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Drôle de père d'Amélie van Elbmt

Drôle de film...

Un premier film fou, lancé à la gueule du monde comme un coup de dé, frais, joyeux, virevoltant. La tête la première portait bien son titre, son monde, ses comédiens. Avec une fougue et un appétit de vivre qui laissaient des étincelles au coin des lèvres, pratiquement autoproduit et tourné à l'arrache, il révélait David Murgia et Alice de Lencquesaing. Et l'audace talentueuse de la jeune réalisatrice belge. Cinq ans plus tard, Amélie van Elbemt produit cette fois son second long-métrage chez les Dardenne, affiche Martin Scorcese au générique en tant que producteur exécutif, s'offre Eric Gauthier derrière la caméra et le merveilleux Thomas Blanchard devant, dans le rôle principal du « drôle de père ». Prix Cinévox et de la Critique au tout récent Festival du Film Francophone de Namur, Drôle de père est un film léger et pudique sur la paternité et la relation entre deux personnes, un homme et une enfant.

Drôle de pèreDrôle de père pourrait être la suite de La tête la première. Du duo d'amoureux impertinents formé dans le premier film, il ne resterait rien qu'une enfant qui aurait bien grandi. Et sur un coup de tête, son père abandonnique décidait de revenir la rencontrer. Parce que Camille, la mère, doit filer prendre un avion et qu'Olga, la baby-sitter, n'a laissé derrière elle que son nom sur sa boite vocale, Antoine, qui était venu frappé à la porte, est désormais coincé avec Elsa, l'enfant. Mais Elsa n'est pas farouche et elle accepte cette présence. Pendant trois jours, les voilà ensemble à partager leur quotidien, de vivre l'un avec l'autre et de se rencontrer. Peu à peu, Antoine, maladroit mais curieux, se laisse prendre au filet des jeux de l'enfant qu'il apprend à connaître.

Maîtrisé dans ses cadrages et ses lumières douces, noyé trop souvent de musiques, Drôle de père suit une ligne narrative sage et brodée d'images d’Épinal autour de l'enfance (scène de peinture, de courses à la mer, d'histoire lue le soir au lit...) Ce qui le conduit tranquillement vers un dénouement pressenti depuis longtemps. Il s'offre quelques apartés et des petits chemins de traverse légers et charmants qui ne font pas toujours sens. Centré presque entièrement autour de la petite fille, le film laisse s'échapper tranquillement toutes les problématiques adultes vite pris dans ses filets sur le bord de la route pour scruter le lien qui se tisse entre ces deux êtres. De la profondeur et des troubles qui agitent les personnages, le film ne raconte pas grand-chose. Leur histoire se dit dans quelques détails rapidement élucidés. De la violence de l'enfance, ses colères, ses effrois, ses passions, tout est passé sous silence. Alors, cette relation feuilletée au fil des jours peine à se creuser de vérité et d'émotions. Thomas Blanchard, aussi magnifique comédien qu'il puisse être, n'arrive pas à faire passer une scène où il pleure en écoutant un enregistrement de la petite fille. Et Lina Doillon, aussi craquante soit elle, ne peut pas porter toutes les émotions que le film peine à faire passer sur ses petites épaules de gamine de 5 ans.

drôle de pèreAlors on sort de Drôle de père avec nostalgie, la nostalgie de toute la fougue et la fraîcheur qui traversaient La tête la première, la nostalgie d'une douce folie qui agitait son bocal cinématographique. Comme si les adultes étaient presque tous devenus sages et que l'enfance les avait envoyé vieillir ailleurs pour aller se réfugier tout entier dans l'enfance réelle de la petite Lina. Reste un film pudique, peut-être trop pudique et sans doute léger, trop léger.

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