Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2009

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02/12/2009
 

Entretien avec Jacques Boigelot

Nominé pour l'Oscar du Meilleur Film étranger à Hollywood, Paix sur les champs de Jacques Boigelot (1970), est tiré d'un roman de Marie Gevers. Ce Roméo et Juliette revisité est l'un des premiers films à avoir été aidé par la Commission du film de la Communauté française nouvellement créée. Les Enfants du ciné ont permis aux spectateurs belges de le (re)découvrir en programmant un cycle Marie Gevers.

Entretien avec Jacques Boigelot.

Cinergie : Vous vous êtes intéressé au cinéma à une époque où les écoles de cinéma n'existaient pas. Qu'est-ce qui motivait un jeune homme à cette époque ?
Jacques Boigelot
: La même chose que ce qui peut motiver pour écrire un bouquin : en avoir lus. Mes parents adoraient le cinéma, et j'y allais avec eux quand j'étais tout petit, le samedi soir, sans savoir ce que nous allions découvrir.
J'ai vu des films que je n'ai jamais oubliés. Vers 1939, j’ai vu un film qui s'appelait le Paradis perdu. Ça m'a tellement plu, que j'ai demandé à le revoir. Plus tard, j'ai appris que c'était un film d'Abel Gance.
En grandissant, je me suis dit que j'aimerais faire du cinéma. Mais qu'est-ce que le cinéma ? Je n'en savais rien.
Il y avait une école de cinéma, l'INRACI au Parc Duden, mais je n'avais pas envie d'y aller parce qu'il y avait trop de maths et de sciences.
J'ai voulu acheter une caméra 16mm, mais cela coûtait cher : 2500 francs belges, à l'époque. Et puis, il ne suffisait pas d'avoir une caméra, il fallait de la pellicule, une visionneuse, un pied etc...
Finalement, je me suis dit que le seul cinéma qui fonctionnait économiquement était le cinéma publicitaire. Je suis parvenu à entrer dans une firme pour écrire des scénarios. J'ai rencontré un caméraman qui, par la suite, m'a demandé de travailler occasionnellement avec lui. Je tirais les câbles : c'est comme cela, depuis toujours, qu'on apprend le métier.
Pendant mon service militaire qui était très long à l'époque, je suis entré dans le service cinéma de l'armée. J'y ai rencontré Jean Delire avec lequel je suis devenu très ami. Une fois l'armée terminée, on a travaillé ensemble. Entre temps, la télévision est arrivée. La première émission a eu lieu le 31 octobre 1953. Jean et moi avons fait notre premier sujet de reportage le 1er novembre.
Le service film de la RTB a permis à un certain nombre de réalisateurs de faire des courts métrages en 35 mm. Jean Delire et moi en avons réalisé un ensemble. Par la suite, j'en ai fait seul.
J'ai donc travaillé pour la télévision. Je m'occupais de la programmation de longs métrages et plus tard, des séries et des feuilletons. Pendant cette période, j'ai eu l'occasion de réaliser Paix sur les champs.

C. : Pourquoi avez-vous choisi le roman de Marie Gevers ?
J. B. : Il s'agit d'une histoire invraisemblable avec un Monsieur qui s'occupait du service film au Ministère. Il n'y avait pas encore de commission du film en 1966. Un jour, celui qui allait devenir mon producteur, Philippe Collette, m'a téléphoné pour me demander si je n'avais pas un projet de long métrage en chantier. Il avait besoin du texte dans la semaine qui suivait. Je n'avais pas d'idée de long métrage, et j'ai proposé d'adapter un roman belge. J'ai tout de suite pensé au roman de Marie Gevers que j'avais lu plus jeune. En 8 jours, j'ai écrit une adaptation de 25 pages qui a été envoyée au Ministère.
Deux ans plus tard, en mai 1968, on m'a annoncé que mon film avait été accepté par la Commission de sélection qui venait d'être instaurée. Tout le reste s'est emmanché très vite.
Il était assez ahurissant que ce projet ressorte un an et demi après. Je pensais qu'il était mort comme de nombreuses idées de films à l'époque.

C. : À cette époque, votre acteur principal, Christian Barbier était très connu.
J. B. : Très connu en effet, grâce à la série télévisée, L'homme de Picardie,dans laquelle il était vraiment excellent.

C. : Je voudrais vous parler de Philippe Collette qui était votre producteur, mais aussi votre chef opérateur.
J. B. : Producteur, chef opérateur, caméraman, il faisait beaucoup de choses ! Il voulait aussi faire la direction de la production, mais il s'est vite rendu compte que c'était impossible. C'était un excellent caméraman, il a fait beaucoup de courts métrages. J'avais écrit un certain nombre de commentaires pour ses courts.
La réalisation n'a pas toujours été simple car nous étions une équipe très petite et nous n'avions pas l'habitude des longs. Le fonctionnement y est différent d'un court métrage ou d'une série télévisée.

C. : Le film était en couleur, ce qui n'était pas encore courant à l'époque.
J. B. : Oui, beaucoup de films se faisaient encore en noir et blanc. Paix sur les champs est un film campagnard. Le roman se déroule en Campine, mais il a été tourné dans le Brabant flamand que je connais très bien. Nous avons fait des recherches particulières sur la couleur, et Philippe Collette connaissait bien la prise de vue en extérieur. Nous avons donc joué avec la couleur telle quelle.

C. : Pourquoi avoir choisi le monde paysan. Nous sommes dans les années 60, une époque où les enfants des villes contestent…
J. B. : Cela me laissait totalement indifférent. Cela doit être mon côté passéiste. En plus, j'ai toujours adoré la campagne. Les lieux où on a tourné en Flandre sont ceux où ma femme a grandi. Je lui rendais un hommage. Les événements politiques et idéologiques de cette époque me laissaient froid. Je suivais cela attentivement, mais cela ne me concernait pas. J'aimais la campagne et les gens simples. Les intellectuels ne m'ont jamais intéressé. Ce que j'aimais dans un film, c’était davantage l'évolution des personnages. Les gens de la campagne sont plus naturels que ceux des villes.

C. : Que pensez vous du développement du cinéma belge ? Vous avez connu une époque où il était proche de l'invisible. Puis, vous avez été prof à l'IAD, ce qui vous a permis de découvrir les débuts de toute une génération de cinéastes.
J. B. : En effet, le cinéma était vraiment nulle part. De temps en temps, il y avait des films venus d'initiatives de gens obstinés. Maintenant, il y a une production plus régulière. Je ne sais pas s’il y aura jamais un cinéma belge, francophone ou flamand. Mais il existera un cinéma fait par des Belges, ce qui n'est pas vraiment la même chose. Dans le cinéma actuel, il existe toutes sortes de courants, mais je ne sais pas si cela en fera un cinéma belge.

C. : Quel est le film belge qui vous a le plus impressionné depuis ces dix dernières années ?
J. B. : J'ai bien aimé le dernier film de Bouli Lanners, Eldorado. Bien que cela ne soit pas ma tasse de thé, c'est tout de même un film assez fort.

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