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01/10/2011
 

El Gusto, flashback sur le plaisir

El gusto, en espagnol, en français, le goût, la saveur. Dans ces notions, transparaissent le plaisir, le bonheur, la plénitude. Ce sont sans doute ces sentiments qu'animaient les musiciens de chaa'bi qu'a rencontrés Safinez Bousbia pour donner ce nom à leur orchestre reconstitué.

Au départ d'un miroir titillant l'envie et la curiosité de la réalisatrice, on aboutit aux retrouvailles d'une vingtaine de lauds, de darboukas, de violons, de piano et voix venus des deux rives de la Méditerranéen, et l’on va d'Alger la Blanche, berceau de cette musique populaire, à Paris la lumineuse, refuge de la communauté juive expulsée de la médina après la libération. À mi-chemin entre les deux villes, Marseille leur ouvre les portes de son Opéra. Cinquante ans de souvenirs habitent le jardin secret de chaque musicien, enfouis au plus profond de la nostalgie de leur jeunesse partagée et puis perdue, époque bénie où juifs et musulmans jouaient ensemble, dans la même casbah d'Alger, ce que les uns nommaient musique judéo-andalouse, et les autres, musique arabo-andalouse. Une musique de l'exil. À l'instar du rebetiko chanté par la communauté grecque expulsée d'Istanbul ou du blues des afro-américains à l'étroit dans leur statut de déracinés, le chaa'bi plonge ses racines dans le fin fond des tripes du spleen, du désenchantement populaire. Il fût une époque où les délaissés du système socio-économique dominant s'exprimaient principalement par la musique, mais aussi par la danse ou le théâtre, voire le conte. La culture populaire était une réalité. Aucun besoin de posséder les codes ni des références artistiques pour lui donner vie.

Ce qui est assez paradoxal dans El Gusto est que ce portrait d'hommes musiciens, camarades et noceurs, ait été réalisé par une jeune réalisatrice, une Française d'origine algérienne. Il fallait peut-être le regard attendri d'une enfant de la diaspora à la recherche des racines de ses parents pour que les cœurs et les âmes s'ouvrent à la caméra et la finesse d'une femme pour montrer la pudeur de ces hommes. El Gusto est un documentaire musical et humain sur fond historique de l'Algérie occupée et de son indépendance.


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