Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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EOP ! Festival International du Film Extra & Ordinary People

Extra-ordinairement humain vous deviendrez

EOP !, le festival international du film sur les personnes en situation de handicap est revenu pour sa deuxième édition du 29 novembre au 3 décembre 2013 à la Maison de la Culture de Namur.

La première édition du festival bisannuel avait déjà rencontré un franc succès tant auprès des personnes concernées par le handicap qu'auprès du grand public. Cette année EOP ! c'était 5 jours de festivités et 50 films d'une quinzaine de pays, soit deux fois plus qu'en 2011. Les documentaires, fictions, films chorégraphiques ou d'animation étaient projetés dans le cadre de séances thématiques sur le bonheur, la sexualité et le handicap, les Paralympic et bien d'autres.

 

Scarlet Road de Catherine Scott EOP !, c'est un festival unique, où l'on peut attendre un groupe de personnes aveugles en retard avant de lancer la projection, où la langue des signes est traduite plus facilement que l'anglais, et où la majorité du public prenant la parole dit simplement merci aux protagonistes des films au lieu de poser des questions.

« Un film pourrait mieux faire évoluer les mentalités que n'importe quelle campagne au niveau du handicap » :c'est par cette phrase que la ministre Eliane Tillieux a ouvert les festivités lors de la soirée du 29 novembre. The interviewer de Geneviève Clay-Smith et son insolite making of, suivit de Scarlet Road de Catherine Scott constituaient déjà une entrée en matière triomphante.

Le court métrage The end de Ted Evans nous a particulièrement impressionnés par sa revendication à la différence. Ted Evans, un jeune réalisateur indépendant vivant à Londres, est sensiblement impliqué dans la thématique du handicap. The end est son deuxième court métrage. Il a aussi réalisé deux vidéos promotionnelles pour les Paralympiques de 2012. Le film, aux allures de documentaire, commence en 1987. The end de Ted EvansQuatre enfants, Arron, Sophia, Luke et Mohamed se présentent en langue des signes dans une salle de classe. Ils ont 9 ans et ils parlent du futur, ils sont persuadés qu'ils seront mieux intégrés dans la société en grandissant. Dans les années 90, un traitement de la surdité est en pleine expansion : l'implant cochléaire. Arron se défend d'être sourd et non handicapé, il n'a pas à être soigné. Séparés dans diverses écoles pour entendants, les adolescents avouent manquer de relations, ne fréquentant que peu de sourds. Fin des années 2000, Mohamed, qui avait choisi d'être traité très tôt, déclare ne rien regretter de sa surdité et être épanoui. Arron, quant à lui, en couple avec Sophia, est très investi dans un mouvement contestataire visant à défendre la langue des signes et la culture sourde. En 2031, Luke avoue que son implant placé une vingtaine d'années plus tôt est un échec. Il n'arrive pas à s'exprimer et a perdu les aides du gouvernement. Sophia s'est faite traiter aussi, elle et Arron se sont séparés. En 2046, Arron a la soixantaire, ça fait 8 ans qu'il n'a plus vu de personnes sourdes, toutes seraient traitées ou décédées. Un officier de la santé publique lui annonce qu'il est le dernier sourd de Grande Bretagne... ou du monde ? La caméra s'éloigne, et le film recommence, projeté sur le mur blanc d'un musée. Dans un style documentaire effroyablement réaliste,The end se permet de mettre les craintes quant à la place de la personne sourde dans la société sur la table, à la façon de Bye Bye Belgium. “Et si vous veniez à disparaître ?”

Un des grands débats de la surdité reste la confrontation entre ceux - sourds ou entendants - qui se focalisent sur l'absence d'un des cinq sens, aspirant à le reconstruire, et ceux qui considèrent cette absence irréversible et veulent être acceptés en tant que tels.

Les représentants du gouvernement et de la santé, malgré leurs belles paroles, semblent vouloir uniformiser la société. Cependant, une personne sourde appareillée ou implantée, ne devient pas entendante. Arron, seul, continuera de s'extasier sur la beauté de sa langue et de sa culture, nous faisant ressentir l'extinction d'une minorité et la perte d'un patrimoine.

L'échange avec le public sourd et malentendant d'EOP ! était unanime, “évidement, cela nous fait peur.”

Le palmarès 2013 :

EOP ! d'Or :
Prix Horizon 2000 Court métrage :
Je viens de loin de Marion Casabianca
Prix Cap48 long métrage :
My wonderful life as a vegetable de Lars Feldalle Petersen
Prix du public Court métrage:
The interviewer de Geneviève Clay-Smith
Prix du public Long métrage : Scarlet Road de Catherine Scott
Grand prix RTBF Court métrage : The interviewer de Geneviève Clay-Smith
Grand prix RTBF Long métrage : My way to Olympia de Niko von Glasow

Prix supplémentaires :
Deuxième prix RTBF Court métrage :
Deaf Mugger de William Magger.
EOP ! d'argent - court métrage : L'étrange balade de Sarina de Marie Mandy.

Mentions spéciales:
Court métrage :
Akvarium de Bård Røssevold.
Long métrage :
The punk syndrome de Jukka Kärkkäinen et J-P Passi.

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