Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juin 2008

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05/06/2008
 

Eldorado de Bouli Lanners, face A

Le ciel, beau et triste comme un grand reposoir...

Si, comme l'entendait Baudelaire, la nostalgie est le sentiment du temps passé et la mélancolie, celui du temps qui passe, alors Eldorado filme ce passage-là, mélancolique en tous points. Road movie épuré et lyrique, tendre et discrètement burlesque, Eldorado raconte cette traversée d'un temps mort et figé, vers ce temps de la vie, évanescent. Surimpressions, travellings latéraux et panoramiques, plans fixes et immenses de nuages qui défilent et de crépuscules qui fondent, tout dans Eldorado, roule, glisse, passe. Et si tout s'y achemine vers la disparition, rencontres volées au cours du temps, instants fragiles arrachés à la mort, moments de grâce en apesanteur viennent rafistoler cette temporalité bloquée. Ils font enfin réparation chez ce(s) personnage(s) hanté(s) par le deuil et les morts, les souvenirs de vastes portiques et de paradis perdus. En bout de course, ce très beau plan d'une ville dans une nuit trouée de petites loupiotes colorées désigne une utopie que le film aura redécouverte en court de route, celle d'un homme sauvé de lui-même par son désir d'en aider un autre, horizon d'un humanisme modeste et humble, des petites gens tendres, friables et charnels, de doux dingues sages et visionnaires.

eldorado de bouli lanners

Film casse-gueule et risqué à plus d'un titre, Eldorado est étonnant, parfois bouleversant en même temps qu'un peu tremblant. Le pari d'une histoire infiniment ténue qui privilégie la pudeur et n'éclaircit l'enjeu qu'avec des bribes de mots lâchés au milieu d'un champ font, paradoxalement, courir au film le risque d'un trop plein de symbolisme que de magnifiques moments de silence (comme ce face-à-face de la mère d'Elie avec Yvan, ou cet au revoir bouleversant d'Elie) sauvent d'une certaine simplicité. De la même manière, les péripéties du road movie, si elles sont incroyablement crédibles avec leurs touches d'absurdité, flottent, un peu étanches les unes aux autres, comme une légère succession de visages ou de paysages feuilletés en cours de route que ce récit, presque évanescent, paraît ne pas prendre totalement à bout de bras. Et finalement, c'est le film tout entier qui semble contaminer par ce flottement, encourant à son tour le risque de l'évanescence.

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