Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2006
05/12/2006
 

Coffret Luc & Jean-Pierre Dardenne

Cinéart et Twin Pics se sont associés pour sortir un coffret très smart de l’œuvre des Dardenne sous-titré « Collection ». Les DVD s’y étant glissés sont La Promesse, Rosetta, Le Fils et L'Enfant. Succès : des bonus copains se sont ramenés également; alors on a fait un peu de place à Luc, Olivier, Benoît, Alain et Jean-Pierre.

Cinergie vous a présenté en long, en large par écrit et en images les films en question. Cette chronique s’intéressera dès lors tout particulièrement aux suppléments proposés par cette nouvelle édition du travail des Dardenne. Le coffret est composé de cinq disques : un par film à l’exception de deux pour Le Fils qui bénéficie d’un DVD entier de bonus. De 1996 (La Promesse) à 2005 (L'Enfant), c’est près de dix ans de souvenirs intacts, de rires partagés, de galeries de photos signées Christine Plénus, de biographies, de clins d’œil au réel, de défis techniques et de fidélité continue qui vous sont restitués. Détail.

 Jérémie Renier dans La Promesse des frères Dardenne1) « La bataille des Dardenne » : entretien avec Dominique RabourdinAttablés à une terrasse parisienne, les frères cinéastes sont interviewés à deux reprises par le magazine culturel d’Arte, « Metropolis ». Une fois en 96 pour la sortie de La Promesse, la seconde en 99 pour Rosetta. Luc défend déjà leur style et leur volonté de suivre au plus près le personnage, ses errements et ses prises de conscience : « Nous, on filme à la brosse plutôt qu’au pinceau c’est-à-dire à grand trait et sans jamais essayer de faire du cinéma. On essaye que la caméra soit en retard et un peu par hasard ». Ce que Cannes a changé ?

Jean-Pierre, amusé, rétorque: « Ca, on pourra vous le dire si on réussit à faire encore un autre film ! »

2) Entretien avec les frères Dardenne par Louis Danvers
Dans une bibliothèque, côte à côte, les Dardenne parlent du Fils. Le projet fut dicté entre autres par le choix « Olivier Gourmet », auxquels les frères souhaitaient confier un rôle principal depuis le tournage de La Promesse. Luc : « Avant de savoir ce qu’on allait raconter, on a appelé le personnage principal Olivier.  (…) On s’est dit qu’il avait ce physique opaque, énigmatique et neutre. (…) On a essayé de construire le film sur son corps. » Captant les fortes attentes extérieures, ils ont cherché à être attentifs. Jean-Pierre : « Il y avait la pression de Rosetta qui était sur les épaules de tout le monde. Olivier avait la caméra dans le dos et nous, on avait tous Rosetta dans le dos. » Alors, ils décident de prendre leur temps, que ce soit au stade de l’écriture, pendant les repérages, les répétitions, le casting, le tournage ou encore le montage.

3) Entretien avec Olivier Gourmet par Louis Danvers
Toujours dans le même espace, le comédien se prête à un long échange au sujet de son travail et de son amitié pour ceux qui l’ont placé pour la première fois devant une caméra. Père dans La Promesse et dans Le Fils, il a abordé différemment la question de la transmission et la relation à ses partenaires. Parce qu’il est proche de son gamin dans le premier film (même si il lui communique des valeurs pas spécialement nobles), Gourmet a cherché à faire connaissance avec  
Jérémie Rénier : « Plus il avait confiance en moi, plus il devenait complice avec moi, plus j’allais pouvoir lui faire peur après parce que ça allait le surprendre. » Ce qu’il s’interdit de faire avec Morgan Marinne (l’ennemi suprême qui lui a ôté son fils et donc son identité de père) dont il capte une blessure dans le regard. « Comment préserver ce naturel de départ ? En mettant des distances par rapport à lui. » Pour que le jeune acteur reste lui-même, Gourmet créera une distance nécessaire pour attiser la tension voulue.
Autre passage intéressant du bonus : la narration d’une journée type du Fils. Répétitions le matin avec les frères : seul ou avec les acteurs impliqués dans la scène. Texte, gestes, distances, derniers réglages avec les réalisateurs : le travail initial se fait en petit comité. Puis, entrée de l’équipe technique : la caméra, le son et la lumière. Trois postes, trois personnes. Vu que ce film se raconte beaucoup à travers le corps, tout le monde doit maîtriser sa partie. « Il fallait être au bon moment à chaque instant à la fois avec l’image, le son (prise directe, pas de pose synchro) et la lumière qui bougeait tout le temps. (…) Il fallait que ça reste naturel, libre et précis.»

Jérémie Renier4) Interview de Jean-Pierre et Luc Dardenne par Frédéric Bonnaud
En 2005, deux jours avant la sortie de L'Enfant, la promo passa aussi par les locaux de France Inter. Interrogé sur ce qui a déterminé le film, Luc parle d’une jeune fille que tout le monde, son frère et son équipe compris, avait remarqué entre deux prises sur le tournage du Fils. Agée de 15-16 ans (pas plus), elle poussait violemment un landau. Y avait-il un enfant à l’intérieur ou jouait-elle à être mère ?  L’image est restée et a été retravaillée. Au début, c’était l’histoire d’une jeune femme qui cherche un homme à tout prix pour son enfant. Ensuite, c’est devenu celle de Bruno et Sonia qui, sans beaucoup de repères, ne peuvent s’en sortir que parce qu’ils ont décidé de vivre et de survivre. Jean-Pierre : « Le principal défi, jour après jour, était : est-ce que la vie passe dans tout ça ? Si ça ne passait pas, les scènes étaient ratées. On recommençait.»

5) La fabrique de l’image
Ultime bonus, ce document présente, en alternance avec des extraits de films, deux techniciens habitués aux plateaux des Dardenne : Alain Marcoen, le directeur photo et Benoît Dervaux, le cadreur. Ce type d’interview présent sur le DVD de L'Enfant est à saluer parce qu’il se nourrit de la parole d’êtres souvent absents des bonus mais qui jouent un rôle crucial dans la réussite des films. Ils évoquent la façon dont ils abordent les scénarios, les trucs mis en place et les obstacles rencontrés. Marcoen : « On doit travailler énormément pour arriver à l’effet réaliste voire, pour les films des Dardenne, à un effet naturaliste. Donner l’impression que la caméra pénètre dans un lieu et que personne n’est intervenu sur l’aspect de ce lieu. (…) [Mais] jamais, le style photographique ne doit prendre le pas sur le style cinématographique.» Benoît Dervaux, le cameraman, livre, lui aussi, des indications sur sa participation au film: « C’est l’action qui détermine le mouvement du cadre. Et le cadre cherche la vie en fait comme si la vie nous surprenait et comme si le cadre allait chercher l’action. Plutôt que de la décrire, comme on ferait traditionnellement, on cherche l’action. C’est la mise en scène qui surprend à chaque fois la caméra, ce qui donne l’impression d’une improvisation, en quelque sorte (…)».

Coffret Luc & Jean-Pierre Dardenne ("Collection") édité par Cinéart et distribué par Twin Pics : 5 DVD et leurs bonus.

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