Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Septembre 2010
14/09/2010
 

Du Bout des lèvres de Jean-Marie Degesves - Belfilm

L’asbl Belfilm nous conte fleurette ce mois-ci avec Du Bout des lèvres, premier long métrage de Jean-Marie Degesves sorti en salles en 1976. Peut-être mieux adapté à la télévision qu'au grand écran, ce film trouve sa juste place en DVD et réjouira les fans d’un cinéma très 70’ dont la liberté de ton n’est plus à prouver.

Une éducation sentimentale
Du bout des lèvres

Un des grands intérêts des éditions DVD de la collection Made in Belgium, est de témoigner, à travers le cinéma, des changements de traitement de certains sujets à travers les époques. Depuis les tristes événements qui ont secoué la Belgique avec sa fameuse « affaire Dutroux », difficile, voire impossible de montrer l’amour chez les adolescents, la sexualité empreinte de naïveté des enfants. C’est bien connu, en 2010, les enfants n’ont pas d’émois érotiques et les ados ne regardent pas des vidéos de « genre » sur Internet, version moderne du fameux magazine spécialisé qui passait, il n’y a pas si longtemps, de main en main dans les cours de récré ! Lorsque les cinéastes belges actuels se collent à ce délicat sujet, ce n’est donc plus avec la fraîcheur naïve d’une sensualité assumée, mais dans le lien pervers qui provoque malaise et interrogations (Elève Libre).
Aujourd’hui, Depardieu et Dewaere ne baiseraient plus Huppert (16 ans) dans une prairie, pendant que Miou-Miou lui caresse gentiment la joue sans provoquer une émeute, Al Ashby ne mettrait sans doute pas face à face la vénérable Maude et le jeune et suicidaire Harold, quant au Genou de Claire ensevelissons-le illico sous les voiles de la pudeur. Triste époque.
Du bout des lèvres appartient donc encore à cette période joyeusement décomplexée, et si le film de Jean-Marie Degesves n’est pas un chef-d’œuvre, il a le grand mérite de conter une histoire d’amour touchante et sans jugement entre un adolescent (Fernand) et la troublante et bourgeoise Madame Boirin (de 20 ans son aîné). Pas question de transfert du complexe oedipien ici, le propos du réalisateur n’étant pas de faire un film psychologisant, mais bien de construire une histoire simple dans la forme comme dans le fond.
Fernand a l’âge où il n’est ni un enfant ni encore tout à fait un homme. Enfermé dans sa chambre, il collecte les photos de belles actrices nues pour noyer son ennui. Son désir va se matérialiser en la présence de Catherine (Marie Dubois), une femme riche et mystérieusement solitaire. Ce fils d’ouvrier, renfermé et taciturne va découvrir un monde qui lui est étranger.
Outre cette histoire d’amour un brin singulière, le réalisateur décrit aussi l’éveil sensuel d’un groupe de jeunes (voire très jeunes) gens, se cachant dans les bois pour jouer au « strip poker » dans une jolie liberté. De l’autre côté de la barrière, les parents, eux, essaient de faire face au quotidien, entre boulot à l’usine, ménage, télévision, match de football et café de fin d’après-midi. La finesse du portrait de ces petites gens de province et les barrières sociales qui les séparent les uns des autres s’imposent avec une rare justesse. Bien que le film soit truffé des défauts caractéristiques d’un cinéaste débutant, les carences n'enlèvent rien à ce portrait candide, cette peinture d'un apprentissage et de ses errances. La simplicité de l'ensemble sert cette impression de douce innocence où les sentiments ne sont jamais exprimés mais pourtant clairement lisibles.

Bonus 
Fugue pour onze champions d’André Soupart – 15’
Un enfant de 10 ans, fan des joueurs du Standard décide de partir de chez lui pour rencontrer ses idoles. Après un périple à vélo, il arrive trop tard et décide de rester dans le stade où son imagination va lui faire côtoyer les stars du ballon rond.
Entre documentaire et fiction, ce film, tiré d’une histoire vraie, a été produit par Jacqueline Pierreux, productrice de Du bout des lèvres.

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