygone, son producteur principal. Nous les remercions de l'aide précieuse qu'ils nous ont apportée en nous communiquant leur expérience de la HD.
Il va de soi que l'utilisation de nouveaux outils imposés par des contraintes économiques a des conséquences esthétiques. L'une d'entre elle est de nous diriger vers un formatage audiovisuel ou la pulsation (l'image sert souvent de support à la musique) domine la narration. Va-t-on vers un cinéma sampling confronté à un cinéma d'auteur à la diffusion plus restreinte aujourd'hui plus encore qu'hier ? Remarquons tout de même deux choses, dans la mondialisation sociétale que nous vivons, les films ayant été calqués sur les jeux vidéo ont été des échecs commerciaux. C'est parce que le cinéma a un minimum de langage narratif qui lui est spécifique. Et, en second lieu, il faut remarquer que le format numérique HD à démarré dans notre pays avec des films d'auteurs (Hop de Dominique Standaert, Marelle de Nacho Carranza et Nuit noire d'Olivier Smolders).
De même qu'en France citons : La petite Lily de Claude Miller ou l'Auberge espagnole de Cédric Kaplish. Auquel, pour notre pays, il faut ajouter le haut de gamme de la DV avec Au-delà de Gibraltar de Mourad Boucif et Taylor Barman qui n'aurait vu le jour sans l'outil vidéo et, actuellement, le tournage de White End, un long métrage de Vincent Lanoo réalisé grâce à une caméra MPEG-MX prêtée par Sony ainsi que le tournage en DV, de La Couleur des mots par Philippe Blasband.
L'utilisation de la HD a des conséquences esthétiques que nous aborderons plus tard après le volet de la diffusion. Elle ne fait qu'accroître trucage, 3D, la manipulation numérique des images ce dont la publicité fait son miel.
Ce n'est donc pas une question innocente. Aucune technique n'est neutre. Même si la nouvelle image numérique permet un usage du formatage inégalé, rien n'empêche d'en détourner l'utilisation. Non seulement l'artisanat n'est pas prêt à disparaître avec la technologie numérique mais, bien au contraire, il semble promis à un bel avenir.

1. Films tournés en HD

Flash back technique

Les différentes caméras vidéos (de la Bétacam-SP à la DV-Cam) ont été conçues et fabriquées à partir de la définition de l'image proposée par l'écran cathodique (entrelacement des lignes pour la définition européenne de 625 lignes et américano-japonaise de 525 lignes). Aujourd'hui encore la télé utilise 25 images secondes (30' pour les Américains).
« On a voulu il y a une dizaine d'années proposer au public télévisé : le 16X9 et la haute définition (doubler le nombre de lignes, c'est-à-dire passer de 1250 lignes en Europe et à 1125 en Amérique et au Japon, » nous explique Patrice Michaud. « On a voulu des caméras compatibles avec une projection cinéma. Mais il fallait changer les caméras. Ce qui signifiait que toutes les télévisions et les spectateurs devaient changer de matériel. Ça n'a pas vraiment pris mais ce qui est certain c'est qu'à terme, l'idée a fait son chemin. D'où l'apparition de la HD Cam. Voyant que ça ne marchait pas en télé ils se sont rapidement tournés vers le cinéma en proposant un nouveau format, la vidéo traditionnelle ne donnant pas de très bons résultats comparés au S16 et encore moins au 35mm. »
Par ailleurs, l'évolution de l'informatique a permis d'utiliser un écran n'ayant pas de restriction dans la bande passante ce qui, grâce au processus de l'image progressive permet d'éviter le problème du scintillement. Pour le dire plus simplement : d'offrir une image stable et de doubler la qualité de la réalisation vidéo.
Le télécinéma, quant à lui est l'élément qui lie la télé au cinéma. Il s'agit d'un scanner à haute résolution qui divise l'image de la pellicule en nombre de lignes suivant les standards utilisés , celles-ci étant, elle-mêmes, divisées en points (pixels). Le télécinéma permet de diffuser un film à la télé. Il décompose chacune des images sur l'écran cathodique en temps réel.
La numérisation de l'image à l'aide du scanner offre d'autres applications. Les lecteurs DVD reliés à un écran plasma (home cinéma) peuvent éviter un affichage télévisuel, autrement dit éviter l'entrelacement des lignes et ainsi doubler la résolution de l'image. L'amélioration constante des télécinémas, offrant désormais des résolutions 2K (minimum), voire 4K les rapprochent de la qualité argentique.

La HD et le cinéma

A la différence de la DV-Cam conçue pour le marché télévisuel et domestique, la HD (vidéo haute définition) s'attaque à l'excellente définition de l'image argentique. Des caractéristiques par rapport à la DV sont d'avoir 1920 points par ligne. Un standard progressif comme dans le mastering cinéma de 24 images/secondes et une résolution correspondante au 2K déjà utilisés en post-production.
Les différents formats (suivant les marques) utilisant des cassettes d'enregistrement sur un magnétoscope séparé ou intégré à la caméra. C'est un des points faibles de certaines caméras numériques: être limitées par la taille du capteur électronique quel que soit le mode adopté (entrelacé ou progressif).
Le test, par grand écran interposé, qui a eu lieu au Festival International de Namur 2004 (Patronné par l'Agence wallonne des télécommunications, Wallimage et la Communauté française de Belgique) a essayé de fournir quelques repères aux professionnels soucieux, devant l'accélération de l'image numérique dans la production cinématographique, de ne pas se perdre dans sa jungle.
Rappelons que Patrick d'Artois et Wilbur Nelissen de Cine&fix avaient organisé un test avec quatre caméras pour en comparer l'efficacité. Deux caméras vidéo : la Panasonic DVX 100 choisie à cause de sa célèbre optique, le zoom Dicomar de Leitz et la HD-Cam Sony équipée quant à elle de la nouvelle série d'objectifs Digiprime, une focale fixe spécialement conçue pour la HD et promise à un brillant avenir (piqué exemplaire, excellent rendu colorimétrique).
Face à la vidéo, deux caméras cinéma qui ont fait leurs preuves : en 16mm, l'Arriflex SR et en 35mm, l'Arriflex 435. Ces deux caméras étant munies d'objectifs Zeiss Distagon standard. Patrice Michaud, l'un des chefs-op. du test (avec André Goeffers, S.B.C) précisant que « lors de nos essais nous avons essayé de reproduire la plupart des cas de figure rencontrés lors du tournage. Extérieurs et intérieurs jours, extérieurs et intérieurs nuit, contre-jour, plans larges, gros plans et paysages. »  Les images (DV, HD, S16) gonflées en 35mm furent projetées sur grand écran, au format 1.85. et Patrice Michaud d'ajouter « qu'il eut fallu plus tenir compte de la différence entre la taille de la fenêtre du S16 et du CCD (capteur du signal électronique) HD lors de nos choix des focales à développer ». Peut-être, car la surprise ne vient pas de l'excellente performance du 35mm (malgré un contraste trop appuyé) mais de constater que l'image de la S16 n'était pas supérieure à celle de la HD-Cam Sony. La DV-Cam arrivant, comme prévu, en fin de peloton.
Pour être le plus clair possible sur l'utilisation pratique de la HD nous avons choisi de vous faire vivre le débat à travers l'expérience de deux films réalisés récemment en Belgique. Nuit Noire, d'Olivier Smolders un long métrage qui se passe la nuit, est en couleur, produit en partie par Polygone (Michel de Kempeneer) et éclairé par Louis-Philippe Capelle et Marelle de Nacho Carranza qui a utilisé HD-Cam, de Sony, un court métrage, en couleurs, relativement complexe dans son découpage, dont Patrice Michaud était le directeur de la photographie (celui-ci ayant aussi participé, nous nous permettons de vous le rappeler, au fameux test, présenté lors du Festival de Namur)
Caractéristiques du matériel HD utilisé dans les deux films :

  • La HD-Cam de Sony, conçue à l'origine pour la télé haute définition a opéré une reconversion vers le cinéma, boostée par des objectifs spécialement conçus par Zeiss les « Digiprime », de façon à obtenir une image proche de celle qu'offre le cinéma.
    Elle enregistre en compression en D5.
  • La Viper-Thompson a été conçue exclusivement pour l'image cinéma. Elle peut enregistrer sans compression sur le disque dur du magnétoscope ou de la console (director's friend) mais avec une durée limitée de 25 minutes d'images seulement (soit deux disques par journée de tournage) mais également sur bandes magnétiques en D5 avec compression mais une sortie en 4.2.2. et du coup avec une latitude de prises beaucoup plus grande.

Conclusion

Nous avons conscience que ce dossier sera obsolète d'ici peu. L'arrivée sur le marché d'objectifs plus performants, la mise en place de systèmes de verrouillage, sans parler de la puissance sans cesse accrue de logiciels utilisés dans la post-production rend la situation perfectible rapidement.
Quant aux défauts majeurs " subjectifs et objectifs " de l'image numérique, sa froideur par rapport à l'image argentique et la netteté que certains réalisateurs lui reprochent (le jeu entre la netteté et le flou), la mise au point par des marques tels que Zeiss, Cooke ou Leitz d'objectifs et de zooms conçus pour la HD, risquent fort de résoudre le problème. En attendant, on peut bricoler avec des filtres et de la vaseline !
Vous trouverez donc ce mois-ci la premières partie du dossier et le mois prochain la suite : le point de vue des utilisateurs de la HD et, ensuite la diffusion et la projection des films.

 

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