Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/2005
 

Dossier numérique 7 - Entretien avec Patrick D’Artois


Fondateur avec Wilbur Nelissen de Cine&FX, Patrick d’Artois a secoué le monde du cinéma, il y a deux ans au Festival de Namur, en organisant un test comparatif entre les supports négatifs et numériques. Travaillant avec le support numérique depuis plus de dix ans il nous a paru intéressant de lui demander son avis sur son évolution. D’autant que deux longs métrages belges sont dans le collimateur de Cine&FX : Comme tout le monde de Pierre-Paul Renders et Le Poulain d’Olivier Ringer.

Cinergie : Quels changements vont être opérés par rapport au test comparatif présenté au Festival de Namur en 2003, et qui avait fait beaucoup de bruit ?
Patrick d’Artois : Avant d’établir un bilan sur ce test que nous avons effectué, il faut que je te raconte son origine. Tout d’abord il y avait cette nouvelle vague des caméras DV dites progressives que tout le monde voyait déjà remplacer des caméras HD relativement lourdes. Le DV peut être un format intéressant mais pas assez robuste pour faire du long métrage. Il y avait donc une vraie volonté de notre part de faire le point, d’établir un constat sur le savoir-faire belge en matière de cinéma numérique : nous avons essuyé de nombreuses critiques sur le fait que l’on travaille à l’étranger, que nous ne sommes pas forcément belgo-belges.
Nous avons donc décidé de jouer le jeu et de tester la Belgique dans le domaine. Ce test était avant tout un test professionnel et notre erreur a été de vouloir le vulgariser puisque pour des questions de moyens nous n’avons pas pu le mener complètement à terme, nous avons donc présenté les choses en cours de travail.
C’est une erreur que nous ne ferons plus, je pense que ce genre de projections doivent être réservées à un très petit groupe d’initiés. En gros, ce test a eu un effet très pervers, il a effrayé beaucoup de producteurs. Par contre il a convaincu à peu près tous les directeurs de la photographie qui étaient présents, qui eux étaient à même de faire la différence entre ce qu’ils voyaient, ce à quoi le test pourrait mener, le contraste, les différences de tirage, etc… C’est un jeu intellectuel qu’ils pratiquent sans arrêt donc ils pouvaient appréhender les nuances qu’on tentait d’expliquer. Par contre le producteur, lui, ne juge qu’au résultat. On ne peut d’ailleurs pas lui en vouloir car le producteur n’est pas un praticien comme nous le sommes.
Ce genre de test est extrêmement éphémère car la technologie évolue si rapidement que quelques jours avant ce test effectué à Namur, à l’IBC à Amsterdam, nous avions déjà mis en évidence le fait qu’il était dépassé. Il s’agissait néanmoins d’un moment important dans l’histoire de la technologie, une mise au point et un élément comparatif objectif puisque nous avions filmé des choses avec beaucoup de rigueur, nous avions confié le tournage à des directeurs photo de deux générations différentes : André Goeffers, un vieux de la vieille dont personne ne va contester l’expérience au niveau de la pellicule, ainsi que Patrice Michaux, un de mes anciens élèves, qui lui a eu un apprentissage mélangeant les deux cultures numérique et pellicule: il n’est pas partisan plus de l’une que de l’autre. Au contraire, il essaie d’utiliser au mieux les deux. Ce qui m’a intéressé sur le tournage c’est de voir comment un chef opérateur de renom comme André Goeffers avait pu prendre des leçons de la part d’un jeune chef opérateur sur le monde du numérique et en même temps, d’observer à quelle rapidité il posait des constats sur les limites du savoir-faire avec le nouvel outil qui lui était confié.
Mais quoiqu’il en soit je ne change pas d’avis sur la révolution numérique : il n’existe pas de méthode révolutionnaire en soi, il y a des évolutions dont on va parler à mon avis plus qu’un peu, mais aucun miracle. Les constats que je faisais il y a deux ans sont les mêmes aujourd’hui : si vous voulez une image filmique qui ressemble à du 35 mm, utilisez du 35 mm et tâchez d’utiliser les méthodes de réduction des coûts de production actuelles comme le tournage en  3 PERF dont je suis un fervent défenseur, comme sur le tournage du nouveau film de Pierre-Paul Renders intitulé Comme Tout le Monde. Si vous voulez faire des recherches, toutes les possibilités sont ouvertes et la DV peut s’avérer intéressante aussi bien que de la haute définition. Alors où se situe la HD là-dedans ? Aujourd’hui, il y a plusieurs façons d’appréhender la haute définition. D’abord nous assistons à l’arrivée massive de la HD TV qui pour moi est une mauvaise chose pour nous praticiens du cinéma.

 

 

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