Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Novembre 2017

Le montage au cinéma

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Drôle d'oiseau de Anouk Fortunier

Free as a bird…

 

À l’école, des enfants ont pour devoir de raconter leur week-end devant toute la classe. Quand vient le tour de Zoé (Elsa Houben), 10 ans, c’est pour elle l’occasion de narrer les mésaventures de son papa, Pierre (Tibo Vandenborre), un joyeux excentrique qui l’entraîne toujours dans des histoires délirantes. L’imagination débordante et l’admiration sans borne de la petite pour ce paternel haut en couleur (qu’elle voit un week-end sur deux) cachent une réalité bien plus sombre : Papa est « un manio… manioco… un maniaco-dépressif ! » nous dit-elle, sans vraiment en comprendre le sens. Car aux yeux de la fillette, ce papa « cool » pas comme les autres est simplement génial !

Le filtre de l’enfance éclaire d’une lumière positive la maladie mentale d’un père loser, agressif et instable, créant des gags et des situations au décalage irrésistible. Ainsi, ce Papa à l’humeur imprévisible « qui doit changer de visage tous les matins » a-t-il « plein de métiers » et depuis la séparation avec maman, a vécu dans 8 maisons différentes ! Peu importe qu’il ne paie plus ses factures d’électricité car chez ce papa-là, soucieux de sauvegarder l’innocence de Zoé, on glande dans le canapé à manger des crasses en regardant Evil Dead ! Maman, elle, dit que la télé « c’est pour les asociables » !... « Mon papa dit que les morts-vivants existent vraiment. Ils sont juste mieux habillés que dans les films ! » Démonstration à l’intérieur d’un commissariat de police où papa vient déposer plainte pour le vol de sa voiture (elle a en fait été emmenée à la fourrière). S’ensuit un dialogue de sourds entre un père énervé et un flic du style fonctionnaire endormi, zombie en blouse bleue au regard vitreux, au ton désagréable et condescendant. « Il parait qu’au Canada, on dit « un bœuf ». En Angleterre, on dit « a pig, un cochon », mais ici, on les appelle des « poulets » parce que les poules aussi croient qu’elles savent voler, alors qu’en fait elles se traînent juste les fesses par terre. »

La scène résumant le mieux le message iconoclaste de la réalisatrice survient à la terrasse d’un café. Zoé demande ce que racontent trois personnes trisomiques à la table à côté. Papa explique qu’ils parlent « le Galacticos » et qu’ils sont capables de décrypter des messages spéciaux envoyés par des extraterrestres depuis une autre galaxie. Choqué, un type à la table voisine, le genre qui se mêle de ce qui ne le regarde pas, se permet de l’enguirlander et entreprend de lui donner des conseils sur l’éducation et sur le respect. Mal lui en prend car il n’est pas du genre à s’en laisser conter ! Un idiot terne et sans fantaisie tente d’asservir une enfant débordante de folie à sa bonne morale préfabriquée, à la tyrannie d’un politiquement correct saumâtre, dans le seul but de démontrer sa supériorité sociale...

La mise en scène, très inventive, privilégie l’humour et la poésie. De (vrais) poulets envahissent le commissariat de police… Dans la cour de récréation, Zoé et son ami jouent « à la pension alimentaire »… Un quai de gare Carolo devient la scène d’une comédie musicale… Avec sa narration rappelant Sempé et son  Petit Nicolas, avec son duo d’acteurs irrésistibles (mention spéciale à la jeune Hutoise Elsa Houben), ce Drôle d’Oiseau, apprécié et récompensé dans divers festivals, n’est vraiment pas trop « Tchiiiiip »…

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