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Elefante Blanco de Pablo Trapero

Elefante blanco, titre du dernier film de Pablo Trapero, est le petit nom donné à un énorme édifice fait de béton et d’acier, un gigantesque hôpital public en ruine qui surplombe le bidonville de la Vierge, dans la banlieue de Buenos Aires. Après avoir critiqué l’attitude des avocats véreux spécialisés dans les accidents de la circulation dans Carancho, le réalisateur dénonce désormais les conditions de vie qui règnent dans les villas, ces favelas argentines. 

jaquette dvd Elefante blancoÀ Buenos Aires, le prêtre Julian s’appuie, tant bien que mal, sur ses relations politiques pour remettre sur pied un vieil hôpital laissé à l’abandon, l’ « Elefante blanco ». Il est rejoint par le père Nicolas, un ami de longue date, qui revient, particulièrement choqué, de la jungle où il a mené un projet peu concluant. Les deux hommes sont aidés par Luciana, une charmante assistante sociale, qui va détourner Nicolas du droit chemin. Alors que ce dernier s’interroge sur ses propres convictions, la violence se fait progressivement sentir dans les ruelles du bidonville : les ouvriers se révoltent, la guerre des cartels éclate, la police s’en mêle. L’arrêt des travaux de l’hôpital, annoncé par le ministère, provoque de violentes émeutes qui ébranlent l’âme des habitants.
Combien de fois le cinéma n’a-t-il pas illustré, d’une manière ou d’une autre, la violence qui sévit en Amérique latine ? Pour n’en citer que quelques uns, Rosario Tijeras (2005) d’Emilio Maille qui met en scène la vie des sicarios colombiens, ces tueurs à gage professionnels ou La Cité de Dieu (2002) film brésilien de Fernando Mereilles ancré dans un quartier violent de Rio de Janeiro. Que ce soit la violence entre ceux d’en bas et ceux d’en haut (les forces de l’ordre corrompues ne se gênent pas pour massacrer les plus faibles), la violence entre les habitants du bidonville (qui règlent leurs comptes au détour d’une ruelle, à coups de flingue) ou la violence intérieure qui ravage chacun des personnages (peu importe la situation sociale), la violence est omniprésente dans le film de Pablo Trapero qui en fait véritablement un personnage à part entière.
Enfermée, emprisonnée, contenue, cette violence, sorte de souffle impalpable, s’empare des habitants comme la peste. Ce bidonville, hanté par la misère, l’insalubrité et les problèmes de drogue, est filmé de l’intérieur, sans artifice. Volonté de réalisme de la part de Pablo Trapero qui frôle la voie du documentaire en mettant en lumière les mécanismes qui engendrent cette descente aux enfers. Ce film, au versant politico-social bien ancré, montre assez durement ces hommes qui n’ont aucune emprise sur leur triste destinée.

Sur cet arrière-fond, viennent se greffer des destinées particulières, celles des trois personnages, Julian, Nicolas et Luciana interprétés respectivement par Ricardo Darín, Jérémie Renier (peu convaincant en jeune prêtre mi-cool, mi-torturé) et Martina Gusmán. Le film prend alors les traits d’une fiction, entre le film sentimental et le film d’action, égarant le spectateur. Alors que Julian lutte contre une maladie qui le ronge, Nicolas, charmé par Luciana, envisage de quitter les ordres et de fonder une famille, tout cela dans un bain de sang provoqué par les règlements de comptes des cartels. Une multitude de micro-récits qui s’enchevêtrent et déforcent malheureusement le point de vue initial, soupçonné, du réalisateur, celui de mettre en lumière cette vie dans les villas.
Elefante Blanco a donc des allures de documentaire, d’histoire d’amour, de thriller palpitant. Tout ça à la fois, c'est un peu beaucoup. Pablo Trapero se sert-il uniquement de cet arrière-fond misérable comme décor ? Profite-t-il des micro-récits pour dénoncer les conditions de vie inhumaine dans ces villas ? Quel a été l’impact du tournage sur les habitants ? Dommage, le DVD ne contient aucun bonus qui pourrait nous éclairer. 

 

Elefante Blanco édité par Cinéart et diffusé par Twin Pics.

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