Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Octobre 2016
 

Entre Flore et Thalie de Françoise Levie

Fraîchement débarquée sur le quai de la gare Centrale à Bruxelles, je m'aventure vers le centre et, en descendant, je me fais souvent happer par l'entrée de majestueuses galeries, les galeries royales Saint-Hubert. Je m'engouffre et j'observe. Les hommes, les femmes, vont et viennent, se croisent, se saluent, se sourient. Je lève les yeux vers le ciel, majestueux, recouvert d'une magnifique verrière. Elles sont belles ces galeries, véritable microcosme où tout est possible depuis des décennies. Je pense à l'illustration de Tardi, celle qu'il a faite du Passage des Bérésinas décrit par Louis-Ferdinand Céline dans Mort à Crédit.

Entre Flore et Thalie, film de Françoise LevieEn 1999, la réalisatrice belge Françoise Lévie filme ces galeries logées au cœur de Bruxelles. Dans son documentaire, la réalisatrice s'immisce à l'intérieur de cet organisme vivant, de ce corps où tout se mélange, tout se mêle. Elle prend possession des moindres recoins, elle parcourt chaque artère et là, on entend le souffle tantôt calme, tantôt haletant des galeries. Chaque matin, même danse, chaque geste est méticuleusement orchestré et les déesses Flore et Thalie surveillent : du nettoyage, à la sortie des terrasses, à l'ouverture des magasins de luxe, à la promenade du toutou de la dame qui habite au 2e, à la visite guidée du groupe de touristes, à la sortie de douche de la demoiselle du 3e, aux allées et venues des passants qui s'attardent ou qui ne font que traverser, aux jeunes qui rentrent de soirée et se laissent aller dans les recoins des galeries alors endormies et de tous les autres.
Imaginées en 1837 par Jean-Pierre Cluysenaar, les galeries royales sont inaugurées dix ans plus tard par le Roi Léopold Ier. Ce passage réunit en fait trois galeries : celle de la Reine, celle du Roi et celle des Princes. Véritable lieu de rassemblement, ce nouvel espace comprend des espaces culturels, des habitats, des commerces, des bureaux, des restaurants et des cafés qui cohabitent depuis leur création. Contrairement au Passage Choiseul décrit par Céline, les Galeries Royales sont encore fort fréquentées aujourd'hui car ce ne sont pas moins de six millions de passants qui les arpentent chaque année.
Françoise Lévie ne se contente pas de jeter un œil, elle rend hommage à cet espace majestueux et aux personnes qui y vivent : tant artistes que boutiquiers. On rencontre, entre autres, le metteur en scène Frédéric Flamand, la styliste Kaat Tilley, le peintre Luc Van Malderen, le guitariste de jazz Philip Catherine ou le compositeur Wim Mertens.
C'est l'occasion de (re)découvrir ce lieu d'exception, de style Renaissance florentine, qui abrite, à côté des boutiques de luxe, des chocolatiers, des restaurants, le Cinéma Galeries et le Théâtre Royal des Galeries. C'est un tableau vivant que Françoise Lévie nous offre : une multitude de personnages qui déambulent et qui s'animent au gré de la journée.

La projection de Entre Flore et Thalie, ce 21 octobre à la Maison de la Francité lors du prochain Fenêtre sur Doc, sera l'occasion, pour les spectateurs, de se replonger dans l'histoire et la vie de ce haut lieu culturel bruxellois.

commentaires propulsé par Disqus