Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2002
Mots-clés : rencontre, sortie en DVD
 

En DVD : Le Roi danse de Gérard Corbiau

 

Jaquette de Le Roi danse de Gérard CorbiauLe Roi Danse
, le troisième film de Gérard Corbiau, est paru en DVD après Le Maître de Musique et Farinelli.

1. Le film
Deux ans après sa sortie en salles Le Roi Danse sort en DVD et  démontre, en seconde vision, qu'il tient le coup. Mieux on y découvre un film plus riche que celui que nous avions vu en décembre 2000. Est-ce le son sursaturé de la grande salle de l'Acropole (on à l'impression que le son des films est désormais réglé pour les sourds et les mal entendants) qui brouillait les images du film ? Peut-être. Toujours est-il que la vision du film en DVD nous permet de mieux goûter la complexité d'un film dont l'affrontement des personnages (Lully-Molière et Louis XIV-Lully) n'est pas le seul enjeu du film. Le Roi Danse est aussi un film sur des corps dont les mouvements sont réglés comme un ballet avec une musique de Lully auquel Reinhard Goebel, à la tête de Musica Antiqua de Cologne restitue le dynamisme. On ne comprend rien au système de représentation de ce siècle de Louis XIV, si différent du nôtre, si l'on ne comprend pas que la musique était depuis la Renaissance un véhicule de représentation populaire et symbolique comparable au rôle que joue la télévision chez nous actuellement. Contrairement à notre époque la population chantait (musique religieuse) ou jouait de la musique instrumentale (musique profane) et saisissait la moindre occasion, festive ou non, pour danser.
Le film de Gérard Corbiau nous montre Louis XIV, un jeune roi qui aime la musique et la danse. Lully, par sa musique, ses opéras-ballets va l'éclairer, le révéler à lui-même : le Roi-Soleil. Molière fournit l'argument et Lully le ballet. Entre ces deux hommes se noue une amitié que la trahison de Lully va profondément marquer. Celui-ci poursuit son fantasme : un amour platonique et sincère pour son Roi, jusqu'au sacrifice final.
Enfin - allons nous oser l'écrire ? Osons ! - sans être une confrontation avec le cinéma asiatique, la chorégraphie de Corbiau n'est pas sans évoquer la chorégraphie du cinéma chinois (mouvements circulaires, ralentis-accélérés, plans de coupe d'un détail en plein mouvement etc.). Ce qui est moins étonnant qu'il n'y paraît lorsqu'on sait que la danse baroque était un exercice viril (la noblesse chasse, fait la guerre et danse) et non un pas danse maniéré genre époque galante du siècle des lumières ou une valse viennoise. Un style plus proche des ballets d'Anne Teresa de Keersmaker que du Lac des cygnes. Voir notre chronique dans le webzine n°45 de décembre 2000 (archives).

2. Les suppléments
Parmi les bonus on nous offre un making off du film qui nous permet d'assister aux répétitions des scènes de danse baroque. On y découvre aussi des scènes jouées lors du casting des comédiens et rejouées sur le plateau du film pendant les prises. Dans la post-synchronisation dirigée par le réalisateur nous découvrons Reinhard Goebel, en tee-shirt jaune et short vert enregistrant à la tête de Musica Antiqua de Cologne la musique de Lully. Nous avons droit à différents entretiens avec Gérard Corbiau, Benoît Magimel, Boris Terel, Cécile Bois, à un invité surprise dont nous nous gardons bien de vous dévoiler l'identité et Dominique Janne, le producteur du film.
Cécile Bois qui interprète Madeleine nous fournit de précieuses indications sur la direction d'acteurs de Gérard Corbiau. Enfin vous bénéficiez, mais c'est devenu la règle pour tout DVD, de la bande annonce du film.

3. EntretienPortrait de Gérard Corbiau, réalisateur de Le Roi danse 

C. Qu'est-ce qui prime dans l'élaboration d'un film comme Le Roi Danse : la musique de Lully ou le scénario, la musique servant à enrichir celui-ci?
G.C. : En écrivant le scénario, je ne pense qu'à la dramatisation. La musique vient dans un deuxième lieu. Il faut que l'oeuvre soit construite pour que je puisse voir ensuite la manière d'intégrer la musique. Le scénario est la base principale ; avec la création des personnages. Il y a toujours trop de facilités en partant sur la musique. La musique n'arrange rien.
Ce sont les personnages qui font la richesse d'un film.  On se met à composer en deuxième temps avec la musique. Il y a donc une réécriture du scénario. Il y a des choses qui sont dans le scénario et qui, tout à coup, parce que la musique est là, ne nous semblent plus du tout intéressantes. Le Roi Danse est peut-être particulier. C'est un film de rupture.  La musique le demandait. A l'époque, la musique de Lully était élitiste. J'ai essayé de trouver un moyen de la jouer d'une manière plus moderne. En faisant un concert, on est plus guidé par la beauté de la musique. Lorsqu'on doit l'inscrire dans un film, avec des personnages, et qu'on doit faire revivre tout ça, il y a d'autres questions qui se posent. Du genre : comment est-ce qu'on dansait ? Pourquoi est-ce qu'on dansait ? Est-ce que c'était une danse comme on se représente toujours la danse baroque ? C'est-à-dire faite de mouvements et maniérée,... et là, on se trompe tout à fait car on est dans le XVIIIème siècle; le XVIIème n'était certainement pas ça. Il était plus militaire, plus masculin, plus dur. C'est cette idée-là que j'ai voulu mettre en place. C'est vrai que la musique arrivant, elle a secoué le scénario. Il faut dire aussi qu'au départ on avait tellement de choses à dire qu'on avait un scénario de trois heures !

C. : Est-ce que vous avez fait un story-board à la manière d'Hitchcock qui prévoyait son film plan par plan avant le tournage ?
GC : Oui et c'est la première fois qu'on a fait un story-board de quelques 1200 images.

C. : La sortie en DVD du Roi Danse donne-t-il une seconde chance au film d'être vu ?
G.C. Certainement. D'autant qu'en France il a été mal reçu. En salles, le son du Roi Danse était tellement fort, que les images s'en trouvaient détruites. Avec le DVD, on peut choisir le son voulu et profiter des images.

C. : Dans les bonus du DVD, il y a des scènes de casting confondues avec celles du film, on voit l'évolution. Il y a des rapports entre elles. Quel est votre point de vue sur la direction d'acteurs ?
G.C. : J'ai un grand respect pour les acteurs. Je suis à l'écoute de ce qu'ils peuvent donner. Je suis là pour les guider. Ce que je trouve très intéressant dans les confrontations avec les acteurs avant le tournage, c'est que tout à coup, les acteurs apportent leur vision du scénario et de leur personnage. Je sais que Cécile aurait voulu être plus moderne. Mais le pouvoir des femmes était subtil à l'époque, elles restaient soumises tout en déployant des stratégies singulières. 
Je le sens très fort avec Don Giovanni, depuis que j'ai mis en scène l'Opéra de Mozart. Dom Juan ce n'est pas un opéra sur Dom Juan ; c'est un opéra sur les femmes. Bien sur Don Juan abuse les femmes, il essaye de les conquérir, mais il voit comment elles réagissent. Le succès de la pièce et de l'opéra réside dans le fait qu'elle montre le pouvoir des femmes. Louis XIV était très influencé par les femmes. Il suffit de penser à Mme de Montespan et à Mme de Maintenon.

C. : Avez-vous participé au châpitage du DVD ?
G. C. : Je n'ai pas participé au chapitrage du film.

C. : Il n'y a pas de scènes inédites. J'imagine que c'est volontaire ?
C. G. : Je n'aime pas trop les scènes inédites. Il faut bien finir un film à un moment donné. Ceci étant le DVD est une invention extraordinaire. On a beaucoup de possibilités. D'ailleurs le film a été travaillé en pensant au home cinéma. C'est un terrain merveilleux pour la maquette sonore. Ça donne la possibilité de réécouter un film, par rapport aux salles de cinéma. Souvent on sort assommé d'une salle, à cause de l'amplification sonore ou musicale. Et puis, le DVD donne la possibilité d'avoir sa bibliothèque de films.

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