Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

DSK, Hollande, etc... de Julien Brygo, Pierre Carles, Aurore Van Opstal

Trublion audiovisuel à la hargne mordante, Pierre Carles, pour avoir, depuis près de vingt ans, mis le doigt sur (ou plutôt dans) ce que le système politico-médiatique français a de moins ragoûtant, est aujourd'hui totalement grillé auprès de quasiment tout le milieu.

C'est donc à la relève, en la personne de Julien Brygo et Aurore Van Opstal (journaliste belge), qu'a incombé la tâche d'aller taquiner les patrons de presse, les questionnant dans ce nouveau documentaire sur le traitement médiatique réservé aux candidats lors de la grand-messe des élections présidentielles, par ce qu'ils nomment le PPA (pour Parti du Pouvoir et de l'Argent, expression empruntée à feu Le Plan B, journal de critique des médias).

dsk, image du filmTourné en trois mois avec une équipe bénévole, le film est sorti et mis en ligne gratuitement sur le Net peu avant le premier tour des élections présidentielles. Une deuxième version est aujourd'hui proposée, et une collecte de fonds a été entamée en vue de la distribution d'une version finale. Le présent article traite donc de cette deuxième et dernière version en date qui, si elle ne diffère pas fondamentalement de la première, apporte néanmoins son lot de modifications, le premier tour étant passé par là.

Fortement inspiré des travaux de Pierre Bourdieu et de Noam Chomsky, ce film, à l'instar du récent Les nouveaux chiens de gardes, a un mérite incontestable : celui de mettre en exergue les affinités sélectives et partis pris d'une presse qui tend à bipolariser le débat politique et à en normer les tenants et aboutissants.

Comme disait à peu près Chomsky à propos de la liberté : « Un chien considère sa liberté à la longueur de la corde qu'il a au cou. » Las de taper sur les médias de droite, comme il l'avait fait dans Juppé forcément... , film à la construction et au propos fort similaire, Pierre Carles, s'attaque cette fois-ci principalement aux médias dits de gauche que sont Libération, Le Nouvel Observateur et Marianne.

Le documentaire se construit ici autour d'une série d'interviews de rédacteurs en chef et journalistes que leurs interlocuteurs, parvenus à les approcher sous l'habile déguisement d'innocents journalistes belges, s'ingénient à mettre, avec la fausse candeur qui faisait déjà la marque de fabrique de Pierre Carles, face à leur excès de zèle en faveur de DSK puis de François Hollande quand ce premier fut désavoué pour les raisons que l'on connaît. Les faiseurs de vérité, bousculés de leurs tours d'ivoire, se retranchant soudain, parfois avec violence, confrontés qu'ils sont à leur complaisance journalistique. En parallèle, ces interventions sont commentées par des personnes telles que François Ruffin du journal Fakir, Gilles Balbastre, réalisateur du film Les nouveaux chiens de garde ou le sociologue à béret Alain Accardo. L'ensemble étant ponctué de nombreux extraits de journaux télévisés et coupures de presse servant à appuyer le propos.

Pourtant, passé le message tout à fait louable et intéressant, en ce sens qu'il se veut critique et va à contre-courant d'une pensée globalisée, se posent plusieurs questions de forme.

Tout d'abord, et c'est assez compréhensible, le film, au même titre que les précédents forfaits de Pierre Carles, se réclame davantage du journalisme que du cinéma et pose donc le problème de la disparité du propos. Si l'idée première est clairement définie et traitée au fil des interviews et expertises des intervenants, le fil conducteur s'égare parfois dans une critique diffuse des médias. Là où l'on se penchait de prime abord sur la connivence des journaux, on se retrouve à voir s'enchaîner les extraits d'émissions de TF1, France 2, France 3, la 5 et autres Europe 1 et Canal +. 

DSK, image du film

On peut considérer cet éparpillement à l'égard d'un panoramique visant à proposer un plan d'ensemble de la situation médiatique, cependant, l'accumulation des sources, associée à l'étirement au fil des versions, de l'espace-temps sur lequel se penche le récit, tend à en faire un film fourre-tout, essoufflant sa cohérence au fil des extraits de séquences.

Deuxièmement, et c'est sans doute le plus problématique, le film tombe dans l'écueil qu'il dénonce, à savoir une partialité médiatique entretenue par des systèmes de mise en scène et de montage.

Si le propos se veut partisan et assume un montage moins invisible (et donc moins manipulateur) que celui des médias qu'il critique, on peut regretter la présence, dans un film dénonçant les méthodes d'aliénation de la pensée, d'un montage coupant clairement les entretiens, bien que sans s'en cacher, là où ça l'intéresse. Paradoxe avoué car explicité même lors de l'interview de l'antipathique Jean-Michel Aphatie qui l'évoque sur la fin du métrage (et c'est quand même un comble lorsqu’on connaît la diarrhée verbale coutumière du cuistre, de se dire qu'Aphatie n’a pas tort).

Si la démarche est juste et porteuse de bonnes volontés quant au souhait d'information du plus grand nombre au sujet d'un fait social omniprésent dans la vie de chacun, la forme et la manière risquent fort de l'empêcher d'aller au-delà d'un public déjà acquis à sa cause.

 

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