Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2002
Mots-clés : critique de cinéma,
 

En la Puta Vida de Beatriz Flores Silva

 De Beatriz Flores Silva nous avons le souvenir de sa réalisation de l'Honnêteté, un épisode des Sept Péchés capitaux, le film collectif qui nous a révélé quelques talentueux réalisateurs. Née à Montevideo, ayant réalisé ses études à l'IAD, en 1995 Beatriz Flores Silva retourne en Uruguay où elle fonde et dirige l'Ecole de Cinématographie d'Uruguay.
En 2000 elle réalise En la Puta Vida, un long métrage de fiction à partir du sujet casse-gueule de la prostitution. La fiction croisant ici la réalité puisque le film est basé sur des faits réels ayant provoqué un énorme scandale en Uruguay. Ne vous encourrez pas, bien qu'ayant vus maints reportages plus déprimants ou érotico-glauques les uns que les autres sur la question. Car le talent de la réalisatrice, et il faut s'en réjouir, consiste à ne pas saisir le sujet frontalement (misérabilisme, exploitation de l'homme par la femme, victimisation sulpicienne) mais par le biais d'un personnage d'un optimisme et d'une naïveté à tout crin.
Elisa, jeune uruguayenne, mère de deux enfants a un rêve dans la vie : ouvrir un salon de coiffure pour être indépendante tout en élevant sa famille. La prostitution lui semble le moyen le plus rapide de réaliser ses espérances. Lorsqu'elle tombe amoureuse de Placido qui l'emmène à Barcelone elle pense y arriver mais elle découvre la déglingue des bas-fonds. Prise au piège d'un jeu dont elle n'est qu'un pion elle va devoir déployer toute son énergie pour se défaire de la toile d'araignée dans laquelle Placido l'a engluée. La réalisatrice suit pas à pas son héroïne (fabuleuse Mariana Santangelo), mais à toute vitesse tant celle-ci déborde d'énergie et de peps. La réalisatrice, de l'ouverture au dénouement, chorégraphie les corps qui ne cessent de se déplacer, rendant crédible cette héroïne speedée à la vie vivant un conte de fée qui vire au cauchemar.
Il s'agit d'occulter le côté sordide de la prostitution par le faux semblant du fantasme obsessionnel d'Elisa (salon de coiffure) tout en conservant les traces de la réalité, sa part maudite. D'ailleurs Elisa, au début, ne voit rien d'autre dans la prostitution qu'un moyen. La partie du film se déroulant à Barcelone nous montrera que c'est aussi et surtout une fin pour certains. Elisa découvre que la notion de territoire n'est pas un vain mot (avec son cortège de coups de gueule, d'affrontements, de trahisons), lorsque Loulou, sa copine de toujours, est assassinée lors d'une rixe entre uruguayens et travestis brésiliens.
Ce film mené tambour battant vous laisse pantois tant le comportement de l'héroïne s'inscrit dans une réalité filmée avec une succession rapide des plans qui nous entraîne dans un récit sans le moindre temps mort. En la Puta Vida évite le piège de l'enfermement (condition de la prostituée). C'est un film où l'air circule, fluide, comme la vie qui s'écoule.

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