Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Emile Degelin nous a quitté le 20 mai 2017

"Je ne suis pas devenu cinéaste par vocation. Aucune des décisions importantes que j'ai prise dans ma vie n'était le fruit d'une prémiditation rationnelle."

La pellicule même m'intriguait

Je ne suis pas devenu cinéaste par vocation. Aucune des décisions importantes que j'ai prises dans ma vie n'était le fruit d'une préméditation rationnelle, mais plutôt d'une rencontre ou d'un événement fortuit qui m'intriguaient pour une raison mystérieuse.
Je pourrais donc m'imaginer que j'ai embrassé cette "carrière" grâce à deux jouets que j'avais reçus comme gosse à l'occasion de la Saint-Nicolas : une lanterne magique avec des diapositives représentant des personnages dont les jambes et les bras étaient articulables, et surtout un petit appareil de projection muet et mécanique qui permettait de projeter des bandes perforées en 35 mm d'une longueur de quelques mètres.
Je ne donnais que rarement des "représentations", car je couvais les deux appareils comme des trésors dont la seule possession me procurait un sentiment de contentement. Je voulais absolument éviter qu'ils puissent s'user. Les "films" représentaient des extraits d'un opéra (muet !), d'une course cycliste dans un vélodrome et d'un slapstick. Plus encore que les appareils et que les scènes représentées, la pellicule même m'intriguait. C'était du noir et blanc coloré en rouge et vert monochrome. La pellicule dégageait une odeur pénétrante. Sa souplesse, sa brillance et ses couleurs me fascinaient. Ces bandes provenaient d'authentiques chutes de films professionnels. Je connaissais un camarade de classe qui se livrait au commerce et au troc clandestin de telles bandes et spécialement celles qui représentaient des scènes amoureuses (ô combien pudiques !). Serait-il devenu plus tard producteur de cinéma... d'un genre spécial ? Ainsi ma "carrière" de cinéaste ne serait rien d'autre que le prolongement d'une Saint-Nicolas, la perpétuation d'une fête pour "enfants" ! Pendant mon adolescence, la visite d'une salle obscure constituait un interdit au collège que je fréquentais, ce qui n'ajoutait pas dans une petite mesure à la fascination des films que j'allais voir en cachette. Est-ce que je suis devenu cinéaste grâce au spectacle qui était un des rares moments d'exaltation dans une jeunesse peu heureuse ? A vingt ans j'étais fasciné par les sciences pures, la peinture et la photographie. J'ai pratiqué ces trois disciplines avant de me décider finalement pour une quatrième : la cinématographie, qui me confrontait avec tant de problèmes inconnus que je décidai d'aller l'étudier à Paris sans me destiner à un des différents métiers de cette discipline. Je suis devenu cinéaste sans le savoir. A cinquante ans, j'ai décidé d'embrasser une autre discipline et j'ai commencé à écrire des romans. Pourquoi faire concorder la vie avec une seule "carrière" ? Il faut vivre et revivre !

commentaires propulsé par Disqus